Tunisie - Les deux gouverneurs de la Banque Centrale

La Tunisie vient de réaliser une première en la matière, celle d’avoir deux gouverneurs de la Banque Centrale. Mais alors comment expliquer ce qui vient de se passer à propos de la révocation de Mustapha Kamel Nabli et la nomination de Chedly Ayari ?

Si ce n’est pas de l’amateurisme politique alors comment peut-on définir cette énième gaffe ? Marzouki par-ci ; Jebali par là ; et l’ANC qui ne sait plus où donner de la tête entre les républiques bananières, les motions de censure tricotées sans mailles et les jacasseries de ses membres.

Tout cela n’illustre-t-il pas un certain degré d’amateurisme alors qu’on ne cesse de nous répéter que la Constitution est le point d’orgue de cette Assemblée et que toutes ces disputes de basse-cour ne sont que des chamailleries qui entrent dans la logique des choses. Une logique qui veut que la démocratie est en train de se mettre peu à peu en place.

Excusez du peu, mais comment peut-on encore croire à cette démocratie lorsqu’un président de la République (aux pouvoirs limités) ordonne la nomination d’un nouveau gouverneur avant même que le gouverneur en place ne soit débarqué ?

Emettre un décret présidentiel, n’est pas un acte à prendre à la légère. M. Marzouki a désigné, le 11 juillet, un décret à travers lequel il a désigné Chedli Ayari en tant que gouverneur de la Banque Centrale avant même que Mustapha Kamel Nabli ne soit limogé, avant même qu’il ne soit auditionné et avant même que l’ANC vote sa révocation. C’est un énorme manque de respect vis-à-vis de l’Assemblée Constituante.

Ordonner et imposer un gouverneur, une semaine avant que l’ANC ne valide le limogeage de l’ancien, c’est aussi un manque de tact et surtout une mauvaise appréhension des règlements régissant la nomination ou la révocation du gouverneur de la BCT.

C’est aussi et enfin, un signe hautement symbolique qui en dit long sur l’amateurisme ambiant qui domine les sphères politiques, de l’ANC à la Kasbah en passant par le Palais de Carthage.

Entre le 11 et le 18 juillet, la BCT avait deux gouverneurs malgré elle. Et parce qu’une révocation a duré plus de temps qu’il ne fallait ; et parce que les relations entre Carthage et la Kasbah se sont tendues ; et parce qu’il n’y avait pas de remplaçant de la "trempe" de Mustapha Kamel Nabli ; et parce que nos politiques ne cessent de tremper dans des futilités décadentes ; et parce que toutes ces raisons font que la Tunisie est encore loin de la démocratie tant recherchée… D’ailleurs qui oserait encore parler de démocratie après cette désignation de facto.

La Tunisie s’est bien éloignée de la dictature, mais elle est encore bien loin de la démocratie transparente, parce qu’elle reste coincée dans l’amateurisme !

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