« L’utilisation de l’eau comme arme, menace directement la sécurité hydrique au Moyen-Orient »

Les risques pesant sur la sécurité hydrique au Moyen-Orient (MO) s’accentuent avec la guerre menée contre l’Iran, dans un contexte de conflits persistants dans la région, où les infrastructures liées à l’eau deviennent des cibles directes, aggravant une situation déjà marquée par une forte rareté de cette ressource vitale. Dans la région du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord (MENA), considérée parmi les plus pauvres en eau au monde, l’intensification des conflits soulève des préoccupations croissantes quant à l’utilisation de l’eau comme levier de pression, voire comme arme de guerre, avec des conséquences potentiellement graves pour des millions de personnes.
Des attaques ciblant des infrastructures de dessalement ont été relayées par plusieurs médias internationaux, illustrant une escalade préoccupante du conflit au Moyen-Orient . À Bahreïn, une station de dessalement a été endommagée début mars par une attaque de drone attribuée à l’Iran, alors qu’en Iran, une usine de dessalement située sur l’île de Qeshm a été touchée lors d’une attaque attribuée aux États-Unis, impactant l’approvisionnement en eau de près de 30 villages.
Dans ce contexte, et à la veille de la Journée mondiale de l’eau célébrée le 22 mars, l’Agence Tunis Afrique Presse (TAP) a interrogé la docteure palestinienne Razan Zuayter, présidente du Réseau arabe pour la souveraineté alimentaire et coprésidente de la Coalition populaire internationale pour la souveraineté alimentaire (PCFS), sur les menaces pesant sur la sécurité hydrique et les mesures urgentes à envisager.
TAP : Dans quelle mesure le ciblage des infrastructures hydrauliques dans la guerre en cours contre l’Iran, constitue-t-il une menace directe pour la sécurité hydrique au Moyen-Orient ?
Razan Zuayter : Le ciblage des infrastructures hydrauliques constitue une menace directe et grave pour la sécurité hydrique. L’utilisation de l’eau comme arme n’est pas nouvelle, elle s’inscrit dans des pratiques récurrentes observées dans plusieurs conflits, notamment dans des contextes coloniaux. Cette réalité est particulièrement visible en Palestine et dans la bande de Gaza, où les installations hydrauliques sont régulièrement visées, en plus de la pollution des ressources et du détournement de cours d’eau tels que le fleuve Jourdain. Ces pratiques contribuent fortement à l’aggravation de la vulnérabilité hydrique dans la région.
TAP : Quelles pourraient être les principales répercussions de ces conflits sur l’approvisionnement en eau des pays voisins, en particulier ceux dépendant du dessalement ou de ressources partagées ?
Razan Zuayter : Les conséquences pourraient être extrêmement graves, en particulier pour les pays dépendant du dessalement ou de ressources hydriques partagées. Le ciblage des installations de dessalement peut entraîner des coupures d’eau à grande échelle. Or, l’eau est étroitement liée à des secteurs vitaux tels que l’alimentation, l’énergie et la santé. Dans les pays du Golfe, où la dépendance au dessalement peut atteindre 90 %, l’arrêt de ces installations pourrait entraîner une pénurie d’eau potable en quelques jours, provoquant une paralysie des grandes villes, des déplacements internes de populations, ainsi qu’une augmentation des maladies et de la pollution, avec de lourdes répercussions socio-économiques.
TAP : Quelles politiques les États devraient-ils adopter pour renforcer leur souveraineté hydrique et alimentaire dans ce contexte ?
Razan Zuayter : Il est essentiel d’adopter des mesures urgentes pour faire face à ces défis. Cela passe d’abord par un renforcement de la coopération régionale afin de répondre aux menaces communes. Il convient, également, de réduire le gaspillage de l’eau et d’améliorer l’efficacité de sa gestion, tout en mettant en place des plans d’urgence incluant le renforcement des réserves stratégiques, le développement d’alternatives et la diversification des sources, notamment à travers la réutilisation de l’eau et le dessalement durable. Enfin, le développement d’une diplomatie de l’eau fondée sur des accords régionaux contraignants est indispensable pour garantir une gestion équitable des ressources partagées et prévenir le ciblage des infrastructures hydrauliques, contribuant ainsi à la stabilité et à la sécurité hydrique et alimentaire de la région.
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