Pauvre Tunisie, tes enfants te trahissent !

Après un long bras de fer, l’Association tunisienne des femmes démocrates a fini par convaincre le ministère de l’Intérieur d’organiser le 13 août, sa marche à l’avenue Bourguiba, à l’occasion de la célébration du 56 ème anniversaire de la promulgation du code du statut personnel.

Après avoir justifié sa décision portant interdiction de manifester à l’avenue Bourguiba par «son incapacité de garantir la sécurité requise à cette marche» vu la grande affluence sur ce boulevard pendant le mois de ramadan, le ministère a fini par faire machine arrière et autorisé l’organisation de la marche sur ledit endroit.

Sauf que certaines interrogations se font de plus en plus persistantes. Pourquoi, cette tendance à toujours vouloir manifester sur cette avenue, quand on sait les risques énormes de dérapages incontrôlés qui peuvent surgir ? Naturellement, il est plus facile pour les intrus de perturber une manifestation censée être pacifique à l’avenue Bourguiba s’ils se faufilent à travers les rues parallèles  qu’à l’avenue Mohamed V.

Dans tous les pays démocratiques, y compris la Tunisie, manifester est un droit légitime, mais certains endroits stratégiques sont tout simplement interdits de manifestations dans l’intérêt général de la nation. C’est le cas de l’avenue Bourguiba qui, malgré sa symbolique révolutionnaire, constitue tout de même un endroit stratégique et un poumon important du commerce surtout en cette période de fin du mois de Ramadan où tous les Tunisiens font des achats.

Certaines parties n’ont pas manqué de voir dans cette insistance une volonté délibérée de vouloir défier l’Etat qui devrait user de son statut d’autorité dans des circonstances aussi graves que la situation que traverse notre pays en ce moment.

Les membres de l’Association tunisienne des femmes démocrates et les autres partis qui  comptaient organiser des manifestations auraient dû se contenter de Mohamed V
! L’on ne voit pas en quoi cela changerait en termes d’écho et de visibilité !

Il est un constat regrettable dans le comportement de nos compatriotes: la peur du gendarme a disparu, les citoyens pour un oui ou pour non bombent le torse et descendent dans la rue, créant un triste capharnaüm .

Le patriotisme est en train de perdre de sa substance. Sinon comment expliquer tous ces dépassements ? Comment expliquer toutes ces lois vulgairement foulées au pied ? Comment expliquer ces sit-in anarchiques et ses revendications insensées ?

Une chose est sûre, le pays va mal, très mal. Et pire dans tout ça, certains esprits écervelés, au nom de la révolution,  se croient tout permis. Récemment la destruction  à Bou-Argoub d’un kiosque anarchique bâti sur un conduit de gaz  a abouti à un sit-in sauvage et le blocage systématique de la route Tunis-Nabeul.

Du coté du Kef, un citoyen de Tajerouine‎, n’a rien trouvé de mieux à faire pour attirer l’attention et exprimer son ras- le-bol, que de hisser un drapeau israélien au sommet de la délégation. Quémandant depuis un mois un toit pour dormir et un kiosque à journaux et à cigarettes pour travailler, l’homme avait décidé de passer la vitesse supérieure. Arrêté pour ce geste grave et placé en détention en attendant d’être présenté au procureur, certains habitants de la ville sont montés au créneau pour exiger sa libération.

Sidi Bouzid, le berceau de la révolution, est en train de s’embraser. Certains habitants   surexcités, qui s’en sont pris à des biens publics,  réclament même une seconde révolution.

Et quand les autorités appliquent la loi et arrêtent les fauteurs de troubles, c’est toujours la même réaction de certains partis politiques et de certaines personnalités qui se proclament syndicalistes et défenseurs des droits de l’homme : pression de tous genres pour les libérer malgré leurs crimes.

Où va-ton quand les enfants d’une nation soutiennent l’anarchie et empêchent le droit d’être appliquée? Peu importe le parti qui tient les rênes du pouvoir, certains agissements déshonorants sont appelés à être bannis parce qu’il est très dangereux de vivre dans une société où l'on n’applique pas les lois et si les citoyens s’habituent à ce rythme, il serait impossible de changer leur comportement même si ceux qui encouragent ce comportement actuellement auront le pouvoir dans le futur. Pauvre Tunisie, tes propres enfants sont en train de te trahir !

Elhadj Oumar D