Tunisie: Farhat Rajhi est « irresponsable et fourbe » selon Béji Caid Essebsi

Les déclarations faites, récemment, par l'ancien ministre de l'intérieur Farhat Rajhi sont « dangereuses et dépourvues de tout fondement ».

Ces propos émanent d'une « personne irresponsable et fourbe », a indiqué le Premier ministre du gouvernement provisoire Béji Caïd Essebsi.

S'exprimant lors d'un débat télévisé diffusé, dimanche, M. Caïd Essebsi a affirmé que les accusations de Rajhi à propos de l'existence d'un « gouvernement d'ombre » sont « insignifiantes et infondées », précisant que « le seul gouvernement qui dirige, actuellement, le pays est le gouvernement provisoire ».

« Je ne tolère à quiconque de s'ingérer dans mes décisions en tant que Premier ministre », a-t-il averti.

Revenant sur la fin de la mission de Rajhi à la tête du ministère de l'intérieur, le Premier ministre du gouvernement provisoire a expliqué que le départ de Rajhi s'est déroulé de façon civilisée, contrairement à ce qu'il avait prétendu, précisant que son remplacement est justifié par la médiocrité de son rendement à la tête du ministère, en plus de sa méconnaissance des rouages gouvernementaux.

Rajhi, a-t-il ajouté, a nommé un directeur général de la sûreté nationale sans même consulter le Président de la République ou le Premier ministre.

« Il est fort probable que Rajhi est la victime d'une manipulation », a-t-il estimé, faisant remarquer que toutes ses déclarations sont venues affirmer son ignorance et la subtilité de ses analyses notamment en ce qui concerne ses déclarations sur un éventuel coup d'Etat en cas de la victoire du Mouvement « Ennahdha » aux élections et ses accusations portées aux « Sahéliens » de garder une mainmise absolue sur le pouvoir.

« Ces accusations sont très dangereuses et ont pour dessein de semer la zizanie et d'allumer le feu de la discorde dans le pays », a-t-il fait observer.

« La justice, a-t-il encore précisé, doit trancher au sujet de ces déclarations, dès lors que le département de la défense nationale a décidé de confier cette affaire à la justice ».

Le Premier ministre du gouvernement provisoire a indiqué que les déclarations de Rajhi interviennent à la suite du consensus auquel ont abouti le gouvernement et la haute instance pour la réalisation des objectifs de la révolution, la réforme politique et la transition démocratique au sujet de l'article 15, ce qui laisse planer plus d'une question autour des intentions de cette personne et de ses complices.

Evoquant la récente dérive sécuritaire dans la capitale et dans plusieurs autres villes de la Tunisie, M. Beji Caïd Essebsi a expliqué que les appareils sécuritaires qui « se sont sentis heurtés et visés », subissent, actuellement, « un choc psychologique et une crise de confiance », faisant état, à ce propos, de la décision du ministère de l'intérieur de poursuivre plusieurs agents dont leur implication dans des actes de violence contre des citoyens et des journalistes à la suite des manifestations organisées, à la fin de la semaine dernière dans la capitale, a été confirmée.

L'établissement carcéral, agents et responsables, a-t-il encore souligné, vit, pour sa part, une crise, face à la poursuite des revendications professionnelles et sociales par le corps des établissements pénitentiaires et de rééducation, ajoutant que l'Etat est, actuellement, dans l'incapacité de satisfaire toutes ces revendications.

Les directeurs de certaines prisons, a-t-il poursuivi, ont réclamé la non poursuite de l'un de leur collègue, accusé d'avoir tué un prisonnier. « Cela est impossible, partant de notre attachement à l'autonomie de la justice et à la non-ingérence dans ses affaires », a-t-il soutenu.

S'agissant des développements de la situation sécuritaire sur les frontières tuniso-libyennes, le Premier ministre du gouvernement provisoire a précisé que la Tunisie a accueilli sur son territoire des frères libyens et leur a apporté toute l'assistance médicale nécessaire sans exclusion, démentant, à cet égard, les rumeurs autour d'une demande formulée par l'OTAN à la Tunisie, afin de lui accorder des facilités sur son territoire pour mener une opération militaire terrestre en Libye.

« Cette question n'est pas envisageable et celui qui y pense n'est pas responsable », a-t-il affirmé.

Traitant du volet économique, le Premier ministre a souligné que le gouvernement provisoire a accordé la priorité aux régions intérieures dans les plans de développement et programmé dans ces régions plusieurs grands projets à haute employabilité.

En cas de poursuite de la dérive sécuritaire et des mouvements de grèves et de protestations à caractère professionnel et social dans les différentes régions du pays, a-t-il dit, « l'économie nationale va beaucoup perdre », ajoutant, en conclusion, que le gouvernement provisoire est résolument engagé à défendre la révolution populaire et à protéger ses acquis.