Rien ne va plus au royaume Al Saoud

Rien ne va plus au royaume Al Saoud

 

Depuis samedi 3 novembre, plus de 200 personnes, princes, ministres, anciens ministres et hommes d'affaires en vue sont aux arrêts pour « corruption ». Le procureur général du Royaume Saoudien a annoncé la libération de sept émirs détenus  au Ritz Carlton de Riyad, pour insuffisance de preuves.

Il s’agit de : Al Walid Ben Talel, Meteb Ben Abdallah, Turki Ben Abdallah, Turki Ben Nasser, Fahd Ben Abdalla Al Saoud, ainsi que Khaled Touijri et Brahim Assaf.

L’Arabie Saoudite vers l’effondrement politique?

Il faut rappeler qu’un « coup d'Etat royal » a eu lieu mercredi 21 juin 2017 en Arabie saoudite avec la décision du roi Salman Ben Abdelaziz Al-Saoud de désigner son fils Mohamed Ben Salman (MBS) au rang de prince héritier.

Par un décret publié par l'agence officielle Spa, le souverain a évincé son neveu le prince héritier Mohammed ben Nayef, et nommé son fils Mohammed, 31 ans, héritier du trône. Cette décision était critiquée dans une lettre par les émirs arrêtés envoyée au roi Salman.

Mohamed ben Nayef Al Saoud était considéré comme l’homme des États-Unis. Il avait été formé dans l’Oregon, puis au FBI et à Scotland Yard. Il avait obtenu des résultats dans la lutte contre des dissidents d’Al-Qaïda. Avec lui se termine les espoirs d’accéder au trône de la branche des Nayef.

La décision du roi de désigner son fils peut en effet être qualifiée de véritable coup d'Etat royal car elle met fin au mode de succession fondé sur une transmission du pouvoir entre frères établi depuis la fondation du royaume. C'est également la fin de l'emprise des Soudeyris sur le pouvoir. Agé de trente-un ans seulement, Mohamed Bin Salman, dont l'appétit pour le pouvoir est affiché, est assuré - sauf accident - d'être un futur roi qui a du temps devant lui.

En attendant une prochaine abdication de son père en sa faveur, le nouveau prince héritier dispose déjà de larges pouvoirs: il cumule les postes de vice-Premier ministre, ministre de la Défense, conseiller spécial du souverain. Il préside également le Conseil des affaires économiques et de développement, en charge de la Saudi Aramco, la plus grande compagnie productrice de pétrole dans le monde. La solution choisie au problème de succession avait été approuvée par Washington.

La décision de Salman a provoqué un tollé dans le cercle fermé des princes saoudiens. Comment tuer toute opposition à ce processus? On arrête les émirs opposants pendant six jours et on les accuse de corruption et de malversation. Par la suite, les sept émirs sont libérés en acceptant les conditions du prince héritier pour accéder au trône.

L’Arabie Saoudite vit une vraie crise politique qui déboucherait, selon plusieurs observateurs, sur une instabilité jamais connue depuis la naissance du royaume.

L’Arabie saoudite un pays en guerre ?

En 2016, l’Arabie saoudite occupe dans le classement mondial des dépenses militaires  la troisième place avec 87,2 milliards de dollars, laissant loin derrière elle la Russie qui, bien que seconde puissance mondiale, n’a dépensé l’année dernière pour ses besoins militaires que 66,4 milliards de dollars. Mais si l’on considère ces dépenses par rapport au nombre d’habitants, l’Arabie saoudite battra tout le monde à plate couture et s’arrogera la première place, loin de tout le monde, y compris les Etats-Unis.

Pourquoi ce pays dont la population totale est moins que celle de la capitale chinoise éprouve-il la nécessité de dépenser 240 millions de dollars par jour, soit 10 millions de dollars par heure pour ses besoins militaires ? La réponse est simple. Tout d’abord, le royaume wahhabite s’estime menacé dans son existence par ce qu’il appelle « le danger chiite iranien » ; ensuite, il est engagé depuis  presque trois ans dans une guerre meurtrière au Yémen ; enfin, à tort ou à raison, il se considère comme abandonné par son grand allié et livré à son sort face la puissance régionale iranienne et ce, depuis la normalisation des relations irano-américaines après un tiers de siècle de rupture et les accords sur le nucléaire.

L'Arabie avec son financement des terroristes en Syrie pour faire tomber Bachar El Assad et sa guerre menée contre le Yémen a dépensé plus de 150 milliards de dollars.  Elle a commandé pour plus de 450 milliards de dollars  d'armes aux USA, la France  et d’autres pays. 

Voulant frapper l'Iran au Qatar et au Yémen — les Houthis sont soutenus par Téhéran — le prince héritier épuise les forces d'un royaume déjà en perte de vitesse économiquement.  Le Yémen, le plus pauvre pays arabe, n’a pas besoin que les Saoudiens l’aident contre le « danger chiite iranien », mais contre la pauvreté et le sous-développement. A défaut de les aider à développer leur pays, ils les ont aidés à le détruire. En d’autres termes, c’est en voulant aider les Yéménites malgré eux contre « le danger chiite » que le royaume wahhabite bombarde sans discontinuer depuis 13 mois le Yémen, le réduisant en ruines. Le conflit a déjà fait plus de 8.650 morts et quelque 58.600 blessés, dont de nombreux civils.

Pour continuer dans cette impasse de fuite en avant on décrète l’embargo et presque la guerre au Qatar pour dénoncer le financement par cet état du Golfe de supposés groupes terroristes, tels que les Frères musulmans, ainsi que sa proximité politique avec l’Iran chiite, ennemi numéro 1 des Saoudiens sunnites wahhabites. C’est l’hôpital qui se moque de la charité.

Le rapt, la démission du premier ministre libanais et l’annonce que le Liban déclare la guerre au royaume et appelle ses ressortissants à quitter le Liban viennent appuyer la politique guerrière menée par le nouveau prince héritier dans la région.

L’Arabie Saoudite vers l’effondrement économique ?

Avec un PIB 2016 de 646 Mds USD, l’Arabie saoudite est la première économie du Moyen-Orient et la 20ème économie mondiale. Elle contribuant pour près de 50% au PIB cumulé des pays du CCEAG. Le Royaume doit principalement sa richesse au pétrole, dont il détenait en 2016 les deuxièmes réserves prouvées, et était le deuxième exportateur (environ 13% des exportations) et le second producteur à l’échelle mondiale. La baisse des cours mondiaux du pétrole depuis 2014 a très fortement impacté ses performances économiques

Pour la première fois de son histoire, le gouvernement d'Arabie Saoudite va emprunter de l'argent à l'étranger pour boucler son budget. C'est un retournement de situation complet. Le pays affiche désormais un déficit public de 10% du PIB à hauteur de 79 milliards de dollars en 2016, alors qu'il a été pendant des décennies le banquier du monde avec ses fameux pétrodollars, les centaines de milliards qu'il tirait de la vente de l'or noir. Des milliards qu'il prêtait ensuite à l'Occident et aux pays frères.

C'est la chute des cours du brut dont l’Arabie porte une grande responsabilité et qui vise surtout à asphyxier l’ennemi juré l’Iran qui a causé ce revers de fortune. Les Saoudiens étaient habitués à dépenser sans compter, parce qu'ils pompaient littéralement l'argent de leur sous-sol. Et voilà que la forte baisse des cours du baril tarit cette rente. Ils sollicitent donc aujourd'hui les investisseurs internationaux pour obtenir un prêt de 10 à 15 milliards d'euros. Ils ont même monté, figurez-vous, une agence de gestion de la dette. Ils s'apprêtent à lancer aussi un programme de privatisation. Le Royaume est entré en récession au S1 2017 (-0,5% au T1 et -1,03% au T2).

L’Arabie Saoudite et la crise sociale

Le royaume saoudien ne peut plus compter sur un soutien fort de sa population, du fait des réformes économiques entreprises à toute hâte au vu de l’urgence de la situation financière du pays. Le même Mohammed ben Salman s’est ainsi détourné de cette guerre yéménite devenue un bourbier, au profit du projet « Vision 2030 », dont le but est de construire une économie ouverte, moderne, et diversifiée. Les deux objectifs principaux – la privatisation des géants de l’industrie pétrolière comme Aramco et la rationalisation des dépenses de l’Etat (et notamment du luxueux train de vie de la famille royale) – sont périlleux : l’eau, l’énergie, le pétrole, certaines denrées alimentaires, les frais de visa pour les travailleurs étrangers, voient leurs coûts augmenter et la population saoudienne est bousculée par une cure d’austérité sans précédent, déclenchant une sourde contestation. Même le Fonds monétaire international (FMI) a mis en garde l’Arabie Saoudite contre un traitement de choc trop brutal.

La guerre n’est pas une solution à la crise

Il est temps d’arrêter cette politique de guerre qui a commencé en 1991 par  l’intervention américaine en Irak  à la demande de l’Arabie qui a réduit en ruines. Chef de file du monde « sunnite », l'Arabie saoudite devrait renoncer pour cela à son rêve de faire rentrer l'Iran chiite dans ses frontières. L'ancienne Perse, sa rivale historique et d’arrêter de jouer un jeu décidé par les USA au service de cette puissance et de son allié dans la région Israël. C'est ce sillon qu'il faut creuser, ce vers quoi il faudrait marcher, mais le chemin à faire reste aussi long qu'accidenté.

Je finirai par citer  Emile de Girardin  « La civilisation et la barbarie s'excluent : la barbarie, c'est la guerre ; la civilisation, c'est la paix ». Arrêtons ces guerres entre frères et voisins d’un autre âge, essayons d’aller vers la paix, le progrès pour tous et contributeurs à la civilisation universelle et en finir avec ces huit siècles d’une vie dans les ténèbres et les cavernes du monde.

A.K

 

 

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