Changer le président de la télévision publique ne servirait à rien

Changer le président de la télévision publique ne servirait à rien

 

Tout de suite après la révocation d’Elyès Gharbi de ses fonctions de PDG de l’Etablissement de la télévision tunisienne, la présidence du Gouvernement aurait proposé à la HAICA le nom de Najoua Rahoui l’actuelle directrice générale de la radio Shems-Fm pour lui succéder en vue d’avoir son avis conforme conformément au décret-loi n°116 de l’an 2011. Ainsi on aura un autre patron de la télévision tunisienne qui va hériter des mêmes problèmes et qui finira par être remercié dans quelques mois ou quelques semaines.

Au lieu de tirer les leçons de la nomination d’Elyés Gharbi et de son limogeage moins de neuf mois plus tard, on risque de se retrouver avec un média public complètement ingouvernable sinon laissé à l’abandon.

Le retard dans la diffusion du Journal télévisé du jeudi soir qui a été la raison apparente du limogeage du président de l’ETT n’est en fait que le dernier incident d’une longue suite de couacs qui ont ponctué non seulement la présidence d’Elyès Gharbi mais de tous ses prédécesseurs avant lui.

Tant qu’on n’a pas réglé le mal à la racine, on verra les incidents se répéter à l’envi. Tant et si bien qu’on finira par désespérer de ce grand média public et de la fonction éminente qui est la sienne dans une démocratie naissante comme la notre.

Depuis la révolution les médias publics sont en crise. Si la TAP parvient grâce aux traditions de rigueur acquises au fil des ans par les différentes générations de ses journalistes à tirer son épingle du jeu après une courte période d’adaptation, les journaux du service public-La Presse et Essahafa- périclitent inexorablement et perdent leur lectorat au profit des journaux électroniques et des réseaux sociaux, plus rapides et mieux réactifs.

Quant aux médias audiovisuels la Radio et la Télévision, leurs deux établissements et leurs multiples chaînes nationales ou régionales traversent une grave crise de gouvernance et de financement qui ne fait que s’aggraver.

Ayant vécu longtemps soit par des instructions venues d’en haut, soit par une autocensure où il n’y a pas de place à l’initiative, les deux grands médias audiovisuels de service public ne pouvaient faire le saut vers la liberté et l’abandon de tous les blocages sans risques et sans préparation. D’autant plus qu’après la pluralité des tutelles, elles sont livrées à elles-mêmes.

Le parachutage de dirigeants venant de l’extérieur des deux maisons-mères n’a fait que compliquer une situation déjà complexe. L’éclatement du paysage audiovisuel et l’apparition de chaînes privées drainant un large public par le moyen d’un populisme à tout crin et du sensationnalisme débridé a ajouté aux problèmes de gouvernance précités des difficultés d’identité et de spécialisation du service public ainsi que des problèmes de financement inhérents à un marché de la publicité restreint et qui cherche le profit rapide en privilégiant les médias privés.

Les deux établissements de la radio et de la télévision ont hérité aussi d’une législation obsolète, d’une structuration totalement inadaptée aux impératifs nouveaux et surtout de sureffectifs doublés aussi des nécessités de prendre en considération les mutations de l’audiovisuel placé désormais sous le signe de la performance, de la flexibilité et de la mobilité ainsi que des vases communicants entre le public et le privé. C’est ce chantier qui doit être ouvert avant d’envisager de nommer des patrons des médias audiovisuels.

De plus la Haute autorité de la communication audiovisuelle actuellement en fin de mandat est devenue un instrument désuet dont il ne faut rien attendre pour changer le cours des choses. Cela rend absolument impératif de mettre en place au plus vite l’instance constitutionnelle compétente. La nomination d’un collège de personnalités du monde des médias et l’audiovisuel pour réfléchir au futur des médias du service public devient une urgence. Un PDG par intérim peut expédier les affaires courantes en attendant que ce chantier soit réglé.

Changer de PDG à l’heure actuelle ne servirait à rien, à moins qu’il ne soit chargé du dossier de la rénovation de la maison dans ses différents volets : gouvernance, financement, gestion de l’information, pluralisme politique, spécialisation, volet culturel, divertissement, sports etc.. Cela devient impérieux, car la télévision publique perd sur tous les plans au niveau de l’audience surtout, de la qualité et de la crédibilité aussi.

Ainsi, a-t-on vu récemment, un ancien PDG de l’ETT, nommé récemment directeur du Festival de Carthage conclure un accord de partenariat avec une chaîne privée alors que la culture aurait dû être parmi les attributions quasi-exclusives de la télévision publique.

Cette nouvelle ajoutée à d’autres donne la preuve que les chaînes nationales de télévision, mais la radio n’est pas loin, sont dans une situation catastrophique.

A moins de prendre la crise des médias audiovisuels du service public à bras-le-corps on va au devant de problèmes qui vont s’aggraver au fil des jours.

RBR

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