Le budget citoyen, un grand mensonge en Tunisie

Le budget citoyen, un grand mensonge en Tunisie

Le budget citoyen 2016 a été présenté, ces jours-ci,  en grande pompe par le ministre des finances, Slim Chaker et Marie Françoise Marie­Nelly, directrice du département Maghreb à la Banque mondiale  non seulement comme «une première en Tunisie» mais surtout comme «une avancée majeure de la Tunisie sur la voie de la transparence et de l’accès du simple citoyen à l’information budgétaire».

 Pourtant, à regarder de près et au regard des résultats obtenus,  ce budget tel qu’il est conçu et tel qu’il est appliqué en Tunisie, demeure un simple concept théorique, et tout ce bruit qu’on fait sur ce mécanisme relève plus de la propagande improductive.

D’abord c’est quoi un budget citoyen. Introduit pour la première fois en octobre 2013, en Tunisie en partenariat avec la société civile et avec un financement de l’ong américaine, l’IBP (l’International Budget Partnership), le budget citoyen se propose d’atteindre deux objectifs.

Le premier concerne la forme. Il vise à simplifier la littérature rébarbative et hermétique du budget de l’Etat et de la présenter avec des images simples et un langage accessible à tous les citoyens.

Le second objectif, le plus important à notre avis, tend à informer le contribuable, partout où il se trouve, de l’enveloppes budgétaire accordée à sa localité pour financer des projets devant améliorer son quotidien et son environnement socio-économique.

En Tunisie, des milliers d’enveloppes budgétaires en stand by

Dans des pays africains comme la Tanzanie où le budget citoyen est en vigueur les communautés suivent de près la répartition du budget de l’Etat au triple niveau central, régional et local. Elles assurent elles-mêmes le suivi de l’exécution des budgets alloués aux régions, aux localités et même aux douars.

Lorsqu’elles constatent que les budgets prévus n’ont pas été exécutés ou ont été détournés, elles descendent dans la rue pour protester et alerter la presse pour maximiser la médiatisation de cet abus.

En Tunisie, les budgets de développement alloués, ces cinq dernières années, aux régions se chiffrent à des milliards pour non exécution (plus de dix milliards de dinars). Et c’est le chef du gouvernement, Habib Essid qui le dit. Les responsables de cette mauvaise gestion des deniers publics au plan régional, en l’occurrence, les gouverneurs n’ont jamais été ni inquiétés ni rappelés à l’ordre par aucune structure ou institution de contrôle de l’Etat.

Le résultat on le connaît : des milliers de projets sont restés en stand by et les régions de l’intérieur ont du prendre leur peine en patience et attendre encore cinq ans sans voir des projets viables générateurs d’emplois et de sources de revenu se réaliser.

Le constat est désormais clair. Le budget citoyen ne peut atteindre ses objectifs et créer de la valeur en Tunisie que lorsqu’il est appliqué au niveau local.


Le contribuable impliqué dans le suivi des affectations budgétaires

Effectivement, pour que ce mécanisme soit efficace, il faut que chaque contribuable parvienne par  ses propres moyens de savoir combien l’Etat a affecté de crédits pour la réalisation d’un tel ou tel projet dans sa localité commune, quartier, agglomération, et qu’il puisse assurer lui-même, voire superviser de visu l’exécution de ce projet.

Pour le moment, le budget citoyen est un mécanisme très limité et à des relents propagandistes certains en ce sens où le pouvoir en place cherche plus à épater ses maîtres -bailleurs de fonds et partenaires économiques- et à leur prouver qu’il est engagé, aux côtés des citoyens, dans un processus de transparence et d’efficience financière, alors que dans les faits il n’en est rien.

N’oublions pas que les communautés de l’intérieur du pays ne s’étaient soulevées contre l’administration centrale qu’en raison de la corruption des autorités d’exécution régionales, locales et communales qui avait détourné, des décennies durant, des allocations budgétaires destinées à l’investissement public, à des fins de propagande politique et d’assistance sociale anesthésiante.

Cela pour dire, in fine, que rien n’a changé et que le budget général de l’Etat en Tunisie est toujours géré comme un butin par les lobbies en place au quadruple stade de son élaboration, adoption, exécution et évaluation. Il demeure l’affaire de quelques initiés privilégiés.

Moralité : le budget citoyen est encore un mirage.

KIM

 

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