Tempête Harry, les jours d’après: L’heure est à l’action !

Tempête Harry, les jours d’après: L’heure est à l’action !

Un « cyclone » au cœur de la Méditerranée, balayant tout sur son passage iconoclaste, en Tunisie, en Sicile, comme à Malte. A un degré moindre, la Normandie flotte sur l’eau.

On affirme que la Tunisie n’a pas connu une telle dévastation depuis 70 ans. Or, comme l’a rappelé notre confrère Brahim Oueslati dans sa chronique sur ces mêmes colonnes, « la Tunisie a pleuré » à l’automne 1969, là où les pertes en vies humaines se sont comptées par centaines.

Mais on avait eu aussi notre part du drame en 1961. Puis, après 1969, on a eu 1986, année où feu Rachid Sfar était premier ministre. A chaque fois, l’imagerie populaire galope allègrement : « Ghassalet ennouader », « Ommok Tangou » et tout un flot de croyance donnant la part belle à un zeste de mysticisme.

« Va prendre tes leçons dans la nature », disait Léonado de Vinci. Tout, dans notre vie, est en effet relié à la nature. Sauf que la nature est un univers insondable : toutes les techniques du monde, les prévisions les plus pointues, ne sauraient l’apprivoiser.

 Fatalisme donc ? Non. Parce que, quelques parts, il faut être prêts à en « canaliser » les fureurs.

En ces jours où elle a été noyée, vite noyée sous l’effet d’intempéries d’une rare intensité, la Tunisie a fait ce qu’elle a pu faire.

Dans la boue, sur des voies inondées, la Chef de l’Etat s’est rendu, toute une nuit et jusqu’à l’aube, là où s’abattait la fureur de Harry.  Radès, le Cap Bon où Nabeul est traversé par de nombreux Oueds, Monastir, Moknine , Teboulba et chevet des familles endeuillées par la perte de leurs proches.

Au-delà de l’affect et de l’émotion, le Président distillait cependant  un message clair : l’Etat est là !

Puis, se rendant à la salle des opérations de la Protection civile, il a pris connaissance des prévisions météorologiques (parce que ce n’est pas encore fini), mais il n’en a pas moins pointé des décennies d’incurie au vu de ce qu’il a pu constater au cours de son périple nocturne.

A priori, passé l’ouragan, la situation sera réexaminée à la loupe, dans ses moindres détails parce que la centralité de l’Etat ne saurait compenser les défectuosités de ses structures et que l’efficacité du pouvoir public se joue dans le fonctionnement réel des services rendus aux citoyens.

 Or, les dysfonctionnements sont multiples, inextricables et dus à des décennies d’apathie et de manque de réactivité.

Il y a d’abord un schéma urbain et tout un code de l’urbanisme à revoir et à actualiser.

Déjà, justement depuis le drame de 1969 dont nous parlions, la ceinture urbaine du grand Tunis s’élargissait de fait, sans étude préalable et cela a fait que les constructions anarchiques commençaient à pousser. Cela s’est intensifié au gré des décennies, ce qui fait que ces constructions sans permis de bâtir ne sont pas légalement raccordées aux réseaux.

Des citoyens se trouvant dans cette situation en ont sensibilisé le Président, lors de sa visite sur terrain, et il a appelé à y remédier, parce que de toutes les manières, on ne pourrait en faire autrement. Sauf que les équipements publics ont aussi leur part de responsabilité : de grands ingénieurs avaient alerté l’Etat, à l’époque de Bourguiba, quant aux risques potentiels que comportait l’aménagement du tunnel de Bab Souika. On ne les a pas entendus. Le Résultat est là, et il est récurrent. C’est un fait d’histoire.

Il se trouve aussi qu’à chaque catastrophe, les citoyens déplorent « l’absence » des municipalités. Or il se trouve que, depuis le 6 Mai 2018, la Tunisie n’a pas organisé d’élections municipales, parce que l’Etat profond a eu raison du sens de la proximité citoyenne.

Rien ne sert maintenant de pleurer dans les chaumières. Parce que l’heure est à l’action et aux mesures drastiques.

Le constat est on ne peut plus clair. C’est que les réseaux de drainage et d’évacuation des eaux pluviales sont vétustes et mal entretenus, surtout dans les zones à forte densité urbaine. Il se trouve aussi que l’urbanisation effrénée, dont celle anarchique, a réduit les surfaces perméables et accentué le ruissellement, alors que l’encombrement des canalisations par les déchets limite l’écoulement de l’eau. Et, plus encore, dans les régions côtières où les eaux pluviales ne sont pas rejetées dans la mer.

Tout un chantier donc. Rien, dans le « passage » de Harry ne comporte ce que nous ne sachions déjà. Aujourd’hui, face à une nature planétaire qui se rebiffe, la Tunisie a besoin de garde-fous, de législations fortes et de réaménagements ciblés. Pour qu’elle « ne pleure plus », justement…

Raouf Khalsi

 

 

 

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