BCE marque son territoire, Chahed sauve ses « Mounkar et Nakir », Nidaa conforté et Ennahdha « floué »

BCE marque son territoire, Chahed sauve ses « Mounkar et Nakir », Nidaa conforté et Ennahdha « floué »

 

Le feuilleton du remaniement ministériel qui a pris en haleine toute la classe politique durant l’été a connu son épilogue, mercredi 6 septembre avec l’annonce de la nouvelle composition du gouvernement Chahed II. Plus vaste que prévu, il a touché treize ministères et sept secrétariats d'Etat. Fruit de longues concertations avec les signataires du « Document de Carthage », mais également avec le chef de l’Etat, il est considéré comme celui de la dernière chance, aussi bien pour le gouvernement que pour le pays de manière générale, étant donné la crise profonde dans laquelle il s’enlise de jour en jour. Au total, la nouvelle équipe compte 46 membres, un chef de gouvernement, 28 ministres et 15 secrétaires d’état, soit cinq de plus que le précédent.

Toutes les conjectures et tous les pronostics ont été pratiquent démentis. On le disait déjà, le chef du gouvernement n’était pas seul maitre de ses choix et il devrait composer avec ses soutiens « naturels » pour ne pas les offusquer. C’est pourquoi il s’en est remis au président de la république pour l’aider à apaiser les tensions et tenter d’amadouer les récalcitrants. Béji Caid Essebsi a usé de tout son poids pour que le remaniement qui a tenu la classe politique en haleine durant tout l’été soit annoncé au début de la nouvelle année politique et sociale. Il porte, d’ailleurs, le sceau du chef de l’Etat qui a placé quatre de ses proches à la tête des ministères clés. D’abord Abdelkrim Zbidi à la tête de l’un de ses domaines réservés, la défense, un poste que ce dernier a déjà occupé entre janvier 2011 et juillet 2013 dans les gouvernements Essebsi et Jebali. Il avait refusé de rester au gouvernement après l’assassinat du leader Chokri Belaid. Il était pressenti pour diriger le premier gouvernement issu des derrières élections législatives d'octobre 2014, avant que le choix ne se fasse sur Habib Essid. Béji Caid Essebsi a gardé son ministre des affaires étrangères Khemaies Jhinaoui, un homme de confiance, qui était son conseiller diplomatique à Carthage. Il a, également, placé son ancien conseiller économique Ridha Chalgoum, récemment nommé directeur du cabinet du chef du gouvernement, à la tête des finances, un ministère clé. Ancien ministre des finances, il retrouve un département qu’il connait bien. Il a, en effet, présidé le Conseil du marché financier et a été chef de cabinet du ministre, directeur général des avantages fiscaux et financiers et directeur de l'épargne et du marché financier. C’est un message fort que la priorité sera, désormais, accordé au secteur de finances qui s’engouffre dans le fond.

 Le directeur général de l’Institut des études stratégiques Hatem Ben Salem, revient, à son tour, au ministère de l’éducation qu’il a chapeauté entre 2008 et 2011 et où il avait initié une réforme qui, malheureusement, n’a pas été abouti.

Docteur d'État en droit de la faculté de droit et des sciences politiques et économiques de Paris et agrégé en droit public de la faculté de droit et des sciences politiques et économiques de Tunis, il a, également, occupé des postes diplomatiques en tant  qu’ambassadeur ou encore en tant que secrétaire d’état aux affaires étrangères. Un autre conseiller du chef de l’Etat Slim Chaker récupère le ministère stratégique de la santé, un secteur malade. Membre fondateur de Nidaa Tounes, il a été secrétaire d’état au tourisme puis ministre de la jeunesse et du sport dans le gouvernement Béji Caid Essebsi en 2011, avant d’être nommé à la tête du ministère des finances dans le premier gouvernement de Habib Essid. Slim Chaker aura beaucoup de pain sur la planche. Les deux femmes protégées de Béji Caid Essebsi, Selma Elloumi et Majdouline Cherni ont été maintenues à leurs postes, le tourisme et la jeunesse et sport.

Chahed impose Brahem

Youssef Chahed a su résister à toutes les pressions pour évincer ses deux ministres les plus proches, le porte-parole Iyed Dahmani et le ministre des relations avec les instances constitutionnelles et les droits de l’homme, Mehdi Ben Gharbia. Surnommés « Mounkar et Nakir », allusion aux deux « anges » inséparables qui, selon la tradition, interrogeront le mort dans sa tombe, ils ont été la cible de critiques parfois virulentes, notamment de la part des dirigeants de Nidaa Tounes et Afek. Yassine Brahim le président d’Afek a fait du limogeage de Mehdi Ben Gharbia une affaire personnelle. Mais au final, Youssef Chahed n’a pas plié et a sauvé ses deux « jokers ». Ce qui constitue un bon point pour lui. De même qu’il a placé l’un de ses fidèles, Lotfi Brahem, à la tête d’un département sensible de l’intérieur. De formation militaire, le directeur général de la garde national a été aux avants postes de la guerre contre le terrorisme et la corruption.  Il a également promu l’un de ses bras droits, Mabrouk Kourchid au rang de ministre à la tête des Domaines de l’Etat et des Affaires foncières.

Nidaa conforté

Nidaa Tounes a réussi tant que bien mal à imposer quelques-uns de ses choix, en cooptant Radhouane Ayara à la tête d’un ministère stratégique, le transport. Cet ancien secrétaire d’état aux affaires étrangères et ancien gouverneur au Kef est réputé proche du directeur exécutif du parti, Hafedh Caid Essebsi et du dirigeant du parti et son coordinateur à l’étranger Abderraouf Khammassi. Il remplace un autre membre de Nidaa Anis Ghedira dont l’échec à la tête de ce département est avéré. Il a, aussi, obtenu deux secrétariats d’état, celui auprès du ministre des Affaires étrangères chargé de la diplomatie économique confié au député Hatem Ferjani et le secrétariat d'Etat auprès du ministre des Affaires sociales en charge de l'immigration et des Tunisiens à l'étranger accordé à Adel Jarbouîi. Toutefois, Hafedh Caid Essebsi qui espérait mieux en cherchant à placer l’une de nouvelles recrues à un poste ministériel, s’est déclaré satisfait de ce remaniement. Surtout que Slim Chaker, auparavant président de la commission des élections du parti a été nommé à la santé, de même que les autres départements dirigés par des « nidaistes » n’ont pas été touchés.

Ennahdha « floué »

Le mouvement Ennahdha a gardé ses trois ministres, avec changement de postes pour deux d’entre eux, Zied Ladhari qui a obtenu un département stratégique celui du développement régional, de l’investissement et de la coopération internationale. Il a cédé l’industrie et les petites et moyennes entreprises à son collègue du mouvement Imed Hammami.  Son troisième ministre Anouar Maârouf est maintenu à la tête des Technologies de l’information et de l’Economie numérique. Mieux le mouvement de Rached Ghannouchi a réussi à placer l’un des hommes d’Ennahdha, Taoufik Rajhi comme ministre auprès du chef du gouvernement chargé des Grandes réformes. Ainsi, il contrôle la quasi-totalité des départements à caractère économique.

Toutefois, Ennahdha se sent visé par la nomination de Lotfi Brahem à l’intérieur qui a remplacé l’un de ses proches Hédi Majdoub. Le commandant de la garde nationale est réputé pour sa fermeté contre tous ceux qui agissent contre l’Etat et ses intérêts et qui s’est élevé contre ce qu’on appelle « police parallèle » et les intrusions dans les corps du ministère de l’Intérieur.

Grand soutien de Youssef Chahed dans la guerre contre la corruption et le terrorisme, ce colonel major, est accusé, notamment par le député du mouvement Irada, Imed Daimi d’avoir manœuvré pour « pousser le ministre de l’Intérieur à la démission et le remplacer de pied levé ».

Afek pas lésé

Le troisième partenaire du gouvernement le parti Afek Tounes, n’a pas, non plus, été lésé puisqu’il a perdu la santé mais obtenu l’emploi et la formation professionnelle confié à Faouzi Abderrahmane. Même la secrétaire d’état à la jeunesse Faten Kallel a été remplacé par un dirigeant du parti, le jeune Abdelkouddous Saadaoui, alors que Hichem Ben Ahmed muté au commerce.

On peut dire la même chose d’Al Massar, un parti sans aucun poids mais dont le secrétaire général Samir Bettaieb a gardé le département de l’agriculture malgré un bilan mitigé. Soutenu par l’UGTT, il a résisté à la bourrasque du remaniement.  La centrale syndicale, a tout de même, réussi à faire glisser le nom de Khaled Ben Kaddour fils du défunt grand syndicaliste Houcine Ben Kaddour et frère du membre du bureau exécutif Anouar Ben Kaddour. Ancien directeur général de l’énergie et ancien PDG de la SITEP, il est connu pour sa parfaite connaissance du secteur. Il est, également, auteur de plusieurs études dans le domaine des projets stratégiques sur l’énergie et les hydrocarbures aux Etats-Unis.

Sur un autre plan la structure du gouvernement est restée, pratiquement, la même avec seulement la séparation entre les ministères de l’Industrie et du Commerce, fusionnés dans le gouvernement sortant. La coalition gouvernementale garde la même ossature, avec les mêmes partis qui la composent dont essentiellement Nidaa Tounes, Ennahdha et Afek.

Force est, enfin, de constater, le retour d’anciens ministres de Ben Ali, reconnus pour leur compétence et leur expérience dans les secteurs qu’ils vont diriger. Il s’agit du ministre des finances Ridha Chaghoum, du ministre de l’éducation Hatem Ben Salem et du ministre de la défense Abdelkrim Zbidi qui était déjà ministre entre 2011 et 2013.

B.O

 

 

Commentaires

  • Soumis par Chedly le 8 Septembre, 2017 - 10:33
    Les ex-ministres de ben Ali demeurent le symbole de corruption et ne pourraient jamais être blanchi. On est pas surpris et on doit s'attendre au plus pire tant que nos dirigeants ne sont pas transparent et se croient des supermans malgré tous les indices objectifs de leur incompétence et haine pour notre patrie "TUNISIA".

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