Ennahdha réussira-t-il à « absorber » ce qui reste des destouriens ?

 

Le spectacle offert aujourd’hui par d’anciens hauts responsables du RCD dissout ne laisse d’autre choix que le désarroi ou le désespoir pour ceux qui continuent encore de croire en une possible unité. L’initiative, toutefois louable, lancée par l’amicale des anciens parlementaires présidée par l’avocat Adel Kaaniche, un militant de la première heure, pour une « lecture critique » des années de l’indépendance, a parfois tourné aux règlements de comptes entre les dirigeants du RCD et avec leur ancien patron Ben Ali.  C’est le cas notamment de Hedi Baccouche, cet ancien bras droit de Ben Ali qui, à chaque sortie, sème le désarroi, par des révélations fracassantes comme cette histoire de scénario d’empoisonnement du président Habib Bourguiba, vite démentie par l’ancien ministre d’état ministre de l’intérieur Habib Ammar.

La plupart de ces responsables ont fait leur temps, mais veulent se rendre encore utiles par leurs « précieux conseils », leur expérience dans la gestion des affaires de l’état et leur capacité à mobiliser ce qui reste des militants déboussolés et désorientés et à la recherche d’un toit solide où s’abriter. Après avoir désespéré de leur ancien collègue Béji Caid Essebsi qu’ils ont longtemps accusé de les avoir fait « arrêter et emprisonner », ils se sont retournés vers leurs « frères ennemis » d’hier, « les nahdhaouis » de Rached Ghannouchi. En faisant leur propre lecture des années Ben Ali dont ils étaient de principaux acteurs, ils révèlent, presque tous, avoir tout tenté pour éviter du « casser de l’islamiste ».  Même ceux qu’on qualifiait de « faucons », ne s’empêchent plus de s’afficher en compagnie du président du mouvement Ennahdha. D’ailleurs, ils reconnaissent, en privé, que Rached Ghnnaouchi leur a manifesté son soutien et sa sollicitude, pendant leur épreuve, plus qu’aucun autre dirigeant politique.

Les ponts ont toujours existé

Le rapprochement entre destouriens et islamistes ne date pas d’aujourd’hui. Les ponts ont toujours existé entre les deux familles. D’ailleurs, juste après son accession au pouvoir, l’ancien président Ben Ali, avait multiplié les gestes à l’égard de Rached Ghannouchi et des négociations ont été menées avec lui et ses principaux lieutenants en vue d’aboutir à un « arrangement » pour les faire représenter au sein de la chambre des députés lors des élections législatives anticipées d’avril 1989. Initiative avortée par la faute d’Ahmed Mestiri et Hedi Baccouche, selon Néjib Chebbi et Abderrahim Zouari. Les islamistes avaient été encouragés à présenter des listes indépendantes, mais c’était « un stratagème pour jauger leur véritable poids », selon un ancien ministre de l’intérieur.  Même au plus fort de leur épreuve, ils ont gardé des liens avec certains hauts responsables du régime de Ben Ali et ont bénéficié d’une sympathie dans la base destourienne dont les opportunistes, et ils sont nombreux, ont vite « retourné leurs vestes » et ont même déclaré qu’ils avaient infiltré le RCD pour les besoins du mouvement islamiste régénéré et devenu la première formation du pays et qui a bénéficié d’un potentiel de voix inestimable lors des élections de la Constituante en octobre 2011. Dans le but de se mettre sous un toit sûr pour éviter toutes sortes de tracasseries, plusieurs milliers de militants RCD ont apporté leurs voix à Ennahdha lors des élections de l’Assemblée nationale constituante en octobre 2011. Certains d’entre eux n’ont pas hésité à jeter l’opprobre sur « l’artisan du changement» qu’ils avaient longtemps encensé, le rendant seul responsable de la dérive du régime.

Les offres de service

Aujourd’hui, que Nidaa Tounes, le parti qui avait suscité beaucoup d’espoir dans les rangs de ses militants et chez des centaines de milliers de citoyens, femmes notamment, est en voie d’effritement par la faute de ses dirigeants, un nouveau repositionnement s’effectue avec la recherche de nouvelles alliances ou de nouveaux toits. Le mouvement « Mashrou3 Tounes » a ouvert les portes à d’anciens dirigeants du RCD, dans l’espoir qu’ils ramènent dans leur sillage des militants de base. Son secrétaire général Mohsen Marzouk s’active à former avec d’autres mouvements, un front républicain élargi réunissant tous les partis, courants et personnalités politiques, pour créer l’équilibre rompu avec le mouvement Ennahdha. Alors qu’Abir Moussi a créé, avec d’anciens dirigeants, un nouveau parti destourien et affiche son hostilité à tout rapprochement avec le mouvement de Rached Ghannouchi.

Mais le rapprochement entre les deux familles, destourienne et islamiste, est en train de se concrétiser à travers l’organisation de colloques et des séminaires sur des thèmes en rapport avec la réconciliation nationale où se produisent destouriens et nahdhaouis. Ennahadha forte de sa majorité au parlement et par pragmatisme politique, est à la recherche d’alliés plus sûrs et plus fiables. Il compte sur « la complicité » de l’aile conciliante de Nida Tounes qui ne lui est pas hostile et sur les « offres de service » de certains «symboles » de l’ancien régime  qui lui offrent leurs services pour ressusciter  l’héritage incarné par « l’aïeul commun » Abdelaziz Thaâlbi.

B.O

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