Tunisie-USA: Mais de quoi je me mêle?

S’il est une affaire qui aurait fait couler autant d’encre que de salive, c’est bien l’affaire Persepolis. Finalement le tribunal de première instance de Tunis a donné son verdict. Ce sera une amende de 2400 dinars pour le directeur général de Nessma TV.

Ce verdict, des millions d’articles de presse de par le monde en ont fait l’écho. Et souvent de façon ostentatoire. Peut-être cela est-il dû au fait qu’on célébrait en même temps la journée mondiale de la liberté de la presse.

Si les réactions à ce verdict étaient largement partagées, ce qui surprend par-dessus tout, c’est le tapage diplomatique et disproportionné de l’ambassadeur des Etats-Unis en Tunisie qui, dans un communiqué, estime que cette « condamnation soulève de sérieuses préoccupations au sujet de la tolérance et de la liberté d’expression: un droit fondamental refusé aux Tunisiens durant l’ère Ben Ali ».

Il est opportun de se demander à quoi jouent les Américains ? Jusqu’où iront-ils dans leur ingérence dans les affaires intérieures de la Tunisie ? Est-il acceptable qu’après la révolution l’on continue à traiter les Tunisiens comme des enfants immatures incapables de régler seuls leurs affaires intérieures, pour ne pas dire laver leur linge sale en famille ? Avons-nous encore des leçons à recevoir de l’Amérique ? Que nenni !

Pire, nous avons senti un ambassadeur indigné, préoccupé et déçu, alors qu’il est resté muet comme une carpe pour bien pire que ça. Et chose inimaginable, la condamnation a fait la une du Washington Post (excusez du peu). Et croyez-moi ce n’est pas un entrefilet, mais bien un article illustré et bien en évidence. N’y a-t-il pas anguille sous roche ?! Avouons que c’est quand même assez curieux !

La question que peu d’observateurs se sont posée est de savoir si, dans la période trouble où notre transition peinait à calmer les ardeurs sur fond d’ambiance explosive,  la chaîne Nessma n’aurait-elle pas dû avoir la sagesse et la clairvoyance de faire l’économie de ce film polémique? Car programmer ce genre de film à la veille des élections est loin d’être innocent.

D’aucuns se demandent même si certains Américains n’ont pas  joué de leur influence pour la programmation de ce genre de film, en pensannt d’avance qu’il serait défavorable à Ennahdha.

Mais au-delà de ce film et de cette affaire, les Américains doivent connaître leurs limites et les limites de l’acceptable au nom des libertés? Et de quelle liberté d’expression nous parle cet ambassadeur quand le code de la presse est foulé aux pieds avec un si grand mépris ? Nul ne s’oppose à un Etat libre et démocratique, mais il est important de faire la part des choses. 

O. D.