Durcissement de la politique migratoire de l’Union Européenne: "Hubs de retour" ou hubs de la honte ?

Tonnerre d’applaudissements, hier (jeudi 26 mars 2026) sein de l’hémicycle du parlement européen à Strasbourg. Les Eurodéputés ont en effet adopté le concept de « Hubs de retour » dans la logique du durcissement de la politique migratoire dans l’espace européen. Hubs de retour ? Plutôt des centres « externalisés » de détention des migrants irréguliers et ils seront installés en dehors de l’Union européenne. L’Italie de Georgia Meloni a déjà le sien, installé en Albanie, même si le nombre de « résidents » (euphémisme pour ne pas dire détenus) ne dépasse pas les 90, à cause de problèmes judiciaires.
En cette époque où la déferlante de l’extrême droite sur l’Europe prend le visage hideux du fascisme, il ne s’agit plus de tour de vis, mais de véritables déportations.
Il y a une semaine, Jean-Luc Mélenchon et Dominique de Villepin, pourtant si loin idéologiquement l’un de l’autre, ont alerté, chacun à sa manière, quant aux dangers d’une radicalisation vis-à-vis des immigrés, parce que maintenant, elle ne vise plus uniquement les sans-papiers et les demandeurs d’asile. Elle pourrait s’étendre , selon ce que professent Lepen et Bardella , à ceux qui ont les papiers en règle. « Levez-vous de bonne heure et essayez de voir qui sont les éboueurs, vous vous rendrez compte qu’ils sont des immigrés », s’exclamait Mélenchon ! Bien entendu presque personne ne l’a écouté. Parce que la croisade de la politique anti-immigration de la présidente du Conseil italien (qui en fait son cheval de bataille pour se faire réélire) trouve son écho dans la très dure circulaire de la même essence de Ratailleau et dans les sphères d’extrême droite de par l’Europe.
En fait, extrême droite ou pas, ces attitudes de repli et de radicalisation de la politique migratoire sont récurrentes en temps de crises économiques mondiales.
On se rappelle la loi Stoléru entre 1977 et 1978 : ce ministre du Travail de Giscard d’Estaing concevait une prime de retour équivalant à nos dix mille dinars de l’époque. Et, pourtant, les usines Renault, Peugeot, Citroën et d’une façon générale l’industrie française tournaient grâce à la main-d’œuvre maghrébine. Le projet n’a donc pas abouti, même s’il était à teneur exclusivement économique. Mais, aujourd’hui, un peu moins d’un demi-siècle après, ces hubs de retour projetés procèdent d’une contraction idéologique outrancière et d’une dérive encore une fois carrément fascisante.
En l’absence de chiffres indicatifs, on peut bien deviner que depuis 2011 et bien avant, beaucoup de Tunisiens ont pu débarquer en Europe, principalement à travers les côtes italiennes par voie de la Méditerranée orientale.
Leur retour forcé se déploie dans des conditions ultimes. Mais en ce qui concerne ces hubs de retour, on s’imagine bien ce qu’il en sera.
Raouf Khalsi
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