
Dieu merci, quelques un de mes amis ont refusé et certains ont même expliqués pourquoi. Les raisons d’un tel refus n’étaient ni nombreuses ni particulièrement variées. Il y avait ceux qui visiblement avaient personnellement souffert de l’autoritarisme de Bourguiba, ceux-là ont des cicatrices pas encore refermées. Même si l’on est un inconditionnel de Bourguiba, l’honnêteté intellectuel et historique ne peut pas nous faire oublier, ni excuser la chasse aux étudiants gauchistes, ni la torture, ni les dérives de l’Etat-Parti qui pouvait se permettre ce qu’il voulait au nom d’une légitimité qu’il refusait aux autres.
Deux « refus » m’ont particulièrement interpellé. Le premier venait d’une amie, grande femme de culture, farouchement indépendante, totalement féministe, moderniste et laïque jusqu’au bout des ongles. Sa réponse cinglante était admirable de concision : « PAS D’ACCORD ! » en majuscule dans le texte et avec un point d’exclamation. Face à une telle certitude, il n’était pas question d’argumenter et je me console en me disant qu’il existe encore en Tunisie des gens de convictions « radicales de gauche» au sens le plus noble du terme.
Le deuxième « refus » marquant, venait d’une amie très chère, avocate de profession qui dans un style plus nuancé mais tout aussi ferme m’a dit : « pas trop d'accord.....le culte de la personnalité pendant 30 ans, amplement suffisant, débattre sur ses idées, les bonnes et les moins bonnes me semble plus utile ». A ma réponse, que le but d’une telle initiative était de combattre l’amnésie collective et rappeler les bonnes choses, elle m’a donné raison tout en notant que « l’amnésie collective, il l’a institué… (et que) pour être plus juste… c’était culturel… la Jahilia (obscurantisme préislamique)… (est ce que je) connais ????? Avant moi, le néant (et que) les Arabes font table rase et recommencent à zéro ».
Que de tels arguments aussi nets et aussi forts viennent de deux femmes m’a enchanté et m’a réconforté dans mon idée qu’il fallait se souvenir de Bourguiba. Ce n’est pas dans un autre pays Arabe qu’on trouve des femmes de culture et des avocates aux opinions si marqués, et ça c’est un peu grâce à Bourguiba.
Je ne pense pas que commémorer la mort de Bourguiba pendant une journée, c'est perpétuer son culte de la personnalité qui a quand même cessé, il y a 22 ans. Quand il a perdu le pouvoir, j'avais 27 ans et j'ai donc souvenir d'au moins la dernière décennie de sa présidence. Avec du recul, il y avait une certaine bonhomie dans des pratiques certes négatives mais jamais hyper-agressives et certainement pas violentes. La politique était cantonnée aux milieux politiques et des pans entiers de la société étaient dans une indépendance totale.
Mon amie femme de culture a été de tous les combats des années 70 et 80. Elle s’est battue pour la liberté de création et d’expression avec un groupe d'artistes soixante-huitards intellectuels et iconoclastes et dont la voix entendue aux quatre coins de la république, n’avait jamais été confinés à un théâtre de 220 places. Je suis persuadé que mon amie avocate doit certainement se souvenir de juges totalement indépendants et de grands ténors du barreau qui imposaient le respect et pas qu'au petit policier de base.
Pour ce qui est de l'amnésie que Bourguiba a institué, il faut peut être comprendre (sans excuser pour autant) le contexte historique dans lequel il opérait (fin du colonialisme, désir politique de faire disparaître définitivement le Beylicat). Malgré son égo surdimensionné, j'aimerais penser qu'il avait une logique intellectuelle dans sa démarche, au moins jusqu'à un certain âge. J'aime aussi à penser et je crois que beaucoup de gens partage mon opinion que la nostalgie de Bourguiba aujourd'hui existe par opposition à un constat que la situation que nous vivons aujourd'hui est un pâle ersatz d'une période qui avait instauré la méritocratie comme pilier du développement de ce pays.
Si j’ai décidé de mettre sa photo dans mon profil, le 6 Avril, c'est parce que justement je veux briser ce cercle des Arabes qui nous vient de la Jahilia, comme le dit si bien mon amie avocate et rendre à Bourguiba, ce qui revient à Bourguiba, c’est à dire un pan essentiel de notre histoire: La construction d'un homo-tunisianus moderne, une indépendance jalouse des influences extérieures fussent elle française, libyennes ou Saoudiennes, une éducation de qualité pour tous, une véritable et révolutionnaire libération de la femme. C'est tout simplement un devoir de mémoire obligatoire.
Dans le fond, ce n’est pas tant Bourguiba qui est important que ce qu’il représente pour nous tous. Une idée claire de ce que doit être la Tunisie : une nation moderne construite sur le principe de l’égalité et de la citoyenneté. Un peuple spécifique qui a ses propres références, qui ne dénigre pas son passé et qui a assez d’intelligence pour différencier un projet de société d’un slogan creux.
J'ai entendu une fois, notre grand cinéaste Nouri Bouzid, dire lors d'un hommage posthume au grand producteur Ahmed Baha Eddine Attia (avec qui il avait eu une relation plus que tumultueuse, laquelle relation nous a donné quelques chefs d'œuvres du cinéma tunisien) : « Ce que j’ai ressenti à la mort de Hmaïed, c’est ce que j’ai ressenti à la mort de Bourguiba, c’était un homme qui m’oppressait mais qui a tiré le meilleur de moi-même ».
Nouri Bouzid avait fait de la prison et avait été torturé du temps de Bourguiba
Ce que je trouve le plus intéressant dans notre rapport avec Bourguiba aujourd’hui, c’est la façon presque gênée dont certaines personnes le citeront du bout des lèvres en disant de lui « Ezzaïm », le leader. On sent bien qu’ils ont envie de dire le Président Bourguiba mais qu’ils n’osent pas. Ma foi, Il faut être bien fluet pour avoir peur d’un fantôme.
Je vais aussi mettre sa photo, parce que personne ne peut mettre en doute sa probité et c'est quelque chose qui force mon admiration et qui ne fait absolument pas vaciller mon respect. Et j'aime à penser que je suis moi-même un homme de convictions. En tout cas, c'est ce que j’essaye de faire croire à mes enfants.
Par Hichem Ben Khamsa
Organisateur des Rencontres du Cinéma Indépendant Américain de Tunis,
« Views of America »
Organisateur des Rencontres du Cinéma Indépendant Américain de Tunis,
« Views of America »
A lire aussi:



Les Dernières interviews
Caricatures 






Commentaires
Je suis une tunisienne qui vit en france depuis 30 ans et je me sens trés fière de l'etre sur tout aprés le 14/01/2011.
Je suis une bourguibiste je ne le cache pas je suis née à bizerte en juillet 1961, mes parent m'ont toujours parler de du zaaim allah yerhamou et moi et mon mari on a transmis à nos 4 anfants l'histoire de ce gand'homme le jour de son décé j'ai pleuré comme le jour du décé de mon propre pére
et comme j'etais triste qu'il n'a pas eu des funerails dignes de ce moujahid, je me rappelle que la chaine algerienne a montrer plus de roportages sur la vie de bourguiba que "quanet dhabaa".
ben ali avait peur de lui mĂŞme mort car il n'avait pat la concience tranquille.
Il faut que tous les tunisiens commémore la mort d'el moujahid al akbar allah yerhamou et yaghfirlou.
je me rappele une anegdotte,mes voivines sont venues me présenter leurs condoleonces parce que mon fils, qui avait 6ans leur a dit ma mère pleur car mon grand père est mort. C'EST LE PERE DE TOUS LES TUNISIENS. ALLAH YERHMOU.
Bourguiba est un statut, qui a donné au payer plus que ceux qui le critique!!!
quelqu'un pour me dire non!!
arrĂŞtons alors!
qui a contribue a l emergence d une force
restee acculte depuis didon...moi si je respecte bourguiba c est surtout parce qu il a respecte la femme tunisienne, dont ma mere, mes soeurs et ma femme,,,,pour nous bourguiba c est aussi jughurta.et hannabal, poĂĽr ne citer qu eux...et je suis fier d etre tunisien vivant dans cette ere de liberte meritee...
Ce qui est intéressant selon les interventions des différents commentaires de l'artcilers, c'est que nous tunisiens avons pa mal de thèmes, qui restent insuffisamment discutés 't débattu comme le cas de Bourguiba. Ils restent casés dans le NON-DIS.
J'espère bien, que l'espace d'echanges d'idées et surtout d'opinions sera élargi encore plus.
Et pour finir je constate que mme ou melle ahlem bouricha ennrichit le debat pas sa tres sterile remarque.
La tunisie Ă Bourguiba reconnaissante.
c'est tout ce que tu trouve à dire ? essais d'écrire un commentaire intéressant au lieu de chercher à critiquer les autres pour des choses qui n'ont rien à voir avec ce sujet