Libye : Au Conseil des droits de l’homme, l’ONU dénonce le traitement des migrants

Libye : Au Conseil des droits de l’homme, l’ONU dénonce le traitement des migrants

Devant le Conseil des droits de l’homme, l’envoyé de l’ONU en Libye s’est dit mercredi préoccupé par le sort des migrants dans le pays, notamment ceux qui sont interceptés en mer et renvoyés sur le territoire libyen où ils risquent les pires « traitements ».

« Le transfert des migrants interceptés en mer par les garde-côtes libyens vers des centres de détention officiels et non officiels continue de susciter de vives préoccupations », a déclaré le Représentant spécial du Secrétaire général pour la Libye, Ghassan Salamé, dans un message vidéo.

Selon le Chef de la Mission d’appui des Nations Unies en Libye (MANUL), les migrants et les réfugiés risquent d’être victimes d’exécutions extrajudiciaires, de torture et d’autres mauvais traitements, de détention arbitraire et de privation illégale de liberté, de viol et d’autres formes de violence sexuelle et sexiste. Ils risquent aussi l’esclavage et le travail forcé, mais sont aussi victimes d’extorsion et d’exploitation. « Les auteurs de ces violations sont notamment des agents de l’État, des membres de groupes armés, des passeurs et des trafiquants », a ajouté M. Salamé.

3.500 migrants dans des centres de rétention proches des zones de conflit

De son côté, la Haut-Commissaire adjointe aux droits de l’homme a dénoncé la poursuite de ces renvois « de migrants interceptés en mer par les garde-côtes libyens malgré l’escalade du conflit ».

Selon Kate Gilmore, les migrants et réfugiés sont ensuite acheminés vers des centres de détention déjà surpeuplées, dépourvues de ventilation adéquate, d’installations sanitaires appropriées, de nourriture suffisante, d’eau potable et de soins de santé. « Ils y sont soumis non seulement à une détention arbitraire indéfinie, mais aussi à de graves violations des droits de l’homme telles que la torture et les mauvais traitements, l’extorsion, les abus et l’exploitation sexuels, la traite et la contrebande », a ajouté la numéro deux du Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme (HCDH).

Sur les 4.900 migrants actuellement détenus dans « des conditions inhumaines » en Libye, plus de 3.500 sont emprisonnés dans des centres situés dans des zones proches des conflits. Alors qu’un migrant détenu sur cinq est un enfant, les services de la Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme, Michelle Bachelet, rappellent que la majorité d’entre eux se trouvent dans ou à proximité de cantonnements de milices armés ou de dépôts de munitions.

Ne pas renvoyer en Libye un réfugié déjà secouru en Méditerranée

Le 2 juillet dernier, un raid aérien contre un centre de détention accueillant 600 migrants à Tajoura a fait 53 morts et 87 blessés. « Pourtant, toutes les parties au conflit connaissaient très bien la localisation de ce centre de détention et savaient que les personnes détenues à Tajoura étaient des civils », a insisté Mme Gilmore, dénonçant le caractère prémédité de cet « incident » qualifié de « plus sanglant des hostilités actuelles ».

Dans ces conditions, les deux hauts responsables onusiens ont plaidé pour la fermeture de tous les centres de détention de migrants en Libye. Ils se sont d’ailleurs félicités de la décision prise le 1er août par le Ministère de l’intérieur libyen de fermer trois centres de détention à Misrata, Tajoura et Khoms. Mais « cette décision doit être mise en œuvre d’urgence et nous encourageons les autorités à s’engager dans le plan d’urgence visant à fermer progressivement tous les centres de détention en Libye », a indiqué Mme Gilmore.

L’ONU, estime, toutefois, que la fermeture des centres de détention en Libye doit s’accompagner parallèlement de mesures pour veiller à ce que personne ne soit renvoyée dans le pays après avoir été secouru en Méditerranée, conformément au principe du « non-refoulement ». « Les restrictions imposées aux activités de sauvetage des organisations humanitaires de recherche et de sauvetage devraient être levées », a conclu la Haut-commissaire adjointe aux droits de l’homme.
 

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