L’OTIC qualifie d’importante pour la filière céréalière l’initiative des nouveaux taux de l’extraction des farines et de la semoule

 L’OTIC qualifie d’importante pour la filière céréalière l’initiative des nouveaux taux de l’extraction des farines et de la semoule

 

L’Arrêté conjoint du ministre de l’Agriculture, des Ressources hydrauliques et de la Pêche et du ministre du Commerce et du Développement des exportations, du 2 avril 2026 (publiée au JORT le 3 avril 2026), fixant les taux d’extraction des farines et de la semoule, constitue une « initiative législative importante » dans le processus de la réforme de la filière céréalière tunisienne, selon le président de l’Organisation Tunisienne pour Informer le Consommateur (OTIC), dans une déclaration à l’Agence TAP.

Riahi a estimé dans une déclaration à l’Agence TAP, que la filière céréalière était, pendant des décennies, « prisonnière de textes juridiques datant de la période de pré-indépendance, engendrant de profonds déséquilibres structurels au niveau de la production, la transformation et la distribution de cette matière, et affectant directement la qualité du pain subventionné et l’efficience de l’ensemble du système de subventions alimentaires ».

En effet, en vertu du décret du 21 août 1979, le système céréalier se fondait sur une pluralité de types de farine (trois types principaux), avec des taux d’extraction limités à 78% pour la farine subventionnée et à 71% pour la farine raffinée, ce qui avait entrainé « la difficulté de distinction entre les taux de subvention, et par conséquent la multiplication des pratiques de fraude, dont le coût est estimé à plus de 300 millions de dinars par an a-t-il dit, notant qu’outre l’enregistrement des pertes techniques enregistrées au niveau des minoteries, dues à la faible productivité d’extraction, entraînant une baisse de la qualité du pain, tant sur le plan nutritionnel qu’en ce qui concerne la durée de conservation ».

D’après Riahi, le nouveau texte juridique a permis de réduire le nombre de variétés de farine extraite du blé tendre à deux seulement, à savoir la « farine panifiable » (réservée au pain) et la « farine destinée à la fabrication du pain fin et des confiseries, et une seule variété de semoule, extraite à partir du blé dur.

Par ailleurs, l’arrêté stipule l’augmentation du taux d’extraction de la farine panifiable subventionné, lequel passera de 78% à 85%, ce qui représente une récupération d’environ 7 kg de plus, pour les 100 kg de blé tendre. « Il s’agit d’un gain considérable au niveau de la production, surtout que la consommation nationale est considérée élevée, dépassant les 6,5 millions de quintaux de farine par an », a noté le président de l’OTIC.

« En outre, a-t-il encore expliqué, la farine extraite à 85% est plus riche en fibres et en nutriments, ce qui améliore la qualité du pain et instaure, progressivement, des habitudes alimentaires plus saines et équilibrées ». Dans ce cadre, il a fait savoir que les consommateurs tunisiens remarqueront un changement de couleur du pain, qui deviendra plus brun, en raison d’une teneur plus élevée en fibres.

Pour Riahi bien qu’elle soit importante, cette mesure demeure « partielle » en raison de l’absence d’une réforme structurelle du système de subventions. La loi de finances 2026 a alloué une enveloppe de 4,079 milliards de dinars aux subventions alimentaires (en hausse de 7,3%, par rapport à 2025), ce qui représente 2,2% du PIB, a-t-il rappelé ajoutant qu’une enveloppe à hauteur de 1,4 milliard de dinars est également réservée, chaque année, pour les subventions des céréales, dans un contexte international marqué par la hausse des prix de céréales et par la fragilité de la chaîne d’approvisionnement. »

Le président de l’OTIC a pointé de doigt la détérioration de la souveraineté alimentaire nationale, faisant état d’une forte dépendance aux importations des céréales, à hauteur de 85,3% pour le blé tendre, 33% pour le blé dur et 71,3% pour l’orge, soit une moyenne générale d’environ 63,33%. « Partant, toute réforme technique des taux d’extraction aura un impact financier et stratégique direct sur la balance des paiements », a-t-il noté.

Réorienter les subventions vers des produits à plus haute valeur nutritionnelle

Dans ce même contexte, Riahi a rappelé que l’OTIC avait proposé, il y a plus de quatre ans, une initiative de réforme pour l’adoption d’un pain riche en fibres comme choix à la fois sain et économique, reposant sur l’augmentation des taux d’extraction et l’amélioration de la qualité de la farine, tout en réorientant les subventions vers des produits à plus haute valeur nutritionnelle.

Parallèlement, l’association avait lancé une campagne de sensibilisation dans l’objectif de pousser vers un changement du comportement des consommateurs et de renforcer leur conscience alimentaire, dans le cadre d’une approche reliant le droit à la santé et le droit à une consommation responsable.

Le président de l’association a souligné que l’intégration de cette initiative, aujourd’hui, dans le nouveau cadre législatif permet de mesurer à quel point la société civile est capable d’influencer la décision publique, en particulier dans un secteur stratégique où l’économique, le sanitaire et le social se recoupent.

Il a, toutefois, estimé que le véritable défi ne réside pas dans l’entrée en vigueur de cette décision, mais dans sa mise en œuvre sur le terrain, à travers la formation des professionnels et la garantie de leur respect des nouvelles normes, l’intensification de la surveillance économique pour limiter les détournements, le lancement de campagnes de communication pour expliquer les avantages du nouveau pain au consommateur.

Passer d’un système de subvention indirect à un système ciblé

Riahi a mis l’accent dans sa déclaration à l’agence TAP, sur l’impératif d’associer cette réforme à une restructuration globale du système de subventions, de manière à garantir son équité, son efficacité et sa durabilité. Cette association permettra de passer d’un système de subvention indirect, source d’abus, à un système de subvention ciblé fondé sur une différenciation fonctionnelle entre les différents maillons de la chaîne de production.

Il a, à cet égard, évoqué l’exemple de la filière laitière, estimant qu’il est économiquement inacceptable de maintenir le même niveau de subvention tant pour le lait destiné à la consommation directe que pour celui destiné à la transformation industrielle.

D’où la nécessité, selon lui, d’adopter une approche différenciée claire consistant à supprimer progressivement, les subventions sur le lait destiné à la transformation industrielle, en réorientant ces subventions au profit de l’agriculteur, maillon faible de la chaîne, en lui garantissant un prix de vente équitable de l’ordre de 2 dinars le litre.

La réforme proposée repose également sur un plafonnement du prix du lait destiné au consommateur final à un dinar maximum afin de préserver le pouvoir d’achat, en faisant supporter aux industriels les coûts réels de production (aux alentours de 4 dinars le litre).

La même logique de réforme devrait, selon Riahi, s’étendre aux huiles végétales. D’après lui, l’expérience a montré que les subventions globales pèsent lourdement sur les finances publiques sans atteindre la justice sociale souhaitée, ce qui justifie le passage à un système de subvention ciblé axé sur la promotion de la production nationale, en particulier de l’huile d’olive, en orientant les aides directement vers les agriculteurs afin d’améliorer la rentabilité du secteur.

Cette réforme implique également, d’instaurer un mécanisme de prix différencié au profit du consommateur final à travers la mise à disposition de l’huile d’olive à un prix ne dépassant pas 7 dinars le litre. Cette approche permettrait, selon lui, de renforcer la sécurité alimentaire, de limiter la dépendance vis-à-vis des importations d’huiles végétales et de créer un nouvel équilibre entre la protection du pouvoir d’achat et le soutien de la production nationale.

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