Gouvernement Chahed : Messieurs de la politique, soyons sérieux !

Gouvernement Chahed : Messieurs de la politique,  soyons sérieux !

 

Le président d’Afek Tounés, Yassine Brahim qui n’est plus un novice en politique est ressorti d’un entretien avec le Chef de gouvernement désigné Youssef Chahed pour dire que ce dernier l’a assuré qu’il va introduire des modifications dans son gouvernement dont la composition a été annoncée samedi soir et ce après avoir écouté les « réserves » de son parti sur l’ équipe rendue publique.

Ou bien Brahim a mal interprété les propos de Youssef Chahed ou ce dernier a fait une bourde. Car il ne peut plus introduire la moindre modification sur son équipe. Celle-ci est désormais entre les mains du président de l’Assemblée des représentants du Peuple que le lui a communiqué le président de la république comme le stipule la Constitution. En janvier 2015, Habib Essid avait présenté une première mouture et a dû la modifier quelques jours plus tard, mais cela s’est fait avant que le président de la république ne la fasse parvenir à l’ARP pour le vote de confiance.

Mais ce n’est pas Afek qui fait volte-face et menace de quitter le gouvernement si ses réserves ne sont pas prises en compte, le parti Al-Joumhoury fait de même en demandant dans un communiqué au chef du gouvernement désigné de « parachever » les consultations, rien de moins. Mais ce ne sont pas ces deux partis qui font cette démarche étrange. Les députés de Nidaa Tounés en ont fait de même en demandant au chef du gouvernement qui est l’un des leurs de revoir sa copie.

Messieurs, dames de la politique soyons sérieux. Le coup est parti. Seul un vote négatif de l’ARP peut amener le président de la république de reprendre tout à zéro, c'est-à-dire procéder aux consultations, renommer Youssef Chahed ou nommer un autre et lui donner un mois pour former son gouvernement. Mais attention au bout de quatre mois et si le gouvernement n’est pas en place, le président de la république peut convoquer des élections législatives anticipées.

C’est ce que dit la Constitution et il serait indiqué pour tout membre du gouvernement, tout député de l’ARP et tout homme ou femme politique en reçoivent une copie et la lise avec beaucoup d’attention. Les partis politiques seraient bien avisés de faire des cours d’apprentissage de la Loi Suprême pour que leurs adhérents ne soient pas pris en flagrante ignorance de la Constitution qui doit être leur livre de chevet.

En régime présidentiel, tant que le décret de nomination n’est pas signé le président de la république peut changer d’avis et personne ne peut lui en tenir rigueur. Ce n’est pas le cas en régime parlementaire ou semi-parlementaire comme le nôtre. La nomination du gouvernement passe par plusieurs séquences dont on doit respecter le déroulement et les délais. Chaque étape a un début et une fin qui appelle l’étape suivante. Croyez-vous par exemple que le président de la république peut aujourd’hui changer d’avis et nommer quelqu’un d’autre à la place de Youssef Chahed. Bien sûr que non. Youssef Chahed ne peut pas non plus changer une virgule à sa liste.

Ce qu’il aurait dû faire c’est d’aller jusqu’au bout du délai que la Constitution lui accorde. désigné le 3 août, il avait jusqu’au 2 septembre pour présenter sa liste au président de la république. C’est son choix d’avoir écourté les délais constitutionnels. D’ailleurs nombreux sont ceux qui se sont demandés pourquoi il a choisi un samedi soir en plein mois d’août pour rendre publique la formation de son gouvernement. Parachever ses consultations et présenter sa liste le 1er septembre auraient été plus indiqué.

Mais maintenant que le coup est parti on ne peut revenir en arrière à moins de tordre le cou à la Constitution. Le président de la république gardien de la Loi Suprême ne le permettrait pas.

R.B.R.

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