Les entreprises tunisiennes et l’adoption de l’IA

Par Mahjoub Lotfi Belhedi
Spécialiste en réflexion stratégique optimisée IA // Data Scientist & Aiguilleur d’IA
L'intelligence artificielle (IA) commence à se profiler comme un levier de transformation pour les entreprises tunisiennes, bien que son adoption reste encore largement limitée. Si des secteurs comme la banque, la santé et les télécommunications montrent des signes d'expérimentation, l’IA demeure pour beaucoup un domaine en développement, avec des initiatives pionnières qui témoignent d’un début d’intégration.
A titre illustratif, certaines banques tunisiennes ont commencé à déployer des chatbots pour améliorer la gestion de la relation client, et certaines entreprises testent des solutions basées sur l’IA pour automatiser la gestion des ressources humaines et des finances.
Dans le secteur de la santé, plusieurs startups explorent l'utilisation de l'IA pour développer des outils de diagnostic plus précis et des traitements personnalisés, bien que ces avancées soient encourageantes, elles restent limitées à des cas d’usage spécifiques et ne reflètent pas encore une adoption généralisée à l’échelle nationale.
En dépit de son adoption progressive, l’IA confronte plusieurs obstacles, dont l'un des plus importants : la rareté des talents spécialisés. Ce déficit de compétences s'explique en grande partie par l'absence de formations spécialisées en IA dans les établissements d'enseignement supérieur en Tunisie.
Alors que l'IA est devenue un domaine central dans les pays développés, peu d'universités tunisiennes proposent des programmes dédiés exclusivement à cette technologie, ce qui crée un écart majeur entre les besoins des entreprises et la disponibilité de profils qualifiés sur le marché local.
A ce manque de formation s'ajoute une autre difficulté majeure : l'absence de cadre réglementaire spécifique à l'IA et ce contrairement à des régions comme l'Union européenne, où des régulations encadrent déjà l'utilisation de l'IA, la Tunisie ne dispose pas encore de politique nationale pour réguler cette technologie.
La mise en place d’un cadre juridique adapté est essentielle pour garantir une adoption responsable de l’IA, tout en protégeant les utilisateurs et les entreprises, alors que des régions comme l'Union européenne ont déjà établi des régulations pour encadrer l’utilisation de l’IA, la Tunisie ne dispose pas encore de politique nationale spécifique à cette technologie.
L'absence d'une régulation propre à l'IA crée ainsi un flou juridique, qui freine l'investissement des entreprises dans ces technologies. Les incertitudes autour de la gestion des données et des risques juridiques dissuadent les entreprises de déployer pleinement des solutions basées sur l'IA, de peur de s'exposer à des litiges ou à des sanctions.
De surcroît, ce manque de régulation ralentit l'innovation, puisque les entreprises ne peuvent pas s'appuyer sur des normes claires pour guider leur développement technologique, notamment, dans des secteurs sensibles comme la santé où l'IA pourrait révolutionner les pratiques médicales, il est essentiel d'établir des règles strictes pour garantir la confidentialité des données des patients et éviter tout abus.
Dans ce cadre inédit, la Tunisie a une occasion unique de se positionner comme un leader régional dans le domaine de l'IA, si, bien entendu, le pays parvient à résoudre ces deux problèmes clés : la formation des talents et l'adoption d'un cadre réglementaire adapté, où il pourrait se différencier dans un environnement numérique en constante évolution.
La mise en place de programmes de formation spécialisés dans l'IA dans les universités et écoles d'ingénieurs, ainsi qu'une régulation claire, favoriserait l'émergence d'une véritable filière numérique et d'un écosystème propice à l'innovation.
Pour que l'IA devienne un moteur stratégique pour l'économie tunisienne, il est impératif d’agir sur ces deux fronts : l'éducation et la régulation où il est impératif de combler le déficit de compétences locales en développant des formations spécialisées en IA, afin de préparer les talents de demain, ensuite, l’adoption d’un cadre réglementaire et normatif approprié, qui régulent à la fois l’utilisation des données, la protection des citoyens et la transparence des algorithmes.
Bref, une architecture juridique à jour et un écosystème éducatif IA résilient sont les principaux leviers permettant de stimuler l'innovation et la compétitivité du pays sur la scène numérique régionale et mondiale.
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