Perspectives de l'énergie solaire en Tunisie


Au solaire photovoltaïque basé sur les photons de la lumière et qui peut fonctionner dans des régions à faible ensoleillement, on peut opposer

le soleil thermique en abondance dans notre pays et dans le pourtour méditerranéen.

Le solaire thermique peut être utilisé pour :

1) Production de l’eau chaude sanitaire :

Le nombre de logements équipés par cette technologie dans un pays ou le minimum d’ensoleillement moyen est de 3 heures/jour ne dépasse pas les 20% alors qu’il est de 98% en Israël par exemple.

Un programme national pour atteindre ces niveaux de taux en 5 ans pourrait être mobilisateur pour l’économie en général, pour la création d’emploi et pour améliorer les conditions d’hygiène dans les zones isolées.

Il s’agit d’un marché de plus de 500 000 logements individuels et de plus de 300 000 logements collectifs, sans compter les besoins en eau chaude sanitaire dans l’industrie, le tertiaire et dans les exploitations agricoles et en particulier l’élevage.

Ce marché serait de plus de 300.000 m² de panneaux par an contre 100.000 m² au maximum actuellement. Pour cela, il faut multiplier par 3  le tissu des fournisseurs (au nombre de 45 actuellement) et d’équipes d’installation (un millier de sociétés).

En outre, en orientant mieux la subvention d’encouragement au chauffe-eau solaire, ce secteur serait très porteur. En effet, la subvention allouée doit pousser vers plus de taux d’intégration national, d’innovation et une meilleure qualité. Ce qui nécessitera plus de mains d’œuvre et de compétences  locales. Cette approche permettra de développer l’industrie des composants tels que les tubes sous vides, les panneaux, la régulation … L’université, par la formation et la recherche pourrait  améliorer la technologie et mieux l’adapter à l’environnement tunisien. Nous pouvons imaginer une subvention corrélée au taux d’intégration et qui est débloquée partiellement jusqu’à la fin de la durée de garantie pour assurer la fiabilité du matériel.

2) Climatisation (chaud et froid) pour le domestique, le tertiaire, l’industrie et l’agriculture:

A la STEG, la pointe de consommation correspond à l’utilisation maximale des équipements de climatisation (chaud & froid). En France, 43% de la consommation nationale va pour le domestique. Même dans l’industrie, la plus grande part des besoins énergétiques va pour le chauffage et le froid, notamment pendant les périodes fortement ensoleillées.  

L’adoption, la maîtrise et le développement de techniques adaptées à notre climat et environnement, pour répondre à ces besoins, sont très porteurs pour l’économie par :

•  la création de valeur par des compétences et des diplômés qu’il faudra former, encadrer et orienter vers ce secteur porteur à l’instar de celui des TIC,

•  la diminution de la consommation électrique, et à fortiori de notre facture énergétique,

•  l’emploi dans des secteurs novateurs pour:  

- l’ingénierie et la construction de machines dédiées pour le chauffage solaire ou la production de froid par absorption en utilisant la chaleur solaire…,

- le développement et la fabrication de capteurs solaires tels que les panneaux, les tubes sous vides et les miroirs de Fresnel …

- le développement et la fabrication de systèmes de régulation …

3) Production de l’eau potable :

En utilisant le soleil pour évaporer ou bouillir l’eau d’entrée, nos besoins en eau potable seront satisfaits par :

-  le dessalement de l’eau saumâtre ou de mer
-  la désinfection de l’eau de pluie stockée ou de puits d’eau douce,  

Ces techniques peuvent s’avérer rentables et faciles à mettre ne place pour les habitations ou les exploitations isolées à faible consommation. L’industrialisation de travaux de recherche ou de prototypes développés chez nous ou à l’étranger est à encourager.

4) Production d’électricité :

En utilisant les techniques de concentration (CSP) pour les besoins électriques locaux ou pour l’exportation.

Il faut toutefois que notre pays s’approprie cette technologie en partenariat avec les grands donneurs d’ordres internationaux, et non seulement de leur donner accès aux sites et les faire profiter du soleil.  

Conclusion :

Il nous appartient tous de veiller à ce que le soleil soit une richesse pour tous les secteurs de notre économie, et non simplement une attraction :

- pour les touristes cherchant à bronzer sur nos belles plages, ou

- pour les grands opérateurs internationaux cherchant à s’en servir pour produire gratuitement de l’électricité verte.

Par Fakher Cheïkhrouhou,
Ingénieur X-ENSTA