Kaouther Ben Hania refuse le prix des "Cinema for Peace Awards de Berlin": "La voix de Hind Rajab" nous persécutera toujours…

Kaouther Ben Hania refuse le prix des "Cinema for Peace Awards de Berlin": "La voix de Hind Rajab" nous persécutera toujours…

En marge du festival international du cinéma de Berlin (Berlinale), le film (en fait c’est une docufiction) « La voix de Hind Rajab » réalisé par la réalisatrice Kaouther Ben Hania, a obtenu (hier) le prix de la fondation « Cinema for peace awards », prix que la réalisatrice a refusé de réceptionner, prononçant un vibrant discours pour la paix et la justice (surtout la justice) à Gaza.

« Je laisse ce prix là où il est et je reviendrai le prendre quand justice sera rendue aux victimes du génocide à Gaza. ».

C’est dès lors le désappointement, surtout quand Kaouther Ben Hania déclare qu’elle ressent davantage de responsabilité que de gratitude. Elle va outre. Son discours dépasse en effet le plaidoyer classique pour une cause, pour se muer en accusations frontales. Elle accuse courageusement certaines parties présentes à Berlin d’avoir offert une couverture politique transposant le massacre des civils en « légitime défense ».

Légitime défense d’Israël, cela s’entend, et en vertu de laquelle l’Etat sioniste déploie un génocide provoquant 71mille pertes humaines parmi les innocents civils gazaouis (dont Hind Rajab), et parmi lesquels 45mille enfants et des milliers de blessés qui n’ont toujours pas accès aux soins. Soit dit en passant que Hilary Clinton et Kevin Spacy étaient présents à ces « joutes ». (Suivez mon regard) …  

« Parler de paix implique la justice et la responsabilité », déclare encore Kaouther Ben Hania. «  Hind n’est pas un cas isolé, car celui-ci reflète le drame de milliers d’enfants gazaouis ».

Depuis sa sortie et son avant-première à la Mostra de Venise avec un prix à la clé, le film « La voix de Hind Rajab » a soulevé et tourmenté les consciences. Nommé à l’oscar du meilleur film international, il a été solennellement accueilli dans toutes les manifestations cinématographiques internationales.

Dans « The Voice of Hind Rajab » (l’appellation en anglais), Kaouther Ben Hania  réalise une docufiction d’une précision confondante et un prodige technique.

Le film relate des faits réels survenus le 29 janvier 2024 et avec pour protagoniste malheureuse une fillette gazaouie.

Ce jour-là, Hind Rajab fuit l’enfer de Gaza avec son oncle, sa tante et leurs enfants. Ils sont attaqués par l’armée israélienne.  Hind survit , les autres périssent. Coincée dans la voiture, elle prend contact par téléphone avec les employés du Croissant Rouge palestinien. Elle appelle aussi sa mère qui se trouvait à proximité des lieux et son oncle qui se trouve en Allemagne.  Les membres du Croissant Rouge essaient de la conforter et d’accourir à son secours. Mais ils sont eux-aussi attaqués (et on parle de la Convention de Genève !). Finalement, après être restée bloquée dans la voiture parmi les cadavres des siens, une rafale de 335 tirs à l’aveuglette font taire à jamais cette voix de détresse. C’est le 10 février 2024 qu’on a découvert cette horreur.

Kaouther Ben Hania décide alors de reconstituer le drame à partir des enregistrements téléphoniques reproduisant dans la réalité cette voix, « La voix de Hind Rajab » qui nous persécutera pour toujours. Par « nous », on entend ici la conscience universelle, celle des pays arabes qui adhèrent aux Accords d’Abraham ; celle aussi de cet Occident engoncé dans ses scandales et obséquieusement rallié à l’entité sioniste.

Kaouther Ben Hania parle de « justice et de responsabilité » à travers le dernier souffle de vie de Hind Rajab. Le film n’est pas une simple fiction. C’est la reproduction réelle d’une voix désormais iconique. La voix des damnés de la terre.

Raouf Khalsi

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