Mezri Haddad: "Qu’ils me haïssent, pourvu qu’ils me craignent!"

Mezri Haddad: "Qu’ils me haïssent, pourvu qu’ils me craignent!"
 
 
Cette maxime latine que l’on prête à Caligula exprime parfaitement mon état d’esprit, ma psychologie, mon être. Les Frères musulmans et les islamo-gauchistes ont raison de me haïr, je ne leur veux pas du bien et c’est le moins qu’on puisse dire.
 
Au moment même où se déroule en Tunisie une tragi-comédie sans précédent dans la longue histoire de ce pauvre pays –les audiences télévisées des « victimes de la dictature » organisées par l’instance dite « vérité et dignité », qui instruit le procès sans contradicteurs de 60 ans d’indépendance et de patriotisme-  certains torchons n’ont rien trouvé de mieux à faire qu’à commenter les fréquentations « troublantes » de Mezri Haddad à Paris : la capture d’écran d’une vidéo me montrant avec Marine le Pen. 
 
Cette photo prise avec la présidente du Front national, j’aurai pu l’éviter en prenant avec moi une burka ! Pour dire les choses autrement et sans ironie, en répondant à l’invitation du « Collectif banlieues patriotes », je savais pertinemment que des photographes et des télévisions seront présents. Ce faisant, je ne prenais aucun risque outre celui d’afficher ma liberté absolue, décomplexée et incompressible de rencontrer qui je veux, quand je veux et où je veux.
 
Et puisque je parle de rencontre, que les Arabes de service, aussi bien en Tunisie qu’en France, sachent que le jour même où je m’étais rendu à cette convention organisée par le « Collectif banlieues patriotes », le 15 novembre dernier, j’avais également répondu à l’invitation de l’Institut Thomas More, qui organisait le soir même une rencontre VIP avec Alain Juppé. Qu’ils sachent aussi qu’il y a à peine un mois, j’avais favorablement répondu à l’invitation de « Debout la France » et assisté à la réunion de Nicolas Dupont-Aignan à Rambouillet. Pour les vierges effarouchées dont l’indignation de circonstance recèle en réalité l’indignité profonde et refoulée, et qui sont encore en stage de liberté depuis leur « révolution du jasmin » qui a mis le pays plus bas que terre, c’est cela être un homme Libre.
 
C’est décider en conscience, sans complexe, sans contrainte et sans crainte avec qui parler et à quelles rencontres ou meeting se rendre. 
 
Parlons maintenant du fond de l’affaire, car c’est cela le plus important pour ceux qui pensent et non pas pour ceux qui broutent. Cela fait exactement 32 ans que je vis en France et je n’ai jamais été victime d’un acte de racisme. Cela ne signifie évidemment pas que le racisme n’existe pas en France. Il existe comme partout en Europe et dans le monde arabe, notamment chez nous en Tunisie, où le Noir est toujours perçu comme un descendant d’esclave et où le juif n’est jamais évoqué que suivi de l’expression « Hachek » ! 
 
 
Le racisme, je l’ai vu en revanche dans les partis politiques de gauche comme de droite, et je ne me suis jamais autant méfié de la xénophobie ostentatoire et flamboyante d’un Jean Marie le Pen que de la xénophobie dissimulée et sournoise de certains politicards de droite et surtout de gauche. Cela vaut aussi pour certains intellectuels et journalistes, défenseurs des grandes causes humanitaires dans le monde arabe ou africain et gladiateurs universels des droits de l’homme. L’exemple le plus édifiant est celui de Robert Menard, qui a passé sa longue carrière droit-de-l’hommiste au sein de RSF à stigmatiser la Tunisie et l’Algérie, et qui continue son militantisme à l’extrême droite du Front national ! 
 
C’est pour dire qu’il n’y a pas plus de racistes au sein du Front national qu’au PS ou chez Les Républicains. La réalité sociologique est ainsi faite et la composante électorale raciste est si présente que tous les partis sont obligés d’en tenir compte. C’est pour dire aussi que le seul « parti » d’extrême droite réactionnaire, fasciste et totalitaire qui menace aujourd’hui la paix civile en France et en Europe en général est celui des Frères musulmans. 
 
Aurais-je dû beaucoup réfléchir avant de me rendre à la réunion du « Collectif banlieues patriotes », peser le pour et le contre, anticiper la réaction des uns et des autres, notamment celle de la horde facebookarde ? Ma réponse est clairement Non. Malgré la campagne orchestrée par les islamistes et leurs idiots utiles, je n’éprouve donc aucun regret d’y être allé. Et puis, mes ennemis savent très bien que tout cela ne m’impressionne guère.
 
J’ai répondu à cette invitation et pas à une autre, d’abord parce la question des banlieues françaises m’intéresse au plus haut niveau. Tout de suite après la violence urbaine d’octobre 2005, qui avait traumatisé la France par son intensité, j’avais contribué à la rédaction d’un ouvrage collectif intitulé La République brûle-t-elle ? Essai sur les violences urbaines françaises (éd.Michalon, 2005), auquel avaient notamment contribué l’islamologue Bruno Etienne, le sociologue Michel Maffesoli, les philosophes Jean-François Mattéi et Chantal Delsol. Mon chapitre s’intitulait « Violence anomique ou violence atavique ? ». En rupture avec les lieux communs victimaires, j’avais montré alors le caractère ethnique, atavique et culturel de cette violence qui était intrinsèquement et maternellement porteuse du djihadisme français qu’on verra dix années plus tard commettre les pires atrocités en Syrie, en Irak, au Bataclan, à Saint-Etienne-du-Rouvray, à Nice…
 
A propos des banlieues françaises, je ne me suis jamais senti aussi proche de Nicolas Sarkozy que le jour où il a eu l’audace d’évoquer la « racaille » qu’il promettait de « nettoyer au karcher ». Il n’a pas tenu sa promesse, à l’inverse de Vladimir Poutine qui avait promis de poursuivre la racaille islamo-terroriste « jusqu’aux chiottes ». 
 
Est-ce un hasard si le premier est aujourd’hui vaincu, et que le second préside encore et pour longtemps aux destinées de cette grande nation qu’est la Russie ?  
 
La seconde raison de ma présence à cette réunion relève d’un tout autre registre, celui de l’éthique autant que du politique. Indépendamment des positions politiques de Marine le Pen qui la concernent, impliquent son parti et engagent l’avenir de son pays, je ne me suis pas fait prendre en photo avec quelqu'un qui a du sang libyen sur les mains et de l'argent de Kadhafi dans les poches; ni avec quelqu'un qui a du sang syrien sur le front ! Et cette singularité reste pour moi un critère politique et éthique majeur. Je me détermine principalement en fonction des positions des uns et des autres à l’égard de mon pays, de la question palestinienne, et des tragédies syrienne, irakienne et libyenne. Je suis patriote tunisien et panarabe et je ne peux pas reprocher aux autres d’aimer autant leur patrie. 
 
Je mentionnerai juste au passage que dans la réunion d’Alain Juppé, je lui avais publiquement demandé s’il n’avait pas quelques remords au sujet du chaos libyen et des milliers de morts que l’intervention française devait provoquer.
 
Aucun, m’avait-il répondu sans avoir froid aux yeux. « Nous avons accompli notre devoir en Libye et malheureusement, nous avons insuffisamment fait notre devoir en Syrie », avait-il ajouté. Laissons de côté la pseudo-realpolitik et la fallacieuse raison d’Etat, cette réponse dénote à mes yeux un esprit résolument néocolonialiste et intrinsèquement raciste. Ce n’est pas du tout le cas de François Fillon, qui était pourtant Premier ministre au moment des faits et qui, durant toute sa campagne électorale a fait son mea culpa en s’engageant à ouvrir le dialogue avec Bachar Al-Assad et à établir une nouvelle alliance stratégique avec la Russie. 
      
Pas plus que son père qui n’avait pas aboyé avec les chiens fondamentalement racistes et impérialistes partis en croisade contre l’Irak, Marine le Pen est l’une des rares personnalités françaises à avoir pris position contre l’expédition néocolonialiste contre la Libye et la guerre islamo-atlantiste contre la Syrie. Elle est aussi la seule qui a osé dénoncer le rôle du Qatar dans la métastase du cancer intégriste dans le monde. Avec Michel Rocard et plus tard Roland Dumas, elle est l’une des rares à avoir mis en garde de l’imposture du « printemps arabe » et à avoir soutenu le combat d’Abdel Fattah Al-Sissi contre les Frères musulmans. 
 
Dois-je m’arrêter là ou continuer en énumérant un par un tous les traits –y compris son patriotisme, son anti-mondialisme ou ses diatribes contre l’islamisme en tant qu’idéologie et jamais contre l’Islam en tant que foi-, qui rendent cette femme politique française suffisamment respectable pour être reçue, fin mai 2015, par cheikh Ahmed al-Tayeb, le grand imam d’Al-Azhar ? Sans parler des autres chefs d’Etat arabes, ministres ou ambassadeurs qui la rencontrent mais toujours à l’abri des photographes et des caméras.
 
Pour les autres traits qui indignent les permanents de la révolution permanente et les zélateurs de la cause ou psychose migratoire, je ne me sens pas du tout concerné : je ne suis ni dealer de drogue, ni voleur, ni casseur, ni incendiaire… ni salafiste. A l’instar de la majorité des musulmans qui vivent paisiblement en France et dont la réputation autant que la religion ont été souillées par les « racailles » et les intégristes, je suis favorable à un grand et sérieux coup de karcher qui serait salutaire pour les Français en général et les musulmans de France en particulier.
 
Je ne terminerai pas cette tribune sans m’arrêter sur un arrêt sur image qui a excité les incultes et passionné les « partagistes » des réseaux dits sociaux : le baisemain de Mezri Haddad à Marine le Pen. Quel péché cardinal ! Quel crime de lèse-populace ! C’est plutôt bizarre au pays du modernisme et du féminisme ! Je sais qu’en France, comme dans certains quartiers chic de Tunis et de sa banlieue, où l’on confond émancipation et singerie de l’homme occidental, la norme pour se dire bonjour ou au revoir c’est de s’échanger deux, voire quatre bises sur les joues. Même si c’est une tradition soixante-huitarde, je trouve cela inconvenant et même vulgaire, et désolé pour mon côté réactionnaire.
 
Personnellement, je n’aime pas la familiarité pas plus que l’embrassade facile, acte que je réserve exclusivement aux membres de ma famille et aux quelques amis très proches. Appartenant par ailleurs à l’école bourguibienne et connaissant de par mes fonctions diplomatiques antérieures les bonnes vieilles manières européennes, j’ai toujours pratiqué le baisemain à l’égard des dames mariées. C’est à la fois une marque de distance et de respect, indépendamment du rang social ou politique de la dame en question.  
 
Ce qui aurait dû choquer les incultes et les « partagistes », ce n’est pas mon baisemain à Marine le Pen, mais le baisemain de leurs idoles islamistes aux émirs du Qatar, ou le baise-front de Rached Ghannouchi à l’égard de Youssef Qaradaoui, ou encore l’accolade fraternelle entre Hamadi Jebali et John McCain. Autant d’actes de servilité et de relations de maîtres à esclaves qui ne choquent plus au pays de la « révolution » de la « liberté », de la « dignité » et de l’islamisme « modéré » !
 
Mezri Haddad    
 
   

Commentaires

  • Soumis par michel.cilliez@... le 30 Novembre, 2016 - 14:34
    un monsieur plein de sagesse
  • Soumis par Belhacem Snoussi le 24 Novembre, 2016 - 10:34
    C’est devenu une coutume. Tous ceux qui essaient de se lancer dans la politique ou d’influencer, de manière plus générale, l’opinion publique, essentiellement dans le cadre de journaux francophones, s’attaquent systématiquement à Ennahdha. Ce dernier n’en a pas à en avoir marre ni à s’en énerver puisque c’est là une forme de supériorité de la part de la formation musulmane-démocrate. Avec ce geste miteux, Haddad s’est rabaissé et a rabaissé avec lui toute la Tunisie, le pays du jasmin, celui qui a fait toute une révolution pour espérer un peu de dignité. Au moins, je dis bien au moins, les accolades avec John Kerry ou avec l’émir du Qatar rapportent à la Tunisie de l’argent ou du soutien. Ou au moins, on peut le mettre dans la case de la diplomatie. Mais ce qu’a fait Haddad ne rapporte à la Tunisie que bassesse.

Ajouter un commentaire