
Conscients que les libertés et les droits de l’Homme doivent être conquis et reconquis chaque jour, les tunisiens ne cessent de revendiquer, dénoncer, proposer, critiquer etc. Cette tension apparente que l'on vit tous les jours laisse penser que le pays est à la dérive et que les tunisiens sont inconscients.
Ayant l'impression que le pays se divise, il n'y a pas mieux qu'un oeil extérieur pour donner un état des lieux, plus ou moins, objectif de ce qui se passe en Tunisie.
Dans une interview accordée au journal Suisse "swissinfo", M. Dick Marty, Docteur en droit, consultant juridique et économique et actuellement Vice-président de l’Organisation mondiale contre la torture (OMCT), vient de donner son avis sur ce qui se passe en Tunisie.
Suite à sa participation à une réunion organisée par l'OMCT pour discuter des futures réformes destinées à éradiquer la torture et les mauvais traitements en Tunisie, M. Marty avoue être « impressionné par la dignité des personnes rencontrées. Je n’ai entendu personne parler de vengeance, alors que la torture a été pratiquée pendant des décennies. Malgré les nombreux prisonniers politiques de l’ancien régime, je n’ai pas senti de volonté de revanche, mais un désir de vérité et d’établissement des faits et des responsabilités. Beaucoup de gens ont besoin de parler, de témoigner de ce qu’ils ont subi. »
Par contre en matière de protection des droits humains, M. Marty reconnaît que « la tâche est énorme et le nouveau gouvernement manque d’expérience et d’expertise. Ce qui est souhaitable, c’est que le gouvernement et le parti majoritaire utilisent toutes les ressources de la société tunisienne. Il serait très inquiétant qu’il ignore toutes les forces qui n’appartiennent pas à la majorité actuelle, qu’il se passe des services d’excellents juristes et avocats qui peuvent apporter beaucoup à la rédaction de la nouvelle constitution, à l’appareil législatif et à la bonne gouvernance.
Une crainte se dessine en effet que chacun ait comme principal, voire unique objectif les prochaines élections prévues en 2014. La Tunisie a besoin aujourd’hui d’une authentique unité nationale. »
En parlant du parti Ennahdha le vice-président l'OMCT indique que « ce parti n’est pas un bloc monolithique. Plusieurs courants coexistent, dont des extrémistes, mais aussi des libéraux. De plus, la société tunisienne, en particulier les femmes, ne me donne pas l’impression d’être prête à se laisser entrainer vers un régime intégriste. Il me semble que la société tunisienne est vaccinée en matière d’autoritarisme. »
Et M. Marty de préciser qu' « En respectant le courant islamiste, nous aidons l’ensemble des Tunisiens. Alors qu’en faisant pression et en les critiquant sans relâche, nous ne faisons qu’encourager les courants les plus extrémistes. »



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