Quand le Président "détruit" son chef du gouvernement !

 Quand le Président "détruit" son chef du gouvernement !

 

Depuis l’avènement de Kais Saied, les services de la communication de la Présidence de la République ont pris l’habitude de nous montrer un président au style de « donneur de leçons » en train d’instruire les hauts cadres de l’Etat, ainsi que le président du parlement Rached Ghannouchi et parfois même en train de les humilier.

A chaque fois, les faits relayés ne montrent que le Président en train de parler sans jamais relayer les réponses de ses interlocuteurs. 
  
Bien que ce style de communication, qui n’a pas été suivi même par Ben Ali qui n’a jamais osé humilier en public les hauts cadres de l’Etat, ait été très critiqué, Kais Saied et son entourage ont choisi de continuer à l’adopter.

Mieux encore, pour asseoir l’image, les pouvoirs et l’autorité du président « clean »,  ils l’ont ré-adopté  d’une manière très agressive le mercredi 23 septembre avec le chef du gouvernement Hichem Mechichi, censé être le premier responsable du pays.

Comme tout le monde l’a remarqué, la vidéo postée par les services de communication de la Présidence hier en fin d’après-midi avait pour seul objectif d’humilier et de ridiculiser Hichem Mechichi, qui a été pourtant choisi par ce même Kais Saied !

En critiquant ses choix, en l’accusant de faciliter le recyclage des « criminels et des pourris » et leur intégration dans les sphères du pouvoir et en le montrant perdu et désorienté en train de subir les attaques du « maître », Kais Saied et son entourage ont voulu fragiliser et même détruire politiquement leur « poulain » qu’ils accusent de traitrise.

Ainsi, trois semaines seulement après son avènement à la présidence du gouvernement et alors que le pays passe par la pire crise de son histoire, Hichem Mechichi n’a plus beaucoup  de choix :

-Démissionner sans trop tarder et quitter la scène politique par la petite porte.

-Obéir au Président et annoncer au plus vite l’annulation des nominations de ses conseillers et là il s’en sortira très fragilisé puisqu’il ne pourra plus jamais prendre de décisions sans prendre l’aval de la Présidence qui ne lui pardonnera jamais ce qu’elle considère comme «traitrise ».

-Tenir tête au Président et compter sur le Parlement et les partis pour faire de la « Kasbah » le centre du pouvoir et là la grave crise par laquelle passe le pays va tourner au cauchemar lorsque la présidence pourra tout bloquer.

Néanmoins, si Mechichi est sorti plus que jamais fragilisé de l’épisode du mercredi 23 septembre 2020, Kais Saied risque lui aussi de payer très cher son choix.

En plus de sa guerre déclarée avec Ennahdha, Qalb Tounes, la Coalition Al Karama, le président de la République va s’attirer la foudre du PDL et de tous les sympathisants de l’ancien régime qui ont cru que la période de la chasse aux sorcières est révolue.

Ceci sans parler du fait que son style qui ne fait que diviser les Tunisiens et les remonter les uns contre les autres, sans jamais proposer de solutions à un pays en faillite et à un peuple menacé par le coronavirus et ses retombées, commence à déplaire même à ceux qui l’ont élu et cru à son projet. 
  
Ainsi la vidéo postée hier serait un signe qui annonce la déchéance prochaine du chef du gouvernement, mais elle peut aussi être perçue comme la déchéance de Kais Saied qui n’arrive pas à jouer le rôle d’un président de la république. 

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