
Loin d’avoir été un poisson d’avril anglo-saxon, célèbre chez les anglicistes par la fameuse accroche : "April's fool day" où farces et attrapes ne se font que le matin au malheur du piégé qui est alors qualifié publiquement « d’une nouille ! », la nouvelle matinale de ce désengagement eut sur moi un effet de foudre ! Il a eu certainement, pour l’ensemble des employés dont je lisais sur leurs visages une grande tristesse, un effet plus grave encore…
Ce départ consommé est ressenti comme une défection, comme un « divorce caprice » sans raisons apparentes ni déloyauté des employés qui ont toujours hissé l’étendard de la marque au plus haut. Après cette « douche anglaise », les réactions des uns et des autres ne se sont pas fait attendre surtout que dans l’air du divorce à sens unique, il a été promis à l’éconduit de lui trouver un nouveau partenaire riche, jeune et en pleine forme physique.
Une voix transgressant la cacophonie arrive jusqu’à mes oreilles déjà assourdies par la voix solennelle du Vice Président d’Afrique : « J’ai consacré ma vie pour cette société, qui part sans crier gare ! », suivie d’une autre réplique provenant de je ne sais d’où : « Shell m’a formé et j’ai construit, en retour, sa notoriété » et puis de plusieurs autres contestations dont je n’ai retenu que celle d’un aîné qui matraquait depuis des lustres que Shell est une grande école et les jeunes d’aujourd’hui ont la chance d’y être : « C’est pas possible, répétait-il en se tenant la tête, les promesses et les engagements pris par Shell vis-à-vis de ses employés Tunisiens et de ses clients étaient pourtant un must ! »
Dans ce climat d’incertitude et en désespoir de cause, les acquis sociaux sembleraient partir en éclat, à défaut d’arguments factuels apportés par nos patrons depuis leur quartier général sud-africain. Maintenant, je me pose la question : « Qui seront les nouveaux acquéreurs de Shell de Tunisie ? Vont-ils honorer les engagements pris par leur prédécesseur ou vont-ils simplement sacrifier des valeurs d’éthiques au profit d’un intérêt pécuniaire pur et dur ? ».
Plus de deux semaines se sont déjà écoulées depuis l’annonce du glas de Shell de Tunisie. De l’avis de tous, elles sont les pires moments, jamais vécus auparavant. Une tension traduite dans une tristesse généralisée et un désarroi total.
Fidèles à leurs engagements professionnels, à leur maturité éprouvée ainsi qu’aux principes d’équité et d’excellence opérationnelle, les employés de Shell, jeunes, moins jeunes et anciens réprouvent l’abandon de Shell et comptent ensemble poursuivre les pourparlers formalisés avec tous les responsables impliqués de près ou de loin dans de tels processus de cession/transfert en vue d’arriver à une séparation et/ou transfert amiable tout en envoyant ce message plein de bon sens au nouvel acquéreur dans une perspective constructive : « Nous avons appris à servir et à protéger nos intérêts et les intérêts de notre entreprise, nous continuerons à le faire avec abnégation et professionnalisme »
Dans la foulée, des actions spontanées ont été mises en place pour palier tout état dommageable de la crise. Ainsi, des employés bénévoles se sont-ils organisés pour soutenir et encadrer leurs collègues en détresse ou en manque de visibilité sur le présent et l’avenir par l’organisation de réunions d’information avec toutes les parties prenantes à savoir la Direction Générale locale, les représentants du personnel, les expatriés Tunisiens, l’UGTT, etc.
A l’instigation de ceux qui ont la charge de rapprocher tous les points de vue, un projet de protocole d’accord a même été préparé pour dessiner les contours de cette séparation / transfert dans les meilleures conditions possibles à l’instar de qui a été déjà proposé, adopté et accepté par Shell ainsi que par d’autres multinationales se trouvant dans une conjoncture comparable.
Shell, en sa qualité de multinationale établie depuis plusieurs années en Tunisie et ayant bénéficié de beaucoup d’avantages que lui ont été offerts par notre pays, se dérobera t-elle devant sa responsabilité citoyenne responsable ? Bafouera t-elle les intérêts légitimes de ses employés, qui vont au-delà du cadre légal couvert par les lois, décrets et conventions du pays ? Plus rapide sera la réponse à toutes ces questions et appréhensions plus vite le climat de sérénité regagnera sa place.



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Commentaires
La Tunisie est LE pays de droits et des institutions. Un scenario tragique tel que celui vecu par les ex-Shell au Cameroun ne serait même pas envisageable ou tolérable dans notre pays. Mais cadres et employés Tunisiens espèrent tous que les talents Tunisiens ne seront pas laisés (comparés à leur ex-collègues) parce qu'ils affichent en toute fierté leur appartenance au pays des droits et des institutions