Pour l’histoire: l’automne où la Tunisie a pleuré

Pour l’histoire: l’automne où la Tunisie a pleuré

Les pluies torrentielles enregistrées ce mardi dans plusieurs régions du pays ravivent le souvenir d’un automne tragique. En 1969, des précipitations exceptionnelles avaient provoqué l’une des plus graves catastrophes naturelles de l’histoire de la Tunisie, laissant des centaines de morts et des centaines de milliers de sinistrés.

À l’automne 1969, la Tunisie a été frappée par l’une des plus graves catastrophes naturelles de son histoire contemporaine. Des inondations d’une ampleur exceptionnelle ont causé la mort de 542 personnes, détruit plus de 70.000 habitations et laissé 303.974 personnes sans abri, selon le bilan publié par La Presse dans son édition du 27 novembre 1969.

En revisitant les archives de cette période sombre, trois documents majeurs permettent de mesurer l’étendue du drame. Le premier est un rapport élaboré en décembre 1969 par deux experts de l’UNESCO, à la demande du gouvernement tunisien, consacré aux « inondations de septembre-octobre 1969 en Tunisie ». Le second est une étude du chercheur français Jean Poncet (1912-1980), chargé de recherche au CNRS, intitulée « La catastrophe climatique de l’automne 1969 en Tunisie ». Le troisième est un article de presse détaillant le bilan humain et matériel de la catastrophe.

Ces inondations, qui ont notamment touché la région du Cap Bon, ne constituaient pas un phénomène isolé. Au cours du XXᵉ siècle, la Tunisie — et plus particulièrement le Nord-Ouest — a subi à plusieurs reprises les effets dévastateurs de fortes précipitations et des crues des oueds. Les années 1902, 1931, 1937, 1959, 1962, 1964 et 1973 ont toutes été marquées par des épisodes pluvieux destructeurs. Mais celles de 1969 restent les plus violentes et les plus meurtrières, au point d’être qualifiées de véritable catastrophe nationale.

À l’époque, près de dix gouvernorats sur treize ont été touchés, certains étant même déclarés zones sinistrées. Les événements se sont déroulés en trois vagues successives.
La première, du 26 au 28 septembre 1969, a frappé les régions du Centre, du Sahel, du Sud-Est et du Nord-Ouest. Des records de précipitations ont été enregistrés, avec plus de 240 mm à Kasserine et jusqu’à 400 mm à Sousse et Kairouan en seulement deux jours.

La deuxième vague, du 6 au 8 octobre, a concerné les régions du Sahel et du golfe de Gabès, touchant notamment Sousse, Sfax et l’archipel de Kerkennah. Les pluies, continues pendant 24 à 36 heures, ont atteint près de 300 mm, avec de nouvelles pointes à 400 mm à Sousse.

La troisième vague, du 22 au 29 octobre, fut la plus grave. Elle a affecté l’ensemble de la Dorsale tunisienne, le Centre et le Sahel. À Makthar et Gammouda, les cumuls ont oscillé entre 300 et 400 mm, provoquant des crues généralisées et des destructions massives.

Plus d’un demi-siècle plus tard, les inondations de 1969 demeurent un repère tragique dans la mémoire collective tunisienne et un rappel puissant de la vulnérabilité du pays face aux aléas climatiques extrêmes.

Brahim Oueslati

 

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