Séverin Guelpa :"MATZA est une initiative produite dans l’échange et la complémentarité des approches"

Séverin Guelpa :"MATZA est une initiative produite dans l’échange et la complémentarité des approches"
 
Fondé par Séverin Guelpa , le projet Matza est avant tout une série de projets artistiques qui s’intéresse au territoire comme espace d’affirmation collective et d’émancipation politique. Ce manifeste constitue un trait d’union entre l’individu, le groupe et son environnement pour illustrer leur potentiel afin de dresser les pourtours d’une nouvelle architecture politique.
 
Dans cette interview, il nous livre son œillère quant à ce projet artistique.
 
Espacemanager: Parlez-nous de ce projet artistique?
 
Séverin Guelpa: MATZA est un manifeste artistique que j’ai fondé en 2015 et qui repose sur la capacité des gens à se fédérer et se donner les moyens d’améliorer ensemble leurs conditions de vie. Cette initiative tire son nom d’un outil de démocratie directe utilisé en Suisse à partir du 15ème siècle et dont je questionne la pertinence aujourd’hui au regard des enjeux écologiques et politiques auxquels nous faisons face. Chaque année, j’invite ainsi avec moi des artistes et des scientifiques dans des régions marquées par des enjeux environnementaux forts et une certaine résilience de la population. L’équipe travaille en lien étroit avec la population en s’inspirant de son savoir-faire. C’est à chaque fois une expérience artistique mais aussi humaine. Il y a derrière chacune des initiatives de MATZA l’idée d’une intelligence collective produite dans l’échange et la complémentarité des approches. 
 
Pourquoi avoir choisi Kerkennah pour cette première édition?
 
Après le désert de Mojave en Californie et le glacier d’Aletsch en Suisse, j’avais envie de questionner les enjeux qui traversent aujourd’hui l’espace méditerranéen en considérant la mer comme un lieu commun. C’est la raison pour laquelle j’ai réuni des artistes européens et tunisiens. Kerkennah devient un trait d’union entre les deux continents. Si j’ai choisi Kerkennah, c’est que c’est île présente un extraordinaire potentiel encore trop peu valorisé. C’est une région qui possède un fort patrimoine insulaire, essentiellement lié aux techniques de pêche qu’elle a su développer, la Charfia. C’est un exemple de développement durable et de respect des ressources de la mer. En même temps, les Kerkenniens sont des gens extrêmement accueillants et très solidaires. Ils sont en quelque sorte des exemples de courage, ce sont des battants. Kerkennah est une île oubliée. 
 
Où se déroulera l'exposition et pourquoi ce choix ?
 
Après avoir travaillé deux semaines sur l’île, nous allons tous remonter à Tunis. Les œuvres créées seront exposées au Musée National du Bardo à partir du 14 avril (vernissage à 18h00). L’exposition aura ensuite lieu du 15 avril au 7 mai. Le Bardo, au-delà d’être un magnifique musée, est un symbole. Faire remonter les îles Kerkennah dans ce prestigieux musée, c’est mettre en valeur un patrimoine tunisien unique et l’ensemble des valeurs que cette île incarne. 
 
A travers cet événement quel message voulez-vous véhiculer?
 
La Tunisie est à un tournant. Elle doit réussir à négocier cette transition vers la démocratie et l’émancipation de sa population. Elle en a les moyens. L’art, à sa manière, peut être un moteur de changement et de questionnement, surtout lorsqu’il s’intéresse, comme MATZA, aux enjeux environnementaux et sociaux d’une région. MATZA repose sur l’idée que les individus, s’ils ont la volonté, ils seront capables ensemble de se prendre en main et de décider de leur avenir. Cette force, cette résilience, je la ressens très fortement à Kerkennah, c’est la raison pour laquelle je m’intéresse à cette île et à sa population.
 
Propos recueillis par Amira Gordeh
 

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