Guerre en Iran : Ce n'est pas une guerre politique... c'est un plan divin !

Un chef du Pentagone qui cite les croisades et un bureau de la foi à la Maison Blanche… Le second mandat de Donald Trump est marqué par l’influence de tendances religieuses radicales. Loin de tendre l'autre joue, ce courant instaure une atmosphère propice aux élans guerriers.
En appuyant les frappes israéliennes lancées contre les dirigeants du régime iranien, Donald Trump a, une nouvelle fois, surpris l’opinion mondiale. Il a surtout déconcerté ses soutiens qui pensaient le temps de l’interventionnisme militaire américain révolu. Le secrétaire d’État à la Défense a tenté de justifier l’engagement de son pays au nom de l’obligation morale que sa vocation lui incombe de réaliser. Comme un retour aux sources du messianisme puritain ?
L’opération israélo-américaine en Iran est une « furie épique » comme l’a baptisée Donald Trump. C’est aussi une furie religieuse tant les références évangélistes et messianiques sont présentes dans ce que l’entourage de Trump considère de plus en plus comme une croisade.
Des pasteurs évangéliques et des chefs religieux ont prié aux côtés de Donald Trump dans le Bureau ovale jeudi 5 mars, en plein conflit avec l'Iran. La vidéo a été publiée sur X par le chef de cabinet adjoint Dan Scavino, avec ce commentaire : « En ce moment même dans le Bureau ovale. Que Dieu bénisse les États-Unis ! »
Cette séquence met en lumière le rôle du « bureau de la foi », une agence créée le 7 février 2025 par décret présidentiel et dirigée par la pasteure évangélique Paula White. Sa mission officielle : soutenir les organisations confessionnelles dans leurs efforts pour « renforcer les familles américaines » et « protéger la liberté religieuse ».
À l’origine, il y a l’enjeu électoral : la communauté des évangéliques, une branche du protestantisme en expansion, constitue l’une des bases électorales les plus fidèles au mouvement MAGA (Make America Great Again). Au sein de cette base religieuse, ce sont les courants les plus radicaux qui pèsent. Notamment le sionisme chrétien, une vision minoritaire ancrée dans une spiritualité de fin des temps, pour laquelle le soutien sans failles à Israël est la seule voie possible, car il permettra le retour de Dieu sur Terre. Le scénario qui prédomine chez les sionistes chrétiens, c'est une bataille finale qui donnera lieu au règne de Dieu sur Terre pendant 1 000 ans.
Cela n’a malheureusement rien de surprenant, puisque le secrétaire américain à la Guerre, Pete Hegseth, est lui-même un nationaliste chrétien illuminé. Pete Hegseth, qui est désormais l’un des hommes les plus puissants du pays, a fait inscrire « Jésus » en hébreu sur son bras, un tatouage réalisé à Bethléem, et une grande croix de Jérusalem sur sa poitrine, un symbole représentant une grande croix encerclée de croix grecques plus petites. Il était utilisé pendant les Croisades et représente le royaume de Jérusalem établi par les croisés.
Hegseth ne cache pas sa fascination pour cette période de conflit sanglant opposant les armées chrétiennes aux musulmans. Cet homme est un vétéran de la Garde nationale du Minnesota, un animateur de la chaîne d’extrême droite Fox News, et adhère à une mouvance religieuse sectaire nommée Reconstructionnisme réformé, qui prône l’application de la loi chrétienne biblique à la société, un monde exclusivement dirigé par les hommes et une préparation au retour de Jésus. Il parraine une étude biblique hebdomadaire qui prêche le soutien à Israël. Ce charmant monsieur vient par ailleurs de déclare : « Nous ne sommes plus des défenseurs : nous sommes des guerriers, entraînés à tuer l’ennemi et à briser sa volonté ». Il s’est aussi vanté de semer en Iran « mort et destruction venues du ciel, jour après jour ».
Des militaires américains auraient présenté la guerre contre l’Iran comme un "plan divin"
Plus de 200 plaintes soutiennent que des commandants militaires ont présenté les frappes américaines contre l'Iran comme faisant partie d'une prophétie biblique, invoquant le livre de l'Apocalypse et décrivant Trump comme divinement "oint", selon la Military Religious Freedom Foundation une organisation à but non lucratif qui œuvre pour la liberté religieuse des membres des forces armées américaines.
Des militaires américains de toutes les branches de l'armée ont été informés par leurs commandants que la guerre américano-israélienne contre l'Iran faisait partie du plan de Dieu et visait à provoquer l'apocalypse biblique, ou Armageddon et au retour imminent de Jésus-Christ, selon des plaintes déposées auprès d'un organisme de surveillance américain. Un officier, dont l'identité a été gardée secrète par la fondation par crainte de représailles du Pentagone, a déclaré que le commandant avait également affirmé à l'unité que Trump "avait été investi par Jésus de la mission de déclencher l'Apocalypse en Iran et de marquer son retour sur Terre".
Trump a multiplié les déclarations contradictoires concernant ses objectifs dans la guerre contre l'Iran, affirmant samedi, lors d'un bref entretien téléphonique avec le Washington Post, que son intention était d'apporter la "liberté" au peuple iranien – une allusion à peine voilée à un changement de régime. Les objectifs ont fluctué au cours des jours suivants, alors même que Trump appelait les Iraniens à "reprendre le contrôle de leur pays" au gouvernement révolutionnaire qui le dirige depuis 1979. La mission américaine en Iran, telle que définie aujourd'hui, consiste à éliminer le programme de missiles balistiques conventionnels et la marin iranienne, à mettre fin au réseau régional de proxys de Téhéran et à garantir que l'Iran ne puisse jamais se doter de l'arme nucléaire – un objectif maintes fois revendiqué par plusieurs administrations américaines. L'Iran a toujours rejeté publiquement les allégations selon lesquelles il chercherait à développer l'arme nucléaire. Mais la dimension religieuse de l'attaque israélo-américaine est très présente. Au lendemain de l'offensive, le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, a fait référence à un commandement de la Torah comparant le régime iranien à un ancien ennemi biblique – un commandement également invoqué à propos des Palestiniens. Ceci crée une architecture idéologique et politique qui rend l’alignement de Trump avec Israël plus facile.
Ainsi, dans cet occident qui se vante d’être celui des « Lumières », du « progrès » et de la « rationalité » face à un monde musulman présenté comme rétrograde, nous avons des religieux qui rêvent de croisades au pouvoir. Et ils commandent des forces armées dont la puissance de destruction est inédite dans l’histoire de l’humanité.
Le danger de cette proposition réside dans le changement dans la manière de raconter les guerres. La guerre politique se termine généralement par un accord, tandis que la guerre sainte cherche le salut et l’anéantissement de l’autre, car ceux qui combattent au nom du ciel reconnaissent rarement les frontières de la terre.
Abdessatar Klai
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