Youssef Chahed dans sa première interview : cliver avec les solutions anciennes

 Youssef Chahed  dans sa première interview : cliver avec les solutions anciennes

 

Dans sa première interview accordée à un média tunisien, en l’occurrence le magazine Leaders, le nouveau chef de gouvernement Youssef Chahed a marqué l’importance qu’il accorde à l’impératif de la solidarité gouvernementale. Pour lui, l’appartenance partisane doit être laissée au second plan. Il met l’accent aussi sur l’importance d’une communication gouvernementale cohérente, lisible et compréhensible, loin de toute cacophonie. Il appelle les membres de son gouvernement à faire preuve de courage et d’audace dans la prise de décision, en soulignant sa détermination à accorder une délégation forte à ses collaborateurs pour décider et assumer pleinement leurs responsabilités. Interrogé sur la manière dont il a choisi son équipe, il a fait remarquer que cela n’a pas été facile, car plusieurs paramètres devaient être pris en considération : la compétence, la représentation la plus large possible des familles politiques, celles qui ont signé l’accord de Carthage et les autres, les équilibres, notamment régionaux, l’âge, le genre, etc. Il y avait aussi la question de l’architecture du gouvernement à configurer. En deux semaines, sous de fortes pressions, il fallait tout boucler. Sur la question de savoir pourquoi il a renoncé à l’idée de regrouper certains ministères par pôles spécifiques, il a affirmé que Le regroupement est utile, mais pose actuellement des problèmes techniques et politiques. Techniques, pour avoir vécu l’expérience du détachement des Affaires locales du ministère de l’Intérieur, je sais combien de temps et d’effort cela prend, alors qu’on veut aller vite, très vite. Politiques, il n’est pas aisé, dans un gouvernement d’union nationale, d’imposer un ministre chef de pôle à des ministres issus d’autres partis qui seront soumis à son autorité.

Par quel moyen allez-vous convertir ce gouvernement hétéroclite en équipe homogène, bien soudée, lui demande-t-on ? Il y répond que c’est « le projet commun qui unit » les membres de son équipe ainsi que les défis à relever et la détermination à réussir ». « Au quotidien, tout sera mis à l’épreuve et alors la fusion (va) s’accomplir », ajoute-t-il. Interrogé sur son style de gouvernement, il répond : « Cliver sur le fond et la forme avec les solutions anciennes. C’est le vrai changement qu’attendent les Tunisiens. Il faut donc se départir de ce qui est désuet, inefficace et forger ensemble des réponses innovantes. C’est pourquoi il me paraît essentiel de libérer les initiatives et de déléguer aux membres du gouvernement toutes les responsabilités qui relèvent de leur périmètre. Moins ils viennent me voir, mieux c’est pour tous. Une mauvaise gouvernance fait perdre des points de croissance. » Quant à ses priorités, il affirme que ce sont les cinq objectifs majeurs issus de l’Accord de Carthage. Mais aussi la préparation du budget de l’Etat pour l’année 2017 qui doit être bouclé dans un mois et demi, avant le 15 octobre prochain, tout comme la loi de finances... Il estime qu’une loi de finances complémentaire sera nécessaire. Mais, nous devons aussi entamer dès maintenant une réflexion approfondie sur le modèle de développement...

A la question comment : Comment comptez-vous procéder avec le FMI et la Banque mondiale, il déclare : « Rien n’échappe à la connaissance du FMI et de la Banque mondiale. Ils connaissent parfaitement la réalité des comptes de la nation et la dérive des finances publiques. Il va falloir reprendre les discussions avec leurs dirigeants pour mieux leur expliquer le nouveau contexte et essayer de trouver ensemble des solutions appropriées. » Et avec l’UGTT lui demande-t-on « Là aussi le dialogue est utile », répond-il. S’agissant des décisions douloureuses, des sacrifices à faire, il estime que des concessions de part et d’autre sont indispensables pour partager le fardeau. La Tunisie finira par s’en sortir. J’en suis persuadé. J’y suis déterminé. Interrogé sur ses relations avec Carthage, il répond qu’elles sont « institutionnelles, professionnelles entre les équipes respectives et cordiales sur le plan personnel. Je dois dire qu’il est nécessaire d’établir entre la présidence du gouvernement, celle de la République et l’Assemblée des représentants du peuple des flux permanents de rencontres, d’échanges et de concertations. J’y veillerai. »

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