Slim Ben Jaballah : « Les croisières peuvent garantir la venue d’un million de touristes par an en Tunisie »

 Slim Ben Jaballah : « Les croisières peuvent garantir la venue d’un million de touristes par an en Tunisie »

La ministre du Tourisme et de l’Artisanat, Salma Elloumi Rekik, a annoncé il y a quelques jours une excellente nouvelle pour les secteurs du tourisme et de l’artisanat frappés depuis quelques années par une grande crise.

Il s’agit du retour officiel des bateaux de croisière en Tunisie à partir du jeudi 6 octobre 2016, lorsque le bateau Europa de la compagnie Hapag Lloyd accostera à la Goulette, avec à son bord 350 passagers « VIP » qui sont en majorité de nationalités germanophones. 

Cette escale à Tunis sera la première depuis le tragique attentat terroriste du musée du Bardo, le 18 mars 2015 qui a coûté la vie à 21 touristes.

Pour avoir une idée sur l’importance de cette reprise, ainsi que sur les problèmes et les horizons du secteur du tourisme de croisière, nous avons interviewé pour vous le président de la commission du tourisme de croisière au sein de la FTAV, Mr Slim Ben Jaballah qui est, à la fois, directeur général de l’Agence de voyages Hope Trave International et agent officiel en Tunisie des plus grandes compagnies de croisières à l’instar de MSC, Costa Croisière, Pullmantur et Princess Cruises.

Récit de cette rencontre avec cet Expert passionné :

Espacemanager : Que représente pour vous ce retour officiel des bateaux de croisières en Tunisie ?

Slim Ben Jaballah : C’est une excellente nouvelle pour les secteurs sinistrés du tourisme et de l’artisanat qui ne cessent de subir les conséquences désastreuses des attentats terroristes du Bardo et de Sousse.

Cette reprise aussi timide soit elle est venue concrétiser les efforts qui ont été déployés par les ministères du Tourisme et de l’artisanat, et de l’Intérieur, ainsi que par les professionnels du secteur  pour relancer cette activité très importante des croisières.

Elle adressera espérons le, des messages rassurants sur l’amélioration sensible du climat sécuritaire en Tunisie aux grandes compagnies qui ont commencé à programmer des escales sur Tunis à partir du début de l’année 2017.

E M : Est-ce qu’on peut dire que ce produit « tourisme de croisières » a vécu la pire période de son histoire en Tunisie durant ces dernières années ??

SBJ: Oui, les attentats terroristes de mars et de juin 2015 au Bardo et à Sousse ont été fatals au tourisme de croisières.

Pourtant, à l’époque les prévisions pour 2015, elles étaient très prometteuses avec 612 000 croisiéristes attendus. Les perspectives de croissance était de 22% par rapport a l'année 2014, année durant laquelle 440 460 croisiéristes ont visité notre pays. 

Après l’année de référence de 2010, durant laquelle on a enregistré la venue de 896 000, le secteur du tourisme de croisières était en train de gérer tant que bien que mal les retombées de la révolution et les risques sécuritaires.

313 000 croisiéristes sont venus en Tunisie en 2011. Leur nombre a augmenté en 2012 avec 582 600, avant de connaître une certaine diminution en 2013 et en 2014 avec respectivement 514 535 et 440 460.

Mais les perspectives étaient bonnes pour 2015 et laissaient présager une nette reprise avec des centaines d’escales qui étaient programmées par les plus grandes compagnies de croisières.

Mais malheureusement ces attentats sont venus pour tout arrêter.

EM : Il a fallu beaucoup de travail pour convaincre les compagnies d’inclure de nouveau la destination Tunisie dans leurs programmes de croisières ? 

SBJ : Malgré la bonne volonté de quelques armateurs, le climat d’insécurité et les consignes de certaines ambassades occidentales qui continuent à considérer notre pays comme étant une zone à risque ont empêché une reprise de l’activité en 2016.

Et il a fallu beaucoup d’efforts de la part du ministère du Tourisme et des professionnels tunisiens pour convaincre nos partenaires étrangers que les conditions sécuritaires se sont nettement améliorées en Tunisie et les inciter à ré-inclure le port de Tunis dans leurs programmes.

La ministre a personnellement rendu visite dans ce sens à des armateurs pour les convaincre de reprogrammer des escales à Tunis.

Ces efforts commencent heureusement à porter leur fruit et on espère une reprise imminente de l’activité.

EM : Il semble que la Tunisie continue malgré tout à occuper une place de choix dans les programmes des croisières ?

S B J : La destination Tunisie a depuis toujours occupé une place préférentielle auprès des armateurs qui la considèrent comme la perle de la Méditerrané. 

L’escale à Tunis permet aux croisiéristes de tout bord de vivre un vrai dépaysement qui leur offre une touche sympathique du monde oriental tout en gardant un lien solide avec l'Occident.

En plus sur le plan financier, les armateurs trouvaient largement leurs comptes avec cette escale à Tunis étant donné que le port de la Goulette demeure tout à fait concurrentiel en comparaison avec les ports des autres pays riverains de la Méditerrané.

E M : Autre facteur important lié à cette reprise, le retour des croisiéristes qui sont réputés être des clients de luxe qui dépensent beaucoup d’argent, va certainement relancer le secteur de l’artisanat ?

SBJ : Evidemment depuis le boycott de la destination, beaucoup de commerçants dans le domaine de l’artisanat implantés dans les souks de Tunis ou à Sidi-Bousaïd ont vu leurs activités s’arrêter. Et cette reprise ne peut être que salutaire pour eux, ainsi pour les musées qui enregistrent la majeure partie de leur recette de la venue des croisiéristes.

Les croisières, sont un produit touristique par excellence qu’il faut impérativement développer surtout qu’on est favorisé  par l’emplacement géographique stratégique de Tunis

EM : Quelles sont les autres mesures que vous préconisez pour développer le tourisme de croisières en Tunisie

SBJ : Il faut réfléchir à l’organisation d’un appel d’offres international pour une concession de la gestion du terminal à un grand armateur. Car cela peut améliorer la qualité des services et inciter l’armateur à faire venir le plus grand nombre de croisiéristes en Tunisie.

La mise à disposition privative à des armateurs de hangars disponibles ou l’organisation de souks portuaires peuvent être envisagées afin de fidéliser ces armateurs.

De même que la mise en place d’un marché du soutage qui, compte tenu de l’élargissement de l’Union Européenne à Malte, peut être appréhendé comme un créneau intéressant à exploiter par le Port de Tunis-Goulette qui pourrait, par la suite, se spécialiser dans cette activité.

Il faut aussi réfléchir à diversifier notre offre et à programmer de nouvelles escales autres qu’à la Goulette, notamment à Hammamet ou à Gabés où on peut offrir un accès au Sahara.

Bref, les idées ne manquent pas, il faut seulement une volonté politique pour les concrétiser car les croisières peuvent nous garantir la venue d’un million de touristes par an.

Le plus important maintenant c’est que cette reprise se déroule de la meilleure des manières.

 

Propos recueillis par Amira Gordeh

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