Réunion trilatérale Tunisie-Egypte-Algérie sur la Libye : Tripoli exprime ses réserves

Le ministère libyen des Affaires étrangères, affilié au Gouvernement d'union nationale sortant, a exprimé ses réserves quant à la réunion trilatérale des ministres des Affaires étrangères de la Tunisie, de l’Égypte, et l'Algérie à Tunis pour discuter des derniers développements en Libye, sans sa participation.
Le ministère libyen des Affaires étrangères a déclaré sur sa page officielle qu'il apprécie profondément les relations historiques qu'il entretient avec ses voisins, mais a souligné que toute discussion ou tout accord concernant la Libye doit se dérouler avec la participation directe de l'État libyen, par l'intermédiaire de son ministère des Affaires étrangères.
Tunis accueillera, demain lundi 26 janvier 2026, la réunion du mécanisme de concertation tripartite sur la Libye, avec la participation de M. Mohamed Ali Nafti, Ministre des Affaires Etrangères, de la Migration et des Tunisiens à l’Etranger, de M. Ahmed Attaf, Ministre d’État, Ministre des Affaires Etrangères, de la Communauté Nationale à l’Etranger et des Affaires Africaines de la République Algérienne Démocratique et Populaire, ainsi que de M. Badr Abdel Ati, Ministre des Affaires Etrangères, de la Migration et des Affaires des Égyptiens à l’Etranger de la République Arabe d’Égypte, en présence de Mme Hanna Tetteh, Représentante Spéciale du Secrétaire Général des Nations Unies en Libye et cheffe de la Mission d’appui des Nations Unies en Libye.
La Libye est en proie à un conflit entre deux gouvernements. Le premier est le Gouvernement d'union nationale sortant, dirigé par Abdul Hamid Dbeibah, basé à Tripoli (ouest), la capitale, d'où il administre la partie ouest du pays. Quant au second, il a été nommé par la Chambre des représentants début 2022 et est actuellement dirigé par Osama Hammad. Basé à Benghazi (est), il administre toute la partie est du pays et la plupart des villes du sud.
Compte tenu des profondes divisions politiques qui traversent le pays, la réunion des trois pays vise à soutenir une solution politique et un dialogue interlibyen, à mettre fin à la division et à organiser des élections sous l'égide des Nations Unies.
Dans ce contexte, le ministre égyptien des Affaires étrangères, Badr Abdel-Aty, s'est rendu en Tunisie dimanche pour participer à une réunion du mécanisme de consultation tripartite sur la Libye et pour s'entretenir bilatéralement avec des responsables tunisiens. Le ministère égyptien des Affaires étrangères a indiqué dans un communiqué qu'Abdel-Aty participerait à une réunion tripartite avec ses homologues tunisien, Mohamed Ali Nafti, et algérien, Ahmed Attaf, dans le cadre du « mécanisme de consultation tripartite sur la Libye », en présence de l'envoyée spéciale des Nations Unies pour la Libye, Hanna Tetteh.
Le communiqué précise que cette réunion s'inscrit dans le cadre de la coordination et des consultations entre l'Égypte, la Tunisie et l'Algérie concernant les derniers développements en Libye, pays voisin, et vise à soutenir les efforts déployés pour instaurer la stabilité et préserver l'unité, la souveraineté et l'intégrité territoriale de la Libye, contribuant ainsi à répondre aux aspirations du peuple libyen frère à la sécurité, à la stabilité et au développement.
Le mécanisme tripartite entre l'Égypte, l'Algérie et la Tunisie a été lancé en 2017, avec la participation des trois ministres des AE. Suspendu en 2019, puis réactivé en 2025, il « témoigne de de la volonté des trois pays de soutenir la sécurité et la stabilité en Libye », indique-t-on.
Dans l’intervalle, il y a eu un Sommet tripartite Tunisie-Algérie-Libye. Lancé à Alger, il a tenu une première session à Tunis fin avril 2024 avec la programmation d’une seconde réunion à Tripoli qui ne s’est pas tenue jusqu’ici. Les Nations Unies œuvrent depuis des années à la résolution des différends entre les institutions libyennes qui empêchent la tenue d'élections parlementaires et présidentielles, lesquelles, espèrent les Libyens, mèneront à la réunification des institutions de ce pays riche en pétrole.
Les acteurs régionaux et internationaux s'efforcent de mettre en œuvre les dispositions de la feuille de route des Nations Unies, en s'appuyant sur un dialogue structuré visant à définir les principes directeurs de la construction de l'État et à formuler des recommandations politiques et législatives dans les domaines de la gouvernance, de l'économie, de la sécurité et de la réconciliation nationale.
Cette approche devrait contribuer à créer les conditions politiques nécessaires à un processus électoral pacifique et à maintenir la paix et la stabilité après les élections, comme l'a souligné le chef de la mission de l'ONU, Tetteh. Des différends institutionnels en Libye ont refait surface sur la scène politique suite à l'escalade des tensions entre la Chambre des représentants et le Haut Conseil d'État concernant la restructuration du conseil d'administration de la Haute Commission électorale nationale.
La Mission d'appui des Nations Unies en Libye (MANUL) a exprimé sa vive préoccupation face à cette escalade, la considérant comme une menace directe pour la feuille de route politique, d'autant plus que la Commission, selon la mission, est l'une des dernières institutions nationales à avoir conservé son unité et ses compétences techniques malgré les profondes divisions qui minent les institutions de l'État.
Les pays voisins de la Libye insistent sur leur rejet de toute ingérence étrangère dans le pays et affirment que la solution politique doit revenir aux Libyens eux-mêmes. Les efforts déployés par ces trois pays s'expliquent par le fait que « les pays voisins sont les plus touchés par les répercussions de la crise libyenne, les plus proches de ses réalités et de ses détails, et les plus désireux de parvenir à un règlement durable », selon une déclaration conjointe publiée en novembre dernier lors d'une réunion en Algérie.
Les ministères des Affaires étrangères de Tunisie, d’Egypte et d’Algérie n’ont pas réagi aux « réserves » du gouvernement de Tripoli.
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