On ne gouverne pas par les médias, on ne gouverne pas contre eux

 On ne gouverne pas par les médias, on ne gouverne pas contre eux

 

Jeudi dernier une émission de télévision a créé l’événement non seulement par ce qu’elle a véhiculé mais surtout par ses répercussions sur la scène politique.

Car tout de suite après le ministre de la Santé, nouvellement nommé Slim Chaker a mis son costume d’apparat et s’est rendu illico à l’Hôpital Charles Nicolle, le plus grand du pays pour une visite inopinée, a-t-on dit.

L’objet de sa visite c’est de voir de visu l’état de l’établissement où un événement improbable vient de s’y passer. Une patiente à qui on vient de greffer un rein a expulsé le greffon par un simple éternuement.

Est-ce certain que la chaîne télévisée qui a diffusé l’émission et qui est connue par la recherche de l’audimat ait voulu épingler un cas médical. Ceci était secondaire, l’essentiel étant de faire le buzz puisque tout de suite après l’image était telle qu’on n’a pas dédaigné de dire que la patiente a rejeté par la bouche ou par les oreilles l’organe greffé.

Slim Chaker, a-t-il pris la chose au sérieux. Ou a-t-il voulu par son geste montrer « la chaleur de ses mains » comme le dit le dicton tunisien sachant qu’il prend des fonctions qu’il sait hautement sensibles. Il n’a pas manqué de manifester son état d’esprit en prenant la décision de limoger la directrice générale de l’hôpital.

Mais devant le tollé suscité par une décision qui pour spectaculaire qu’elle soit n’était nullement justifiée, il a dû faire machine arrière. La responsable dont tout le monde loue les qualités et le travail acharné se trouve même propulsée chargée de l’unité de réhabilitation et de modernisation du secteur public de santé.

Le ministre s’est, semble-t-il, rétracté puisqu’on ne parle plus de l’affaire que comme un « incident purement technique » qui devrait être expliqué par les spécialistes » de la question. Par ses entourloupes, le ministre croit s’en sortir aux moindres frais. Mais le fait est qu'il s’est fait instrumentaliser par les médias et cela risque de se produire plus que de raison dans un secteur hautement exposé aux critiques du public qui muni par les moyens de communication moderne peut à tout moment peut mettre en exergue un incident mineur pour en faire un fait de société. Il faut qu’il en prenne garde.

Mais ce n’est pas tout. Le lendemain branle-bas de combat dans le landernau gouvernemental. Sur instructions ou sans elles, quatre ministres et pas des moindres, ceux de l’intérieur, de la santé, du commerce et de l’agriculture auxquels s’ajoute le secrétaire d’état au commerce extérieur sont réunis d’urgence. L’objet de la réunion un autre sujet évoqué par la même émission télévisée. Il s’agit de la viande avariée ou celle impropre à la consommation humaine.

Prenant au bond des révélations sur l’usage de la viande de chat pour la fabrication de chawarma dans un restaurant huppé ou la vente de la viande d’âne sous label de viande ovine ou bovine, la dite émission en a fait ses choux gras. Pour des raisons d’audimat évidemment ce qui est tout à fait son droit.

Mais que le gouvernement soit pris au piège et qu’il y fonce tête baissée, on y ressent un certain malaise. Ainsi le gouvernement ne sait pas ou ne veut pas savoir comment les choses vont. Est-ce qu’il faut qu’une émission de télévision parle de quelque chose pour qu’on s’y consacre toutes affaires cessantes.

Certes on est devant une situation proprement scandaleuse, mais peut-on affirmer qu’il s’agit de révélations fracassantes alors que l’on ne cesse depuis des mois de pointer du doigt la filière de la viande de toutes sortes où pullulent mafias, contrefaçons, insalubrité et mauvaises condition d’hygiène.

A-t-on vraiment besoin d’une émission de télévision pour connaître enfin ce que tout le monde connaît déjà. Puis l’essentiel c’est comment y remédier ? Que l’on ait voulu par la mobilisation de cinq membres du gouvernement montrer la solennité du moment ou manifester que l’on prend les choses avec le sérieux requis ne peut se substituer au travail en profondeur qui doit être mené pour détricoter cette mauvaise filière qui continuera à reproduire les mêmes problèmes et la remplacer par une autre mieux bâtie, plus transparente où traçabilité et conditions convenables d’hygiène soient garanties.

Et cela ce ne sont pas les médias aussi puissants soient-ils ne peuvent pas assurer. Que la télévision et dans son sillage les autres médias mettent en lumière les problèmes de la société, c’est leur travail quand bien même ils sont tenus aussi à une certaine dramatisation du fait que seuls les trains qui n’arrivent pas à l’heure font l’actualité mais que les autorités s’accrochent à l’écume des émissions de télévision ou des articles de la presse d’investigation pour en faire des thèmes de gouvernement est un signe d’indigence et d’une manière erronée de conduire les affaires publiques.

On est, en effet,  sur un terrain glissant car il n’est pas rare que des émissions télévisées ou des sujets d’investigation soient bidonnés et qu’ils fassent l’objet de mises en scène où l’on mêle le faux et le vrai pour des raisons occultes sinon pour obtenir des succès d’audience ou de lecture.

Il est évident que les médias sont des moyens grossissants sinon excessifs. Il faut que les pouvoirs publics s’en servent et non qu’ils soient leurs otages. En un mot, on ne peut pas gouverner par les médias mais on ne peut pas, non plus, gouverner sans eux.

RBR

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