Quand le gouvernement signe un accord avec un citoyen sans qualité !

Quand le gouvernement signe un accord avec un citoyen sans qualité !

 

Un accord a été signé entre les protestataires d'el-Kamour et le gouvernement, permettant la levée du sit-in et le redémarrage des sites de production de pétrole, indique l’agence TAP dans une dépêche publiée vendredi 16 juin. Le PV de l'accord a été symboliquement signé par le père d'Anouar Sakrafi, mort le 22 mai dernier dans les affrontements liés au mouvement de protestation d'el-Kamour ainsi que par le ministre de la Formation Professionnelle et de l'Emploi, le gouverneur de Tataouine et le Secrétaire général de l'UGTT, précise la dépêche qui cite en premier lieu le père du jeune défunt. Toutes les poursuites judiciaires concernant les protestations de Tataouine seront en outre abandonnées.

Autant on applaudit à cet accord obtenu après plusieurs semaines de négociations et de protestations qui ont, par moments, dégénéré en affrontements avec les forces de police et autant on comprend la présence du secrétaire général de l’UGTT qui a joué les facilitateurs et a signé à son tour l’accord, autant on n’arrive pas à comprendre comment un gouvernement qui représente un Etat souverain signe un accord avec un individu sans qualité. Même symboliquement cette signature, avec tout le respect qu’on doit au jeune martyr, est un non-sens pour ne pas dire un précédent grave qui risque de faire tâche d’huile. Quelle valeur juridique a cet accord signé avec un citoyen qui n’a aucune qualité ?

Il est communément admis que les gouvernements signent des accords avec des institutions constitutionnelles, des organisations légalement reconnues, comme les organisations syndicales et professionnelles, les associations et autres et ne négocient qu’avec elles. Un gouvernement ne négocie pas avec ses citoyens mais avec leurs représentants dûment mandatés. Comme c’est le cas avec les syndicats de l’enseignement, de la santé et autres. Ou encore avec les structures patronales et les ONG. Or, le gouvernement, soumis à de fortes pressions, a dès le départ, accepté de négocier avec des représentants des protestataires, non organisées dans une quelconque structure et qui ont refusé que leurs revendications soient exploitées par des partis ou des hommes politiques. Et quand on sait que des slogans de séparatisme ont été scandés lors des manifestations, on est en droit de se demander si le gouvernement n’avait pas, par cette signature « symbolique », implicitement, reconnu la « légitimité » de ces appels.

Ce faisant, le gouvernement n’a-t-il pas enfoncé l’Etat et ses institutions dont l’image est déjà écornée ? La signature du secrétaire général de l’UGTT ne fait-elle pas foi, lui qui a fait les bons offices ? Et puisque 90% des revendications ont été satisfaites, pourquoi le gouvernement a-t-il perdu tout ce temps, déployé tous ces efforts et par conséquent, entrainer sans le vouloir, la perte de beaucoup d’argent pour, finalement, accéder aux demandes des protestataires ? On a l’impression que le gouvernement a cherché à en finir avec le dossier d'el-Kamour, même au détriment de l’autorité de l’Etat et ses institutions.

Toutefois, on ne peut que se féliciter de ce dénouement heureux pour un mouvement protestataire qui a, non seulement paralysé la région de Tataouine, mais aussi  grevé le budget de l’Etat. Comme tirer une fière chandelle aux jeuenes  d'El Kamour pour leur persévérance et aux habitants de  Tataouine pour leur  dévouement à  l'égard de leur pays et leur sens de patriotisme envers la Tunisie. 

B.O

 

 

Commentaires

  • Soumis par Anonyme le 17 Juin, 2017 - 11:52
    Pourquoi l'auteur est outré qu'un simple citoyen signe un accord symbolique? On s'en fiche, l'époque des RCDistes prout prout en costume cravate avec leurs réunions solennelles sans résultats concrets derrière c'est révolu. Le gouvernement a fait preuve de beaucoup de pragmatisme au contraire. D'une il reconnaît que la mort de ce jeune est une regrettable "erreur" , de deux il achète une paix sociale nécessaire pour éviter un embrasement national et de trois, les productions doivent pouvoir continuer sans risquer d'être coupées à tout va...

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