Gouvernement Méchichi : Tous les scénarios sont possibles, y compris le plus cauchemardesque

Gouvernement Méchichi : Tous les scénarios sont possibles, y compris le plus cauchemardesque

Les dés semblent avoir été jetés après l’annonce du chef du gouvernement désigné de Hichem Méchichi, hier, de sa décision de former un gouvernement de compétences indépendantes de tous les partis politiques, capable de travailler en harmonie. Dans sa brève allocution, il a tout résumé : « Le centre d’intérêt du ( prochain gouvernement) est le citoyen et sa priorité est de lui présenter des solutions urgentes, loin des tiraillements des conflits politiques ».

Pur produit de l’école républicaine et de l’administration tunisienne. Il n’est pas encarté et n’est inféodé à aucune formation politique. Originaire du Nord-Ouest, une région longtemps écartée de la gestion des affaires de l’Etat, il est proche de Kais Saied à qui il doit son ascension. Cette décision n’est, en fait, qu’un secret de Polichinelle pour les observateurs les plus avertis. Nous l’avons déjà écrit dans ces mêmes colonnes, le 16 Juillet dernier. Sous le titre « La surprise du Chef Kais Saied, un gouvernement restreint formé de compétences indépendantes ? »
Saied pourrait conseiller à l’heureux élu de former un gouvernement restreint formé de compétences indépendantes et de mettre ainsi tout le monde devant leur responsabilité. Et si le gouvernement n’est pas investi par le Parlement, le chef de l’Etat serait alors habilité à prononcer la dissolution de l’Assemblée et à convoquer des élections anticipées.

Les députés auront ainsi le choix entre accorder la confiance au gouvernement ou la dissolution du parlement. » Nous y sommes donc.

Méchichi qui avait rencontré le président de la république juste avant son annonce, aurait obtenu son accord et son soutien. Lui qui a été choisi en dehors des candidats proposés par les partis politiques et les groupes parlementaires, ne pouvait pas se passer des conseils, (consignes) de son mentor. Et quand on connait l’aversion du chef de l’Etat à l’égard des partis, on comprend la décision de Méchichi de faire l’impasse des formations politiques.

Le gouvernement investi avant fin Août ?

Le chef du gouvernement dispose encore d’une douzaine de jours pour annoncer la formation de son gouvernement avant de solliciter la confiance de l’Assemblée des représentants du peuple. Avant fin Août, on sera fixé sur le sort de son équipe. Plusieurs scénarios sont possibles :

  1. Hichem Méchichi va tenter d’obtenir l’accord des groupes parlementaires qu’il a commencés de recevoir à partir de ce mardi 11 Août. Et de les convaincre du bien-fondé de sa décision qu’il a déjà expliquée par les profondes divergences entre les partis politiques. Fort du soutien du chef de l’Etat et d’une opinion publique favorable, arrivera-t-il à dissuader les groupes parlementaires les plus récalcitrants pour accorder la confiance à son équipe ? Il est évident que chaque député sera mis devant ses responsabilités, avec l’épée de Damoclès, la dissolution du parlement, suspendue sur la tête de tous, il pourrait obtenir la confiance de l’Arp avec une majorité confortable.
  2. Mais le gouvernement Méchichi, pourrait connaitre le sort de celui de Habib Jemli. Ennahdha comme d’autres partis n’ont pas accueilli favorablement la décision de former un gouvernement de compétences indépendantes et d’exclure de facto les partis. Un déni de démocratie, selon eux. Un vote négatif n’est pas totalement exclu. Et si le gouvernement n’est pas investi par le Parlement, le chef de l’Etat serait alors habilité à prononcer la dissolution de l’Assemblée et à convoquer des élections anticipées.
  3. Or le président de la République pourrait faire durer le suspense et ne pas utiliser « l’arme fatale », une fois passés les quatre mois. Il pourrait actionner l’article 80 de la Constitution ce qui permettrait à Fakhfakh de continuer de gérer les affaires de l’Etat et de légiférer par décrets-loi en accord avec le président de la République. Bien mieux, Fakhfakh pourrait remanier son équipe sans passer par le parlement. L’article 144 du règlement intérieur de l’Arp qui exige un vote de confiance à un membre du gouvernement, à chaque fois qu’un remaniement est effectué, est jugé anticonstitutionnel par le président de la République et par les constitutionnalistes.  
  4. Ce scénario pourrait s’avérer cauchemardesque pour le mouvement Ennahdha notamment de crainte de la revanche de Fakffakh qui l’accuse d’être derrière cette histoire de conflit d’intérêts. Déjà on parle de l’ouverture de certains dossiers compromettants. Le président Saied a évoqué l’affaire de l’assassinat de Chokri Belaid et Mohamed Brahmi, comme l’on parle, également de l’affaire de l’appareil secret. Le mouvement de Ghannouchi craint également la chasse aux sorcières, car Fakhfakh pourrait procéder revoir les nominations partisanes effectuées par les ministres nahdhaouis. Une sorte de purge en somme.
  5. Toutefois, en cas de dissolution de l’Assemblée, les élections risquent de ne pas avoir lieu dans les délais constitutionnels. L’Instance des élections n’est pas prête faute de budget, mais surtout de renouvellement. Alors que le tiers devait être renouvelé en janvier dernier et qu’un nouveau président devait être élu pour remplacer Nabil Baffoun le plus ancien membre, rien n’a été fait du côté de l’Arp.
  6. La dissolution profiterait beaucoup plus au Parti destourien libre et à sa présidente Abir Moussi que les différents sondages d’opinions donnent en tête. Mais avec le mode de scrutin actuel, on aurait deux forces en présence : celle des destoruiens et celle des islamistes. Avec probablement l’émergence d’une troisième force, autour du président Kais Saied. Plusieurs partis seraient laminés et plus des trois quarts des députés actuels ne seraient pas reconduits.  
  7. C’est pour ces raisons que le gouvernement Méchichi a de fortes chances d’être investi avant la fin du mois en cours. Et il pourrait durer jusqu’en 2024.

B.O

Votre commentaire