Tunisie - Tes enfants s’entredéchirent !

Que ce soit sur le plan politique, économique, social, financier…le constat est malheureusement le même. La Tunisie va mal ! Et au rythme où vont les choses, nous risquons de nous retrouver irréversiblement dans le gouffre, si aucune solution n’est trouvée dare dare pour inverser les tendances.

Au lendemain de la révolution, s’il est un acquis dont on peut être fier aujourd’hui, c’est bien la démocratie. Mais le revers de la médaille c’est que nombre de Tunisiens ont du mal à cerner les contours de ce nouvel acquis.  L’on peine même à entretenir la moindre once de ces valeurs cardinales de la démocratie.

Après les moments infernaux de revendications saugrenues et de manifestations insensées qui ont porté préjudice au bon fonctionnement des institutions de la République, nous voilà à nouveau empêtrés dans un autre type de calvaire. A savoir le règne de l’anarchie et la disparition chez le Tunisien de la notion de peur du gendarme.

En témoigne le week-end mouvementé que notre pays vient de connaître avec d’abord la dispersion musclée de la manifestation à l’avenue Habib Bourguiba, l’arrestation de Soufien Chourabi, l’agression du Cheikh Mourou à Kairouan et autres dépassements à mettre sur le compte de la provocation délibérée.

Nombre de nos concitoyens oublient que si nous avons banni le modèle de parti unique cher à l’ancien régime, c’est pour laisser éclore une société démocratique, avec tout ce qu’elle comporte comme respect de la différence, de la conviction et de l’ idéologie. Mais à voir ce qui se passe actuellement dans notre chère Tunisie, on a envie de dégueuler.

Nul n’est au-dessus de la loi ! Et cette maxime les manifestants, hier, de l’avenue Bourguiba auraient dû la comprendre une bonne fois pour toute. Dans toute démocratie qui se respecte, il y a des règles à ne pas enfreindre au risque de subir les foudres de l’Etat. Si la manif n’a pas été autorisée, pourquoi les manifestants ont-ils bravé cet interdit ? Ont-ils pensé aux conséquences ? Ont-ils pensé aux préjudices qu’ils font porter aux commerçants qui ont toujours manifesté leur ras-le-bol face au chaos engendré par les manifestations sauvages? Il est vraiment temps que l’Etat signe la fin de la récréation !

« Je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites,

mais je me battrai pour que vous ayez le droit de le dire»

« Je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites, mais je me battrai pour que vous ayez le droit de le dire. ». Ce bel aphorisme de Voltaire illustre à merveille l’esprit de tolérance, de liberté et d’ouverture d’esprit que toute nation éprise de démocratie est censée cultiver. Or certains de nos compatriotes qui se croient sortis de la cuisse de Jupiter se croient investis d’une mission divine. Sinon comment expliquer cette agression gratuite contre le Cheikh Abdelfattah Mourou.

Le comble c’est que le cofondateur du mouvement islamiste tunisien devait intervenir, dans le cadre des causeries ramadanesques, à Kairouan sur un thème d’importance: la tolérance religieuse. Une telle agression, dont l’auteur serait un extrémiste, ne devrait pas rester impuni, il y va de la crédibilité d’un Etat et d’un gouvernement qui ont intérêt à passer la vitesse supérieure dans l’adoption d’une ligne pure et dure.

Autre actualité qui a fait couler beaucoup d’encre et de salive durant ce week-end: l’arrestation puis la libération du bloggeur, Sofiane Chourabi. L’homme, accusé «d’ivresse flagrante, de provocation de troubles sur la voie publique, et d’atteinte verbale aux bonnes mœurs», aurait été arrêté par la police, puis libéré, pour avoir consommé de l'alcool sur la plage d’El Mansourah, du côté de Kelibia. Si ce n’est pas une provocation, ça a en bien l’air ! En tout cas, cette arrestation n’a pas manqué de susciter les commentaires les plus mitigés sur les réseaux sociaux ! Que l’homme soit militant des droits de l’homme et bloggeur devant l’Eternel ayant participé à la chasse de Ben Ali lui autorisent-ils à bafouer les règles les plus élémentaires du vivre-ensemble ? Que nenni !

Même en Occident où la consommation de telles boissons sur la voie publique est un délit puni par la loi, que dire d’un pays musulman, de surcroît en plein mois de Ramadan ? Selon les plus rompus aux arcanes, ce genre d’attitude est susceptible de transformer les plus libéraux des islamistes en de fanatiques extrémistes. Ce qui n’arrange en rien les choses !
Pour preuve, aucun parti politique n’a encore levé le petit doigt pour contester la détention du trouble-fête au siège de la direction régionale de la sûreté à Menzel Temime, car ces partis (même de gauche ou laïcs)  savent qu’ils ne peuvent pas se permettre d’offenser les sentiments religieux de la majorité du peuple.

En attendant, mon pays continue à aller de mal en pis. La moindre étincelle (Et Dieu seul sait qu’elles sont nombreuses à être provoquées quotidiennement) peut allumer le pays et être fatale pour son avenir. Il est donc temps de prendre les taureaux par les cornes pour ne pas donner raison aux nostalgiques de l’ancien régime, ces féroces adeptes du «bâton» pour faire régner l’ordre.

Car après le temps de l’ivresse et de l’euphorie de la révolution, les vraies cures de …mammouth doivent venir. Si nous voulons réellement gérer ce passage politique douloureux où le bon grain et l’ivraie s’entremêlent encore et toujours.

O. D.