Abdelfettah Mourou craint que l’accord entre « deux cheikhs de 90 et 75 ans » ne soit pas soutenu par les deux partis

Abdelfettah Mourou craint que l’accord entre « deux cheikhs de 90 et 75 ans » ne soit pas soutenu par les deux partis

 

Dans une longue interview publiée dans Jeune Afrique, Abdelfettah Mourou, vice-président de l’ARP et du mouvement Ennhadha craint que « les querelles stériles et le remue-ménage actuel ne fassent perdre de vue l’essentiel et ne bloquent définitivement le processus démocratique. Il faut rapidement mettre en place nos institutions constitutionnelles et politiques. Je crains aussi que le consensus actuel ne tienne qu’à l’accord oral entre deux cheikhs de 90 et 75 ans insuffisamment soutenus par leurs partis respectifs ».

Il pense que le régime actuel ne convient pas au pays et ne fonctionne pas bien parce qu’il « est par essence le régime des partis forts et actifs ayant un ancrage historique. Le travail de l’ARP repose sur leurs décisions. L’hétérogénéité des nouveaux partis et les difficultés actuelles des deux grandes formations, Nidaa Tounes et Ennahdha, n’arrangent pas les choses ». Mourou a « souhaité un régime présidentiel, mais Ennahdha y était opposée, au prétexte qu’il avait engendré une dictature. C’était une erreur, car c’est le parti unique qui a porté à la dictature. Le multipartisme et les garde-fous constitutionnels nous prémunissent aujourd’hui contre les dérives. Mais il ne sert à rien de nourrir des regrets. Entreprendre une révision de la Constitution quelques mois seulement après sa mise en place n’a pas de sens et peut être dangereux ».

Sur un autre plan, le premier vice-président de l’ARP, exclue que le projet de loi relatif à la réconciliation n’est pas « une forme de blanchiment le démontrent avant de pousser des cris d’orfraie. Ce sujet ne peut être débattu à coups de slogans. Le texte est là, chaque article peut se discuter ou être réfuté. Il faut sortir ce sujet de l’instrumentalisation politique qu’en font certains partis dans la perspective des prochaines élections et l’inscrire dans une loi qui soit utile au pays.

L’administration est immobile. Aucun responsable ne veut s’engager par crainte d’être poursuivi, à l’instar de ceux qui ont obéi aux ordres sous l’ancien régime. Apurer ce dossier permettrait aux fonctionnaires de travailler en confiance. À tort ou à raison, 520 hauts commis de l’État et anciens ministres font l’objet de poursuites. Mais pourquoi poursuivre ceux qui ne se sont pas rempli les poches et qui ont agi sous la contrainte ? ».

Il ajoute qu’il « faut définir les conditions d’une réconciliation les concernant. Par ailleurs, certains hommes d’affaires disposent de fonds à l’étranger. On voudrait qu’ils les rapatrient et s’acquittent de l’infraction fiscale commise. Fermer la porte à une loi de réconciliation revient à empêcher l’État de recouvrer ses droits en poursuivant ceux qui ont commis des délits ».

http://www.jeuneafrique.com/mag/440454/politique/abdelfattah-mourou-enna...

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