Abdelaziz Belkhodja: "La Tunisie peut immédiatement sortir de ses crises"

Abdelaziz Belkhodja: "La Tunisie peut immédiatement sortir de ses crises"

Face à la cacophonie politique, nous avons tenté de prendre du recul par rapport à l'actualité brulante pour tenter de mieux comprendre avec l'auteur Abdelaziz Belkhodja la situation politique actuelle. Pour connaître ses avis sur de nombreux sujets d'actualité, Espacemanager l'a rencontré pour vous. Récit.

La situation politique s'est tout à coup aggravée depuis l'interview du Président Caïd Essebsi, pourquoi ?

BCE a présenté avec clarté la situation politique, ce qui n’arrange pas certaines parties qui font tout pour l’embrouiller. En fait, et BCE l’a dit :la procédure pour sortir le pays de la crise a été mise en place, il suffit de l’appliquer. Mais de nombreux médias et politiciens ont préféré s'en tenir à des problèmes annexes.

Vous dites des problèmes annexes? Mais la réalisation de cette interview était très surprenante.

Je vous l'accorde, je fais miennes toutes les critiques possibles sur cette affaire, népotisme, etc... Mais l'essentiel c'est de s'en tenir aux déclarations du Président. Des déclarations confirmées depuis par la Présidence. Mais tout a été fait pour détourner l'attention des gens.

Pourquoi donc?

Parce que la solution pour sortir la Tunisie de la crise existe mais qu'elle n'arrange pas certaines parties. Normalement, la Tunisie entière devrait soutenir cette initiative qui est la seule solution possible pour le pays, or, la solution mise en place oblige Youssef Chahed à choisir entre 3 solutions:

1- rester à la tête du gouvernement et appliquer les réformes décidées par l’accord de Carthage 2.

Oui, mais tout cela à condition d'abandonner ses ambitions politiques pour 2019. Pourquoi cette condition?

Parce que Carthage 2 est un accord décidé par tous les partenaires politiques et sociaux. Ce n’est pas un plan de Youssef Chahed ! Il agit là en tant qu’exécutant, c’est tout. Pourquoi voulez vous que l’exécutant puisse profiter des abandons de revendications de tous les partis et syndicats ? Il le font pour sauver le pays, pas pour que Youssef Chahed en profite ! En plus, si Chahed ne se désiste pas de ses ambitions politiques pour 2019, les considérations électoralistes vont mettre en danger l'application des réformes. Ce serait un immense gâchis !

Quelles sont les autres solutions qui se présentent à Youssef Chahed?

La deuxième solution qui s'offre à lui est de démissionner de son poste pour laisser à un gouvernement technique le soin de mener les réformes. Chahed pourra alors s'occuper de sa carrière politique et prouver aux Tunisiens, qu'il est capable de former un parti et de présenter un programme politique. La troisième solution qui s'offre à lui est de rester à la tête du gouvernement et de se mettre un maximum de députés dans la poche pour obtenir la confiance de l'Assemblée.

C'est ce qu'il est en train de faire?

Oui, il est en train de tenter de le réaliser sous l'égide d'Ennahdha et de certains députés de Nida et de Machrou3.

Est-ce que cette 3e solution est bonne?

Comment voulez-vous réunir Ennahdha, Nida et Machrou3 autour d'un même projet? Ennahdha et Nida sont déjà, à la base, incompatible politiquement. Cette incompatibilité a entraîné la création de Machrou3, il est donc évident qu'une pareille coalition ne pourra jamais s'entendre sur quelque chose de positif! À moins bien sûr de sombrer dans une politique du "donnant donnant"...

N'est-ce pas ce que nous vivons depuis quelques années?

Oui, mais où cela a-t-il conduit la Tunisie? Le pays est en miettes, toutes les crises sont là. Va-t-on entrer dans une coalition encore plus improbable derrière un Chahed qui a tout raté? Qui parle d'une croissance de 2% quand l'inflation est de 10?

L'accord de Carthage est-il l'unique solution?

Oui parce qu'il permet d'appliquer les réformes nécessaires sans sombrer dans la politique politicienne. L'accord de Carthage est parfait à cet égard.

Et les Caïd Essebsi dans tout ça?

Béji Caïd Essebsi serait bien inspiré d’annoncer ce que tout le monde attend : son retrait des élections de 2019.

Vous avez pourtant dit que son entretien de dimanche était important ?

J'ai trouvé son discours d'une maturité politique magistrale, mais Essebsi doit réaliser que la Tunisie a besoin d'une vision, d'un rêve et d'une capacité de travail qu'un homme de son âge ne peut plus avoir, même avec toute la bonne volonté du monde.

Et Hafedh Caïd Essebsi? 

Vous croyez que la carrière politique de HCE résistera à l'annonce que son père ne se présentera pas en 2019?  Hafedh n’a ni les capacités ni la personnalité nécessaires pour diriger. Il nous faut des leaders avec une vision, une culture politique, des idées des projets et avec la capacité de les imposer. C'est ça être un homme politique.

Chahed aussi est dépourvu de vision?

Chahed a eu une période de grâce de 20 mois où il aurait pu monter au créneau et présenter au peuple un véritable projet politique. Tout le monde (même moi) était avec lui, mais il n'a strictement rien réalisé, il a fait des concessions à tout le monde et a engagé le pays dans la spirale diabolique de l'endettement. Ce n'est que lorsque son poste a été remis en cause qu'il est sorti de sa coquille. C'est trop tard, le pays est par terre.

Mais tout le monde sait que le pays est ingouvernable!

La politique est un métier, on peut gouverner même dans des circonstances de guerre. Là n'est pas le problème. La Tunisie a un problème de clairvoyance, de capacités et de nationalisme de ses élites politiques. Contrairement à la formule usitée, nous n'avons pas les gouvernants que l'on mérite. Et puis, pour aller jusqu'au fond du problème, vous dites que la Tunisie est ingouvernable, mais en réalité, il y a  juste une loi électorale à changer pour passer du scrutin proportionnel au scrutin majoritaire, ce n'est pas la mer à boire, est-ce que la proposition a été déposée devant l'Assemblée? Est-ce que les hommes politiques la défendent comme il faut? Non. Alors il faut cesser de trouver des excuses n’importe où.

Interview réalisée par Chaker Berhima

Commentaires

  • Soumis par hamadi laarif le 19 Juillet, 2018 - 18:19
    il est incompréhensible que les politiques et les analystes manquent de rigueur ... et s'accrochent à des sujets connexes qui ne sont que hautement accrocheurs.1/ la seule solution passe par l'assemblée, l'assemblée ne compte pas assumer et il est probable que l'absentéisme "chronique" inhibe toute tentative de vote. 2/ les tentatives "non innocentes" du président ne rentrent pas dans ses attributions et ne mènent nulle part sans la volonté des parties, qui soit dit au passage n'ont pour la plus part aucun respect ni considération pour le président.3/ le seul consensus qui se dégage est qu'il faut s'en tenir au programme de Carthage 2 .... mais qui connait ce programme , à part son dernier point ? le bon peuple pourrait se suffire d'une déclaration à deux ou trois points ... application stricte de la loi, application stricte de la collecte des impots et notamment dans les niches fiscales et soutenir à nouveau le dinar et limiter les effets de l'inflation... 4/ 2019 n'est pas loin , on y arrivera soit en état de marche, soit titubant soit dans une chaise roulante.
  • Soumis par Ridha fekir le 19 Juillet, 2018 - 14:26
    Les politiciens sont très prometteur avant d’etre Élus et une fois qui sont élus on dirait qui oublie tous c’est Le pouvoir qui l’intéresse mais pas le bon fonctionnement du pays !!!

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