Tunisie : Qui veut brûler Carthage ?

En quelques heures, des postes de police furent incendiés, des bureaux de l’UGTT saccagés, des espaces de libre expression attaqués, des tribunaux brulés.

Trop facile de crier à la menace intégriste. Trop facile de crier au laxisme du Ministère de l’Intérieur. Trop facile de se complaire dans des prédictions auto-réalisatrices sur le chaos provoqué par l’islamisme.

Car osons le dire clairement, à force de vouloir le chaos, de crier que tout va mal, de rêver de l’écroulement du gouvernement tunisien, et par extension de l’écroulement de la démocratie tunisienne, car cette démocratie aurait choisit Ennahda pour la diriger, il y a de la part de certains une profonde satisfaction vis-à-vis de la situation actuelle. Un énorme rictus de satisfaction orne le visage de toute une frange de la classe politique tunisienne qui voit en l’islamisme le mal absolu. Ceux là mêmes colonisés par la haine de l’islamisme, dont les cerveaux stériles ne sont plus aptes à rien produire ni à rien accepter du camp islamiste.


Soyons un peu rationnel au milieu de ce chaos psychique ambiant, les faits d’abord : avant-hier, au même moment, en différents points, on assiste à des attaques coordonnées menées conjointement entre salafistes et casseurs. Ces attaques furent dirigées contre des lieux symboliques de la liberté de pensée en Tunisie, mais aussi et surtout en direction de tribunaux tunisiens.  Evoquons le contexte ensuite : ces attaques se déroulent quelques jours après que Ayman Al Zawahiri et un leader salafiste tunisien Abu Ayoub appellent au renversement du gouvernement. Et quelques jours après que des mesures importantes furent prises dans le but d’écarter des responsables de la justice impliqués auprès de l’ancien régime.

C’est à partir de ces faits que des responsables politiques tunisiens et des acteurs éminents  de la société civile s’empressent d’attaquer –encore- le gouvernement, en le taxant de laxiste, et en appelant à sa démission. Au moment, où les démocrates, ceux qui veulent sincèrement renforcer et faire aboutir l’expérience démocratique tunisienne devraient s’unir, non pas derrière, mais aux côtés de ce gouvernement, afin qu’il puisse remplir sa mission ; tout de suite, à un moment aussi sensible, les invectives et les noms d’oiseaux fusent.

Oui, c’est dans des instants comme celui-ci que nous devons être du côté du gouvernement légitimement élu par le peuple,  sans être aveugle ni dupe de ce qui se passe sous nos yeux. Oui, une partie de l’administration, en tout cas des directions de l’administration, qui doivent leurs statuts et leurs avantages, non pas à leurs compétences, mais plutôt à la servilité dont ils ont fait preuve devant l’ancien régime. Une partie de cette administration, a aussi il faut le dire collaborer, dénoncer, s’est enrichit sous l’ancien régime. Ce sont eux qui aujourd’hui ne souhaitent pas le prolongement de l’expérience démocratique. Ce sont eux, qui alliés aux forces de l’ombre de l’ancien régime, anime le bras des casseurs, qui étrangement attaquent les tribunaux, et non pas les bijouteries…. A leurs côtés, on trouve encore et toujours ces fameux « salafistes » dont on ne sait trop d’où ils sortent, mais dont l’un des principaux responsables impliqué lors de l’affaire de Soliman, fut sous Ben Ali, libéré rapidement et put disposer d’un passeport.

Ces prétendus « salafistes », dont on ne peut ignorer qu’une partie certes sont des personnes pacifiques, ont une branche de plus en plus violente, servant des intérêts encore mal identifiés. Les mêmes qui furent empêchés d’ouvrir des camps d’ entrainement en Libye par le gouvernement de Tripoli. Les mêmes qui ne croyant pas à l’expérience démocratique, souhaitent en découdre prioritairement avec Ennahda (des mubdadis, soient pire que des infidèles). Il y a aujourd’hui une connivence d’intérêt, une connivence politique qu’il faut cesser de faire semblant d’ignorer, entre les partisans d’un régime autoritaire, qui veulent sauvegarder leurs intérêts et défendre un idéal de Tunisie fantasmée (la Tunisie moderne et « laïque »). Et d’autres partisans d’un régime autoritaire, souhaitant eux aussi retirer le choix du peuple à se choisir des dirigeants, et voulant aussi créer une Tunisie idéale fantasmée (un état islamique, voire un « califat »).


Il s’agit aussi de demander, d’exiger même du gouvernement actuel, de faire ce que nous attendons de lui. De permettre la rédaction d’une Constitution, d’appliquer concrètement la justice transitionnelle et de cesser de vouloir louvoyer avec les partisans de l’ancien régime. Il convient aussi, à ce gouvernement, et plus largement à l’Etat tunisien, de remplir son rôle de défenseur de la religion musulmane. En redonnant à la Zitouna son rôle historique, en faisant la promotion d’un islam du juste milieu ancré dans nos traditions.

Nous démocrates tunisiens, nous devons être solidaires, et converger vers la démocratie et la liberté, afin que personne ne puisse dans notre pays subir la violence en raison de ses convictions religieuses, idéologiques ou philosophiques. Ensemble nous devons nous battre pour la cohésion nationale d’une Tunisie ancrée dans la démocratie et reconnaissant le principe immuable d’un Homme Une Voix.


Wajdi Limam

Commentaires 

#10 I love Touns 15-06-2012 20:56
Tunisie mon amour, ma douce, ma tendre toi qui m a toujours fait rêver j espère que tu ne seras pas livre en pâture pour assouvir des dessins machiavéliques
Citer
#9 I love Touns 15-06-2012 20:48
Laisser les tunisiens vivrent comme bon leur semble
Préoccupez vous plutôt de la reconstruction et du developpement du pays afin que chacun puisse prétendre a une vie digne
Cela suppose travail courage et détermination
Citer
#8 belfahem 15-06-2012 09:24
Si l'état fait preuve de fermeté et de vigilance alors les responsables de droit de l'homme et l'opposition commencent à crier et à critiquer et si l'état fait preuve de sagesse et de compréhension on l'accuse de faiblesse .choisissez ou bien la fermeté ou bien le laxisme??!!
Citer
#7 Othman Rassaa 14-06-2012 16:20
Ne compliquons pas l'analyse ne cherchons des justifications ça et là. En Tunisie nous disposons d'une batterie de codes et de lois pour faire face à toute situation. Appliquons la loi et rien que la loi. soyons exigeants et fermes dans cette l'application. Ces derniers temps tout monde (Délinquants, salafistes et modernistes) profitent du laxisme et manque de fermeté de l'état pour essayer de faire ce qu'il a envie de faire.
Citer
#6 karim 14-06-2012 13:19
ni menaces integristes ni laxisme policier....Tout le monde il est beau tout le monde il est gentil. Vous revassez chere Mr. allons reveillez vous le gouvernement doit assumer son -in-action et le contre pouvoir doit evoluer en toute liberte et avec la responsabilite qui est la sienne pour eviter les derives du mono cephalisme.
De toutes les facons la democratie c'est ca, un systeme imparfait, dans lequel les decisions sont en general conditionnees par le court terme...car personne ni gouvernement ni opposition (une fois au pouvoir) ne sont capables d'engager le futur avec une vision coherente, strcturee et anticipatrice. personnes n'est pret a sacrifier son mandat actuel ni a risquer leur mandat futur.
Citer
#5 Hédi 14-06-2012 10:12
Bravo
Citer
#4 Mohamed 14-06-2012 10:11
yaatik essaha, mais vous seriez taxés de rejii parce ceux qui n'acceptent pas l'autre
Citer
#3 amira 14-06-2012 10:10
Excellent article
Citer
#2 Selim 14-06-2012 10:06
Arrêtez de toujours vouloir justifier l'incompétence du gouvernement. La situation ne cesse de se détériorer depuis qu’Ennahdha a pris le pouvoir. Ils n'ont rien fait pour nous depuis 6 mois à part favoriser le chaos pour installer méthodiquement les idées les plus radicales de l'extrémisme religieux dans notre pays et justifier la censure. Comment veux-tu que nous les jugions si ce n'est par le résultat de leur travail ? Si tu penses qu’on peut être à la fois islamiste et démocrate c’est que tu ne comprends pas le sens de l’un de ces 2 mots.
Citer
#1 bing 14-06-2012 10:02
je me demande si c est un article pour rapporter une info, une analyse ou un simple édito.
aucun des trois c'est mr le moralisateur.
et puis il n'est jamais bon d'insulter qui que se soit.
"dont les cerveaux stériles ne sont plus aptes à rien produire ni à rien accepter du camp islamiste"
Citer

Réagir à cet article

Sondage

Quel est le média sur lequel vous comptez comme 1ère source d’information?

  • Presse électronique

    68.2%
  • Télévision

    17%
  • Radio

    10.2%
  • Presse papier (journaux et magazines)

    4.6%