Oussama Kheriji : « Rien ne sera plus comme avant pour les ingénieurs »

Oussama Kheriji : « Rien ne sera plus comme avant pour les ingénieurs »
L’absence du chef du gouvernement lors de la journée de l’ingénieur qui a eu lieu le samedi 22 octobre 2016 au Palais des Congrès a ouvert la porte à une grande polémique, surtout que cette journée a vu le plus grand rassemblement de l’histoire des ingénieurs Tunisiens.
 
De nombreux ingénieurs ont critiqué dans ce sens cette absence considérant qu’elle s’inscrit dans le cadre de la politique de marginalisation dont est victime la profession.
 
Pour apaiser cette tension et pour démontrer l’intérêt qu’accorde le gouvernement d’union nationale au corps de l’ingénierie surtout qu’il est lui-même ingénieur, Youssef Chahed a reçu le président de l’Ordre des ingénieurs Tunisiens (OIT), Oussama Kheriji, le vendredi 28 octobre 2016 au Palais de la Kasbah.
 
 
Suite à cette rencontre Espacemanager a rencontré le président de l’OIT Oussama Kheriji : 
 
Espacemanager : Pour commencer, peut-on avoir une idée sur la teneur de l’entretien que vous venez d’avoir avec M. Chahed ?
 
Oussama Kheriji : Après lui avoir fait un exposé sur les derniers développements de la situation des ingénieurs et de l’OIT, le chef du gouvernement a fait preuve d’une grande compréhension quant aux préoccupations du secteur et des attentes exprimées par les différents intervenants de la profession en affirmant la prédisposition de son cabinet à revoir les textes de loi portant organisation du secteur et de la situation matérielle et financière des ingénieurs .
 
M. Chahed a mis l’accent surtout sur l’engagement de son gouvernement quant à la nécessité d’ouvrir les différents dossiers en vue d’améliorer les questions-clé touchant à la profession dont notamment le chômage, l’emploi précaire et la formation.
 
On peut dire que la page de la marginalisation du corps des ingénieurs par les différents gouvernements  est tournée et qu’une autre vient de s’ouvrir.
 
EM : Quelle évolution prévoyez-vous pour la nature des relations de l’OIT avec les autorités au pouvoir ?
 
O K : Depuis de longues années, les ingénieurs n’ont pas cessé de dénoncer la politique de marginalisation dont est victime leur profession et d’appeler à l’entame de réformes urgentes ainsi qu’à l’adoption d’une loi des professions d’ingénierie pour organiser le secteur et essayer de remettre l’ingénieur à la place qu’il mérite.
 
A maintes reprises, on a appelé les autorités à intervenir pour résoudre les problèmes qui contribuent à la dégradation de notre métier sur tous les plans tels que les salaires ou les formations douteuses, ainsi que le nombre très élevé de nouveaux diplômés qui dépassent de très loin les besoins du marché, surtout dans certaines spécialités qui ne sont plus adaptées aux besoins des entreprises.
 
Mais il faut reconnaitre que nos relations avec les divers départements gouvernementaux n’étaient pas à la hauteur de nos aspirations. C’est à peine que nous avions des rapports amicaux et assez bons avec les deux titulaires des anciens départements de l’Enseignement supérieur et de l’Agriculture.
 
Cela fait longtemps que nous voulions nous asseoir avec le gouvernement à la même table pour examiner les problèmes du secteur et tenter d’y trouver les solutions adéquates. Ce qui vient d’être lancé aujourd’hui même suite à cette rencontre que je viens d’avoir avec Youssef Chahed.
 
En tout état de cause et tout en nous félicitant de l’établissement de cette nouvelle approche, nous resterons vigilants en poursuivant nos actions militantes en vue d’obtenir nos droits dans le cadre de la loi et avec les voies pacifiques.
 
EM : Aprés la tenue de la dernière Journée annuelle de l’Ingénieur, qu’est-ce qui va changer au sein de la profession et au sein de l’Ordre des ingénieurs ?
 
OK : Effectivement, la dernière Journée de l’Ingénieur, qui était à sa 34ème édition, a permis, enfin, de prouver d’une manière palpable la réelle force du corps des ingénieurs et de leur solidarité. 
C’est comme si on disait que « rien ne sera plus comme avant ».
 
Nous devons, désormais, être associés à la politique de formation qui se déroule, jusque-là, d’une manière anarchique et sans le moindre contrôle Et les chiffres sont là pour étayer ces dires. A savoir la promotion de 4300 ingénieurs diplômés en 2010 avant de passer à plus de huit mille en 2010.
 
Autrement, il a pratiquement doublé en cet espace de cinq avec le grand risque de provoquer une « inflation » au sein de la profession, ce qui représente un sérieux risques de créer une « déstabilisation du secteur »..
 
E M : Avec 70000 ingénieurs l’OIT est l’organisme qui compte le plus grand nombre d’adhérents après l’UGTT. Pourtant il a été presque toujours absent dans les grands rendez-vous ?
 
O K : On est conscient de cela et l’Ordre a pour objectif de changer de positionnement et de  s’imposer en tant qu’acteur principal dans la société civile vis-à-vis du pouvoir.
 
En rassemblant des milliers d’ingénieurs venus de tous les coins du pays, cette Journée de l’Ingénieur a été une occasion propice pour démontrer à toutes et à tous que les ingénieurs constituent une importante force mais pour peu qu’ils soient bien conseillés et plus équitablement répartis, ils peuvent constituer une force régulatrice et productive
 
ES : L’OIT a fait de la situation matérielle de l’ingénieur et des défis de l’emploi ses priorités absolues ?
 
O K : Après avoir fait le diagnostic de la situation des ingénieurs en Tunisie, le nouveau bureau de l’OIT a fait de la défense des intérêts moraux et matériels de ceux qui exercent la profession d’ingénieur une priorité.
 
Pour l’OIT, la négociation du salaire de l’ingénieur dans la Fonction publique est une nécessité. Car il faut, au moins, l’aligner sur celui des professions qui ont fait le même parcours académique.
 
C’est pourquoi, l’Ordre revendique la mise à niveau du salaire du diplômé d’ingénieur avec toutes les professions qui nécessitent cinq ans d’études universitaires.
 
Le deuxième axe du programme de l’OIT pour la réforme du métier d’ingénieur est de tenir des formations en hard skills et soft skills pour améliorer l’intégration des jeunes ingénieurs dans les milieux professionnels et leur compétitivité.
 
 
Propos recueillis par : Noureddine HLAOUI

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