vie publique : l’indispensable moralisation devient une urgence absolue

Par: Raouf Ben Rejeb
Publié le 17 Février, 2017 - 11:54

Demandez aux Tunisiens, ils vous le diront parfois avec des mots crus : Ils en ont assez de cette classe politique qui au lieu de leur adresser des ondes positives fait tout pour ajouter dépit, déception et désappointement à leurs problèmes déjà immenses. Des déclarations impromptues à l’emporte-pièce, sans prise de conscience réelle de leurs effets sur les Tunisiens, on en compte tous les jours. L’ancien président provisoire Moncef Marzouki s’est fait un champion en la matière. Ruminant un vif ressentiment envers les Tunisiens qui n’ont pas voulu de lui, dans leur majorité, comme président de la république, il profite de toutes les occasions quand il ne les suscite pas pour cracher son fiel sur ses compatriotes.

Mû par une idée fixe, celle de retrouver son fauteuil de Carthage qu’il a quitté bien malgré lui, il fait feu de tout bois pour continuer à exister sur la scène politique. Y compris en insultant les Tunisiens et en les traitant de tous les noms d’oiseaux et plus est dans un média étranger qui n’est particulièrement pas apprécié par les Tunisiens. Qu’importe, plus les accusations sont insensées, plus elles risquent de rester dans les mémoires. Comme celle de prétendre que les journalistes ont reçu des milliards (on ne sait pas dans quelle devise) pour le faire tomber. Heureusement que le ridicule ne tue pas.

Mais il n’y a pas que Marzouki pour exceller dans l’art de polémiquer y compris avec son ombre, regardez ou écoutez les plateaux de radio et de télévision et vous verrez des gens, des soi-disant responsables, ministres, députés, dirigeants politiques s’échanger des invectives à tue-tête. Les combats de coqs sont partout jusqu’à agacer au plus haut point les Tunisiens qui n’arrivent pas à comprendre ni pourquoi ni comment on en est arrivé là. Dans le brouhaha on perd son latin comme son arabe. La liberté d’expression est certes un acquis de la révolution, peut-être le seul jusqu’ici, mais il ne faut pas aller d’un excès à un autre. Si cela était tolérable aux premières années car chacun avait gros sur le cœur, cela n’est plus permis six ans après alors que les problèmes du pays ne font que s’aggraver, ce qui demande une pédagogie y compris dans le débat public.

De plus les partis politiques de la majorité comme de l’opposition ne savent pas agir à l’égard du gouvernement ajoutant de la confusion à la confusion régnante. On n’arrive pas à distinguer qui est avec qui et réciproquement. Alors qu’en démocratie les choses sont claires, même si des nuances peuvent exister entre partisans et opposants, les choses ne le sont guère chez nous. A cause non seulement du tourisme partisan -puisqu’il est permis de changer de parti comme on change de veste-mais aussi de la transhumance entre opposition et majorité- comme cela a été fait allègrement par Machrou3 Tounes et l’UPL-tant et si bien qu’on se trouve dans un véritable imbroglio kafkaïen.

Une moralisation de la vie publique est dès lors plus que nécessaire. Elle commence par une déontologie du débat public qui manque cruellement. Nous avons ouvert les vannes pour la formation des partis politiques-on en est à plus de 200 actuellement-mais nous ne nous sommes jamais préoccupés de l’éthique qui doit présider à leurs activités. Les partis concourent à l’encadrement de leurs adhérents, mais comment le peuvent-ils quand leurs dirigeants ne maitrisent pas eux-mêmes l’art de la communication entre eux, entre eux et leurs vis-à-vis des autres formations politiques et entre eux et le public qu’il soit formé de partisans ou de gens hostiles.

Mais cette moralisation ne peut être envisagée sans que l’on ne se penche sur la relation entre les partis politiques et l’argent. Car quand bien même on enregistre avec satisfaction que des partis politiques rendent publics leurs comptes, cela ne suffit pas puisqu’il leur faut donner la preuve que les montants indiqués et ils sont parfois faramineux proviennent de sources reconnues et reconnaissables, ce qui n’est pas toujours le cas. Un premier pas devra être franchi par la mise en place de mécanismes pour le financement public des partis politiques. Cela devient urgent car les échéances politiques majeures-municipales fin 2017, régionales en 2018 et législatives et présidentielles en 2019- arrivent à grands pas.

Le rapport des hommes politiques avec l’argent devra être également réglé. La déclaration du patrimoine avant et au terme de l’exercice d’une fonction élective ou exécutive doit être respectée scrupuleusement et des dates impératives devraient être fixées à cette fin par la loi. De même cette exigence devrait être étendue à tous les dirigeants des partis politiques. Des mécanismes devraient aussi être prévus pour que le train de vie des hommes et femmes politiques soit au dessus de tout soupçon.

La moralisation de la vie publique dépend également d’instruments juridiques permettant la dénonciation des abus, des malversations et de la corruption. Dans cet ordre d’idées la nécessité de hâter l’adoption de la loi sur la dénonciation de la corruption et la protection des dénonciateurs devient une urgence. Surtout que l’Instance nationale de lutte contre la corruption s’est attachée à améliorer d’une façon significative le projet soumis par le gouvernement.

Ce sont là quelques pistes pour que le débat public soit amélioré et que la classe politique gagne la plus belle des batailles celle de l’éthique et de la morale publique.

Cela devient, il faut en convenir, une urgence absolue.

RBR

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