La lettre de Jean Luc Mélenchon à « Si Béji Caïd Essebsi »

La lettre de Jean Luc Mélenchon à « Si Béji Caïd Essebsi »

 

Le président du groupe parlmentaire  la France insoumise et ancien candidat à l’élection présidentielle en France, Jean Luc Mélenchon, qui est un ami de la Tunisie, a posté sur sa page Facebook une lettre adessée au président de la république, « Si Béji Caid Essebsi », comme il l’a appelé. Il l’a interpelé à propos de la grève de la faim de la militante de droits de l’homme Radhia Nasraoui, l’épouse de Hamma Hammami «  pour garantir les conditions de la sécurité du leader du Front Populaire tunisien Hamma Hammami ».

En voici le contenu intégral

«Monsieur le président de la République,

Cher Si Béji,

Je m'autorise de vous connaître personnellement depuis la période où vous n’étiez pas à la tête de l’État mais aussi de l’extrême admiration que m’a inspirée depuis son origine la nouvelle révolution tunisienne, pour vous adresser ce message. C’est celui d’un ami du peuple tunisien et d’un admirateur de sa contribution à l’Histoire de la liberté. Je m’inquiète avec mes proches de la situation de mon ami très cher, Hamma Hammami. Le dispositif de sécurité que l’État tunisien avait judicieusement organisé pour assurer sa protection a été entièrement modifié et réduit. Pourtant, le niveau des menaces qui le visent n’a pas baissé, de l’aveu même des autorités qui vous entourent.

Si Béji, mieux qu’un autre vous savez quelle violence sont capables de déchaîner ceux qui veulent la ruine du processus pacifique que la Tunisie a sauvé, contre vents et marées en pleine révolution, et cela tout en adoptant une Constitution regardée comme unique en son genre démocratique dans cette région du monde. Le prix Nobel de la paix, reçu par vos compatriotes, en atteste à la face du monde. Si nombreux et si divers que soient tous ceux qui ont concouru à cet immense résultat, je sais que vous n’oublierez pas la part singulière qu’y ont eu mes amis Chokri Belaïd et Mohamed Brahmi, députés du Front Populaire. Mais ils ont été assassinés, comme vous le savez, sur le pas de leur porte. Vous savez, parce que vous les avez tous connus et avez apprécié ce que l’on doit à ces hommes et femmes, à leurs familles. Ils ont su refuser la violence des vengeances et des représailles, ils ont préféré souffrir en serrant les dents, gardant leur sang froid au nom de leur passion patriotique pour un futur démocratique en Tunisie. Mais vous savez comme moi que l’un et l’autre seraient en vie si les autorités d’alors avaient assuré leur sécurité comme vous l’avez fait jusqu’à une date récente pour Hamma Hammami.

Monsieur le président, l’épouse de notre ami Hammami, Radhia Nasraoui est en grève de la faim depuis 28 jours pour que la lumière soit faite sur les menaces qui pèsent sur son époux et sa famille et sur les moyens de les en protéger. Vous connaissez Radhia comme nous tous qui l’avons vu inflexible combattante des droits humains. Toute la trempe des femmes tunisiennes est en elle ! Elle y est comme je l’ai vue déjà dans le caractère des épouses de Mohamed Brahmi et de Chokri Belaïd, quand tout allait si mal et qu’elles surent laisser ouvert le passage de la paix et de la démocratie. Sans doute l’admirez-vous comme nous-mêmes, quand bien même est-elle membre de l’opposition. Sa décision grave et difficile à accomplir est murie. Si Béji, entendez la crainte qui nous étreint comme elle. Permettez que la sécurité de notre ami soit de nouveau garantie totalement, sous la responsabilité de votre propre garde comme ce fut le cas jusque-là. Dans un tel domaine mieux vaut trop que pas assez, si le mal et le crime veulent s’avancer.

La semaine passée encore, la Tunisie a impressionné le monde en adoptant une loi contre les violences faites aux femmes. La Tunisie avance si sûrement au devant des droits universels de la personne humaine ! C’est pourquoi je me suis permis de vous écrire et de rendre public mon message. Il faut que chacun sache en Tunisie que nous vous regardons avec la fierté, d’une amitié bien placée et d’une admiration fraternelle.

Je conclus en vous présentant mes salutations très respectueuses et, avec votre permission, bien personnellement amicales.»

Jean-Luc Mélenchon,
Député des Bouches-du-Rhône
Président du groupe « La France Insoumise » à l’Assemblée Nationale de la République française

 

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