Daly Jazi: Reconnaissance à un Homme qui le mérite bien !

Daly Jazi: Reconnaissance à un Homme qui le mérite bien !

Par Naoufel Ben Aissa
 

Depuis 14 ans feu Daly Jazi nous a quittés. De 1994 a 1999, il fut ministre de l'Enseignement supérieur.

L'institut Supérieur de Musique de Tunis fut créé à l'époque de Béchir Ben Slama, ministre de la Culture avec l'aval et l'engouement de Mohamed Mzali, Premier ministre. A l'époque Pr Hamadi Ben Halima, doyen de la faculté des lettres et des sciences humaines de Tunis, a exigé que les titres et qualités des enseignants répondent aux conditions en vigueur pour qu'on puisse octroyer à cette institution le statut d'universitaire, ce qui n'était pas possible à l'époque. La solution fut "la double tutelle" des Ministères de la Culture et de l'Enseignement Supérieur.

Comment ont-ils procédé?

Les enseignants et le local étaient du ressort du Ministère de la Culture et les étudiants, bacheliers, de celui de l'Enseignement Supérieur.

L'une des aberrations de l'époque fut que les étudiants diplômés de musique arabe (délivré par le Ministère de la Culture) pouvaient intégrer directement le deuxième cycle puisqu'on a décidé d'octroyer à ce diplôme l'équivalence d'un premier cycle de l'enseignement à l'Institut Supérieur de Musique. En fait, cette "aubaine universitaire"  avait ses raisons. Le programme de ce premier cycle était une reproduction de celui du fameux diplôme qu'on pouvait obtenir dès l'âge de 14 ans, et les exemples sont nombreux ! Cette "dispense" a sauvé les étudiants diplômés de perdre deux ans d'ennuis, puisque sans intérêt musical ou académique. Ce n'est que quelques années plus tard que "l'erreur' fut corrigée pour que la loi soit enfin respectée.

Pour résumer, l'Université Tunisienne ne délivre de maîtrise que si et seulement si l'étudiant réussit un cursus étalé sur 4 années successives. D'ailleurs, le diplôme délivré à l'époque, en fin de cursus, par l'établissement portait le nom de "Diplôme de l'Institut Supérieur de Musique de Tunis" qui avait l'équivalence de la maîtrise mais qui n'en était pas une.

Toutefois, ce diplôme permettait à ces étudiants de poursuivre des études de 3 ème cycle en France. Pour la petite histoire, le premier d'entre nous à avoir réussi à obtenir un doctorat en ethnomusicologie est Mourad Siala, premier directeur de l'Institut Supérieur de Musique de Sfax, sans pour autant être le premier à avoir été recruté en tant que tel! Encore une injustice réparée plus tard par Si Daly Jazi.

Cette question de recrutement fut l'élément déclenchant de l'intervention déterminante de l'audacieux Pr Daly Jazi, alors ministre de l'Enseignement Supérieur.

Le Doctorat en histoire de la musique, musicologie ou éthnomusicologie en poche, ces diplômés ayant bénéficié de bourses de 3 ème cycle à l'étranger du Ministère de l'Enseignement Supérieur se sont retrouvés en "difficulté de recrutement". La raison est que le Ministère à petit budget de la Culture ne pouvait se permettre de créer de postes! Cette situation arrangeait par ailleurs autrui puisqu'elle ne dérangeait aucunement ceux qui se plaisaient à faire le vide pour "perdurer au pouvoir".

Parmi les victimes de cette "situation de blocage", ma modeste personne d'autant plus que, pour des considérations plutôt personnelles, j'étais d'abord considéré comme étant "élément perturbateur" (inscrit en toutes lettres sur mon B2) et ensuite "indésirable". L'histoire étant ancienne et la page bel et bien tournée, je préfère ne pas rentrer dans les détails et passer outre.

Et puis un jour, "le hasard est curieux, il provoque les choses", on me présente à Paris un type chaleureux, humble et sympathique dénommé Ridha Ben Jrad qui s'avère être le chef du cabinet du ministre, Si Daly. Je ne pouvais mieux espérer. Je profite alors de la rencontre et lui expose le sujet, preuves à l'appui. Il prend note et dès son retour à Tunis, il en tient compte à Si Daly.
Par ailleurs, et par un "curieux hasard', Si Daly était un ami de longue date de celui qui est devenu mon beau-père. Celui-ci intervient auprès du ministre.

Rassuré de la fiabilité de ses sources et fort de ses arguments, Si Daly, en ministre responsable, déterminé, met le Président Zinelabidine Ben Ali au courant de l'absurdité de la situation et de l'abus de pouvoir qu'elle engendre et lui propose de mettre fin à la double tutelle. Avec l'approbation du Chef de l'Etat, la proposition est retenue. Depuis, l'Institut Supérieur de Musique de Tunis devient entièrement sous la tutelle du Ministère de l'Enseignement Supérieur.

C'est alors que Si Daly chargea sa collaboratrice Mme Nadia Glenza de l'organisation de concours de recrutements. Ainsi, cet Institut devient réellement universitaire et prend une envergure académique tout en gardant sa spécificité artistique.

Dans la mêlée, les autres Instituts Supérieurs à caractère artistique, qui étaient "sous double tutelle", ont connu le même sort.

Nonobstant ce "recadrage" et cette réhabilitation des docteurs historiens de la musique, musicologues et ethnomusicologues en attente de recrutement, Daly Jazi a procédé à l'ouverture de deux autres instituts supérieurs de musique. L'un à Sousse où il a nommé Mohamed Zinelabidine directeur et le second à Sfax où Mourad Siala fut chargé de la direction. Les départements de musique et musicologie au Kef, Gabès et Gafsa suivront des années plus tard.

C'est ainsi que la situation fut débloquée. Non seulement les instituts rétablis ou créés du temps de Si Daly ont accompli un rôle prépondérant en étoffant, par ses diplômés, la corporation de compétences, enseignants, artistes chevronnés et chercheurs confirmés dont certains ont même occupé des postes ministériels.

De nos jours, de cette trempe de ministres, "qui allient compétence et intelligence" et qui ne pensent qu'à l'intérêt du pays, la Tunisie, hélas délabrée, est en manque.

Un quart de siècle après ces événements, Pr Daly Jazi mérite bien cet hommage. Pour ma part, et jusqu'à la fin de mes jours, je lui en serai reconnaissant, ainsi qu'à Ridha Ben Jrad, depuis un ami précieux, à ceux qui m'ont soutenu, défendu et donné de l'espoir dont en particulier la brave Mme Nadia Glenza et évidemment "au curieux hasard".

Allah yarhamou. Qu'il repose en paix !
 

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