Espaces publics : la fumée des cigarettes plus forte que la loi, qu’en disent les autorités ?

Espaces publics : la fumée des cigarettes plus forte que la loi, qu’en disent les autorités ?

En Tunisie, malgré une législation claire, l’interdiction de fumer dans les espaces publics reste largement ignorée, sous le regard passif des autorités. Le ministère de la Santé est appelé à agir.

En Tunisie, le tabagisme reste un fléau silencieux qui tue chaque année des milliers de personnes. Selon les estimations de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), plus de 13 000 décès par an dans notre pays sont liés directement ou indirectement au tabac, ce qui représente environ 20 % de la mortalité globale. Pourtant, malgré la gravité de la situation sanitaire et l’arsenal juridique en place, l’interdiction de fumer dans les espaces publics demeure largement inappliquée.

Une législation ambitieuse mais bafouée

La Tunisie s’est dotée depuis la Loi n° 98-17 du 23 février 1998 d’un socle législatif pour prévenir les méfaits du tabac. Cette loi  a été complétée par plusieurs textes réglementaires :

Décret n° 98-2248 du 16 novembre 1998 : fixe les lieux à usage collectif où il est interdit de fumer.

Arrêté du ministre de la Santé publique du 22 décembre 1998 : établit le modèle officiel des panneaux d’interdiction.

Arrêté conjoint du 30 janvier 1999 (Santé et Transport) : définit les conditions techniques pour l’aménagement d’espaces réservés aux fumeurs.

Arrêtés du 24 février 1999 : limitent la teneur en goudron des produits du tabac, et fixent les modalités d’étiquetage et de contrôle de la teneur en nicotine et goudron.

Ces textes visaient à encadrer la consommation de tabac et à protéger les non-fumeurs, notamment dans établissements éducatifs, les cafés, restaurants, transports et administrations.

Des cafés transformés en fumoirs

Il suffit de franchir la porte de n’importe quel café pour constater le décalage flagrant entre la loi et la réalité. La fumée de cigarette – et de plus en plus de narguilé – emplit les lieux, exposant clients et employés à un tabagisme passif dont les méfaits sont scientifiquement prouvés. Les administrations et les moyens de transport ( bus, taxis individuels, louages et taxis collectifs, ces dangers ambulants), ne sont pas en reste : des espaces publics censés être protégés par la loi sont encore envahis par les fumeurs.

La responsabilité incombe en premier lieu aux propriétaires de ces établissements, mais aussi – et surtout – aux autorités publiques qui ferment les yeux. Le ministère de la Santé, censé garantir le respect de la loi, demeure curieusement impassible face à ces dépassements flagrants.

Un coût humain et économique alarmant

Le tabagisme n’est pas seulement une habitude sociale tolérée, c’est une véritable épidémie. En Tunisie, près de 47 % des hommes et 5 % des femmes adultes fument, selon les dernières enquêtes nationales. Le tabac est la première cause évitable de maladies cardiovasculaires, de cancers et de maladies respiratoires chroniques.

Au-delà du drame humain, le coût économique est colossal : hospitalisations, traitements, perte de productivité… L’État tunisien dépense chaque année des centaines de millions de dinars pour soigner des pathologies liées directement à la cigarette, alors même que la prévention et l’application stricte de la loi coûteraient bien moins cher.

Un appel à la responsabilité des autorités

La législation existe. Les textes sont clairs. Les sanctions sont prévues. Ce qui manque, c’est la volonté politique d’appliquer la loi et de protéger réellement les citoyens, en particulier les plus vulnérables comme les enfants et les travailleurs exposés quotidiennement au tabagisme passif.

Le ministère de la Santé, appuyé par les forces de l’ordre, doit enfin prendre ses responsabilités et faire respecter les interdictions. Sans mesures concrètes – contrôles réguliers, sanctions effectives, campagnes de sensibilisation – la loi restera lettre morte et la santé publique continuera d’en payer le prix fort.

B.O

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