Mehdi Jomâa: "Je suis porteur d’un grand projet de réforme qui sauvera la Tunisie"

Mehdi Jomâa: "Je suis porteur d’un grand projet de réforme qui sauvera la Tunisie"

Lors d’une interview qu’il nous a accordé, M. Mehdi Jomâa, président du parti Al Badil et candidat à la présidentielle anticipée, a évoqué plusieurs sujets relatifs à la situation économique, politique et sociale du pays, à sa vision sur les prérogatives de président de la République, et particulièrement sur ses projets de réformes aux niveaux économiques, de certaines législations et de la Constitution, entre autres.
 
A l’entame de la campagne électorale, et même avant, l’ambiance n’est pas très saine ? Cela n’est-il pas un mauvais présage pour l’issue du scrutin présidentiel ?
 
 M. Jomâa : A propos de l’atmosphère qui prévaut ces jours-ci autour de la campagne électorale et de quelques prises de positions et de décisions, il est vrai qu’il règne une ambiance malsaine, avec ces rivalités, ces coups bas parfois. Ce qui ne peut que mettre encore du doute sur la classe politique chez les citoyens, empêchant ces derniers d’évaluer à juste titre les différents candidats aux prochaines présidentielles sur des programmes et des projets précis, et non pas sur d’inutiles diatribes qui ne servent à rien.
 
Président, qu’auriez-vous fait pour prévenir de tels dérapages ?
 
M. Jomâa : Si j’étais président de la République, je serais intervenu pour assainir cette atmosphère en instaurant en premier lieu la Cour constitutionnelle, qui aura l’œil sur tout ce qui tourne autour des élections, cette Cour étant indispensable pour mener à bien tout rendez-vous électoral.
 
Vous avez critiqué l’usage des moyens de l’Etat pour certains candidats ?
 
M. Jomâa : Oui, comment se fait-il que les uns exploitent les rouages de l’Etat pour leurs propres intérêts dans la campagne électorale, à l’image du chef de Gouvernement, et cela par de nouvelles nominations ou différentes formes de pression, alors que d’autres ne peuvent pas avoir ce « privilège ». Cela ne donne pas les mêmes chances à tous les candidats. Encore une fois, les conséquences de telles pratiques, c’est la perte de toute confiance ou crédibilité de la classe politique chez les électeurs.
 
Votre double nationalité ne pose pas problèmes, alors que vous vous présentez pour ces présidentielles ?
 
M. Jomâa : A ce sujet, oui effectivement je me suis engagé à abandonner la nationalité française au cas où je viendrai à être élu président de la République, sachant que cette question ne s’était pas posée lors de mon passage à la tête du gouvernement en 2014, la Constitution ne m’y obligeant pas en tant que chef de gouvernement.
 
Est-il vrai que vous allez vous retirer de la course au profit d’un autre candidat ?
 
M. Jomâa : Je démens catégoriquement ces rumeurs sur un possible retrait de la course à la présidence de ma part au profit d’un autre candidat. On évoque Abdelkrim Zbidi précisément. Il n’en est pas question, et cela rentre dans le cadre d’une campagne de dénigrement à mon encontre. Ce qu’il faut savoir, c’est que ma candidature n’est pas juste un « vœu personnel », mais relève de ma confiance en mes capacités d’être à la tête de l’Etat, convaincu d’être porteur d’un projet de réformes global pour le pays afin de répondre aux attentes de tous les citoyens, à l’image de ceux que j’ai rencontrés et qui souffrent de plusieurs précarités. Mon but est loin d’être juste une volonté de concurrencer d’autres candidats à ces présidentielles ou d’entrer dans des conflits politiques superflus.
 
Quels sont les grandes lignes de votre projet de réformes ?
 
M. Jomâa :  Vous savez, ma candidature émane de mes convictions à mener à bien ma mission de président de la République, et à procéder à des réformes que je compte réaliser à l’intention des jeunes en premier lieu, comme la question de l’émigration illicite, celle d’une nouvelle diplomatie plus active, la révision de certains contrats portant sur les richesses nationales, comme ceux touchant au secteur du pétrole ; une révision des contrats qui doivent servir les intérêts du pays en priorité. Tout comme les accords commerciaux passés avec certains pays et qui sont inutiles ou non profitables à notre économie.
Beaucoup de secteurs méritent d’être réhabilités, comme la santé, l’enseignement, la fiscalité. C’est un grand chantier à mener pour redresser l’économie et offrir aux citoyens un mieux vivre.
 
Il y a d’autres dossiers tout aussi importants à ouvrir et à leur trouver des réponses ?
 
M. Jomâa : J’en suis parfaitement conscient et je m’engage à leur trouver justement des réponses. Des dossiers brûlants, comme celui des assassinats de Chokri Bélaïd et Mohamed Brahmi, ou l’envoi de nos jeunes aux zones de conflit, ou système « l’organe secret », méritent d’être rouverts sans pour autant intervenir dans l’action judiciaire. De même que le dossier de l’assassinat de Mohamed Zouari et du rôle du Mossad israélien dans cet assassinat, une question qui touche à notre intégrité territoriale et à la sécurité nationale.
Et en tant que président du Conseil national de sécurité, j’ai le devoir de rouvrir ces dossiers, en m’engageant à créer une commission spéciale sur l’assassinat de ces deux militants.
 
D’autres priorités ?
 
M. Jomâa : L’une de mes priorités est de réviser le Code électoral qui a montré beaucoup d’insuffisances se répercutant sur la composition de l’Assemblée du Peuple et de son action. Nous avons tous constaté les grandes dérives au sein de cette instance ces cinq dernières années. La mise en place de la Cour constitutionnelle et des autres instances constitutionnelles est aussi une urgence, tout comme la révision qui s’impose de la Constitution et dont se chargera, selon ma vision, une commission spéciale.
 
Vous allez libérer l’initiative en annulant toute autorisation, mais vous allez interdire d’autres choses ?

M. Jomâa : Oui, pour encourager tous ces jeunes à prendre l’initiative et créer leurs propres projets, il faut mettre fin à ces autorisations administratives qui freinent tout. Là aussi, l’administration a besoin d’une profonde réforme car elle est un obstacle à tout. C’est par ce moyen que nous pouvons créer des emplois. Par contre, ce que j’interdirai en premier lieu, c’est le port du niqab qui doit être interdit dans tous les lieux publics.

Propos recueillis par JBA

Votre commentaire

  • Soumis par Henda Kahaou le 4 Septembre, 2019 - 11:06
    M. Jomaa, la véritable bataille est la lutte contre la misère sous toutes ses formes
    Adresse mail: 
    amhenda2004@yahoo.fr