Surendettement des ménages: Le cercle vicieux

Surendettement des ménages: Le cercle vicieux

L’Institut arabe des chefs d’entreprises (IACE) vient du publier une note conjoncturelle : le surendettement des ménages prend, en effet, certaines proportions dans un contexte macroéconomique sous forte pression.

Déjà, dans une précédente note d’analyse publiée en 2024 autour de cette même thématique, on lit que le taux de fragilité budgétaire par habitant se situait à environ 171%, tandis que le salaire national moyen, 942 DT, n’a progressé que de 3% jusqu’à nos jours, face à une inflation galopante combinée à la cherté de la vie et la flambée des prix à la consommation et des services.

L’IACE pointe le manque de dispositifs institutionnels solides, de commissions de surendettement et de cadre juridique protecteur. Cela fait que nous nous retrouvons confrontés à une crise structurelle, due entre autres au manque d’enquêtes typologiques. De surcroît, face aux réticences des banques d’accorder des crédits encadrés, les ménages s’engouffrent dans les sentiers tentaculaires de l’informel, en l’absence de couverture sociale universelle et dans la fragmentation des réponses institutionnelles. Cela fait que le problème se meut en crise sociale.

Après les alertes lancées en 2019 et la note inhérente à l’état des lieux en 2024, l’IACE propose maintenant des solutions pour une sortie de crise.

Il en dégage trois.

D’abord, la régulation ex ante, à savoir la prévention des dérives à travers un encadrement des ratios dette/ revenu et la transparence contractuelle.

Ensuite, la transparence, via la médiation et l’accompagnement budgétaire.

Enfin, la réhabilitation, soit une sortie de crise moyennant un effacement ciblé et la réintégration financière. Cela suppose aussi une triple légitimité : juridique (à travers le projet de loi 113/2020) ; empirique (cartographie des vulnérabilités au Centre-ouest e Nord-ouest) ; internationale aussi pour s’inspirer d’un modèle qui corresponde au contexte tunisien.

La note de l’IACE est sans doute intéressante. Sauf que la situation de 2024 et l’état des lieux y afférent, ne correspondent pas aux réalités de 2026.

D’abord, pas de mention sur la rétention des crédits encadrés, ni de chiffres sur les lignes de fractures qui font que les ménages basculent dans la course schizophrène à l’endettement asphyxiant dans les sphères insondables de l’informel.

Ensuite, pas d’analyse de ces crédits encadrés et dont la dernière note de la Banque centrale de Tunisie suspend une clé de Damoclès sur la tête des banques dans le sens du renchérissement exagéré des garanties et des règles prudentielles.

Enfin, l’analyse de l’IACE et les solutions proposées pour une sortie de crise ont tout l’air d’être conjoncturelles et sans focus sur la potentielle menace de déclassement de la classe moyenne.

Ce déclassement potentiel du socle du contrat social pourrait être accéléré par l’érosion du pouvoir d’achat, la hausse des coûts de services, les pénuries et la pression fiscale. C’est en cela, la précarité des ménages et le surendettement n’en est qu’une composante.

(Notre article paru le 16 mars 2O26 : « Fragilisée et sous pression : La classe moyenne tire le diable par la queue)

Sans doute, serait-il judicieux de mettre en perspective cette problématique : surendettement des ménages / consolidation de la classe moyenne par rapport au plan de développement 2025/2030. En d’autres mots, ni conjoncturel, ni à long terme. Parce que tout ce qui est conjoncturel reste juste ponctuel, surtout avec la crise économique mondiale, et qui ne dépend pas de nous. Pour ce qui est du plan de développement quinquennal (pratique adoptée depuis l’indépendance), c’est justement pour tracer une feuille de route délimitée dans le temps et dans l’espace et aussi pour paraphraser Keynes : « A long terme, nous serons tous morts » dit-il en effet.

Raouf Khalsi

   

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