Crise, rumeurs et bras de fer : l’UGTT saura-t-elle sortir de la tempête?

Crise, rumeurs et bras de fer : l’UGTT saura-t-elle sortir de la tempête?

L’Union générale tunisienne du travail s’est retrouvée, une nouvelle fois, au cœur d’un tourbillon numérique et politique. Tout a commencé lorsqu’une courte publication sur Facebook a affirmé que le secrétaire général de l’organisation, Noureddine Taboubi, avait remis les clés de sa voiture de fonction à l’administration de l’UGTT. Un geste interprété par certains comme un prélude à une démission imminente, alimentant ainsi une vague de spéculations dans le « bleu » des réseaux sociaux.

Face à l’emballement, le porte-parole de l’organisation, Sami Tahri, a choisi une voie plus traditionnelle pour rétablir la version officielle. Dans une intervention matinale sur les ondes de Diwan FM, il a catégoriquement écarté l’hypothèse d’une démission du secrétaire général, coupant court aux rumeurs circulant sur Internet.

Mais la tempête médiatique n’était pas encore retombée. Quelques heures plus tard, une autre publication affirmait cette fois que le dirigeant syndical Anouar Ben Kaddour avait déposé sa démission auprès du bureau d’ordre central. Noureddine Taboubi est alors intervenu personnellement, dénonçant des rumeurs infondées :
« Ce n’est pas vrai… tout cela n’est que bavardage de Facebook. Je n’ai reçu aucune démission. »

Pendant que les réseaux s’enflammaient, l’organisation poursuivait sa feuille de route. L’UGTT a conduit ce jour-là une grève nationale touchant une dizaine de secteurs privés, un mouvement que les responsables syndicaux ont qualifié de réussite à près de 80 %, images de foules importantes circulant en ligne à l’appui.

Tensions internes, calendrier du congrès et fracture au sommet

Mais derrière les démentis publics, les fuites internes indiquent que les rapports entre Noureddine Taboubi et plusieurs membres du bureau exécutif ne sont plus au beau fixe depuis un certain temps.
Au cœur du malaise : la fixation de la date du prochain congrès, une étape cruciale depuis que l’amendement de l’article 20 a permis la prorogation du mandat actuel du secrétaire général et d'autres membres du bureau exécutif.
Cette prolongation alimente des contestations internes, certains responsables allant jusqu’à réclamer ouvertement la démission de Taboubi et son remplacement par Farouk Aouadi, nom désormais cité dans plusieurs cercles militants.

À ces frictions s’ajoute une détérioration notable des relations entre Taboubi et le président de la République. Longtemps reçu régulièrement au palais de Carthage, le secrétaire général ne bénéficie plus du même accès politique.
Le blocage persistant des négociations avec le gouvernement et l’absence de dialogue institutionnel fragilisent davantage la centrale syndicale, qui a déjà annoncé une grève générale le 21 janvier 2026, moyen de pression destiné à forcer les autorités à revenir à la table des discussions.

 Entre crises et continuité

Qu’il s’agisse de maladresses, d’interprétations hâtives ou de manœuvres plus calculées, les tensions qui éclatent aujourd’hui au grand jour témoignent d’un moment délicat pour l’UGTT.
Mais malgré les secousses internes, la pression politique et les polémiques virtuelles, la centrale syndicale conserve ce qui fait sa singularité : sa capacité, éprouvée depuis des décennies, à traverser les crises sans jamais abandonner ses batailles sociales.

Brahim Oueslati

 

 

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