Trump va en guerre et beaucoup d’autres s’alignent

Trump va en guerre et beaucoup d’autres s’alignent

 

«  Nous avons choisi l'indépendance. Il s'agit que, sans renier notre amitié américaine, nous nous comportions en Européens que nous sommes. Chaque nation doit être responsable d'elle-même. Bref, il y a maintenant une politique de la France, et elle se fait à Paris. Au point de vue de la sécurité, notre indépendance exige, à l'ère atomique où nous sommes, que nous ayons les moyens voulus par dissuader, nous-mêmes, un éventuel agresseur ».Charles de Gaulle, discours radiotélévisé du 27 avril 1965.

Les Etats-Unis ont bombardé une base aérienne militaire syrienne. L’attaque a fait au moins neuf victimes parmi les civils, plusieurs blessés et d’importants dégâts matériels. Ces frappes interviennent après une attaque chimique présumée sur la localité de Khan Cheikhoun, dans la province d’Idleb, imputée, par Washignton, au gouvernement syrien. Cependant, Damas a démenti et dit ne plus détenir d’armes chimiques depuis 2014, date à laquelle les armes chimiques syriennes avaient été détruites en mer sous contrôle d’experts américains. Les frappes ont été menées avec «59 missiles» tomahawk ciblant la base aérienne d’al-Chaayrate. Les missiles ont été tirés depuis les bateaux de guerre américains USS Porter et USS Ross qui se trouvent en Méditerranée orientale.

Un don du ciel, ce massacre chimique fournit à Trump et à ses alliés arabes et turcs un prétexte en or. Il leur permet de reprendre pied dans un conflit où ils ont essuyé que des revers depuis des mois. On se demande bien pourquoi, d'ailleurs, le gouvernement syrien aurait eu envie, subitement, de gazer sa propre population à un moment où l’armée syrienne obtient  de grandes victoire et a complétement changé le rapport de force sur le terrain en infligeant de grosses pertes aux terroristes islamistes sur tous les fronts.

Pour rappel, en 2003, les USA accusent l'Irak de disposer d'armes chimiques. L'attaque, le 20 mars 2003, est d'une horreur inimaginable et qui n’a apporté aucune solution et a plongé le pays dans le chaos jusqu’à aujourd’hui. Colin Powell avait exhibé à l’époque à l’ONU une fiole de jus de pomme, l'ambassadrice américaine  actuelle exhibe des photos.  L’histoire est un éternel recommencement.

Trump un revirement à 180 degrés!

Le président doit obtenir l’assentiment du Congrès avant d’attaquer la Syrie – grosse erreur s’il ne l’obtient pas », écrivait en 2013 Donald Trump, alors chef d’entreprise et animateur du jeu de téléréalité The Apprentice. Le président Trump en 2017 semble ne pas écouter ses propres conseils d’août 2013.

Ces frappes interviennent après un revirement spectaculaire de Washington sur le dossier syrien. Ce changement s’est confirmé avec un très net durcissement de Washington vis-à-vis de Bachar Al Assad. Au risque de se brouiller durablement avec la Russie, l’Administration Trump évoque désormais ouvertement son départ. «Le rôle d’Al Assad à l’avenir est incertain et avec les actes qu’il a perpétrés, il semblerait qu’il n’ait aucun rôle pour gouverner le peuple syrien», a déclaré Rex Tillerson, le chef de la diplomatie américaine. Les monarchies pétrolières et les lobbies militaires sont passés par là.

Une semaine auparavant, le même Tillerson avant pourtant indiqué que le départ de Bachar al Assad n’était pas la priorité de Washington. «Le sort du président Al Assad, à long terme, sera décidé par le peuple syrien», avait-il déclaré. Ces frappes ont été décidées après que les négociations au Conseil de sécurité sur une résolution pour condamner et lancer une enquête sur l’attaque chimique de Khan Cheikhoun aient abouti à une impasse.

Les benêts qui se félicitent du brusque revirement de Donald Trump à propos de la Syrie seraient bien inspirés de se donner le temps de la réflexion et de regarder un peu plus loin que l'immédiat. Le caractère imprévisible de la politique extérieure américaine constitue, en effet, un facteur hautement déstabilisant dans les relations internationales.

La France, une politique étrangère alignée

Pour le président français, le président Bachar Al-Assad en porte « l’entière responsabilité » et son recours aux armes chimiques ne pouvait rester impuni. Il regretterait de ne pas être intervenu en 2013, malgré la défection de Barack Obama. Le drame de Khan Cheikhoun en Syrie du 4 avril remue le couteau dans la plaie. En 2013, alors que l'armée française se tient prête à intervenir en Syrie aux côtés des Etats-Unis, Barack Obama renonce au dernier moment. Le président de la République se retrouve lâché en rase-campagne. Aujourd’hui il veut finir son sinistre quinquennat par arriver à éliminer Bachar un souhait des saoudiens et Qataris  qui a guidé toute sa politique sur le dossier.

Le candidat à l’élection présidentielle française Jean-Luc Mélenchon a critiqué cette position « François

Hollande et Angela Merkel portent l'entière responsabilité de donner à Donald Trump le pouvoir solitaire de frapper qui il veut quand il veut. Qui que ce soit qui ait commis le crime, il doit être châtié. L’accord mondial de 93 sur les armes chimiques doit s’appliquer partout, par tous. »

A l'inverse, Benoît Hamon salue la fermeté américaine. « L'administration Trump a montré la nuit dernière qu'il y avait un coût à franchir certaines limites. Bachar al-Assad est directement responsable des frappes américaines. »

Quant à Emmanuel Macron, il déclare « prendre note de l'intervention américaine. Mon souhait est qu'il y ait véritablement une action coordonnée sur le plan international en représailles du régime de Bachar al-Assad et aux crimes qui ont été commis ».

La politique étrangère de la France est devenue difficilement lisible. Elle a rompu de façon nette avec son désir d'indépendance. Mais davantage que son illisibilité, c'est son impuissance qui fait question.

Du temps du général de Gaulle et de François Mitterrand, on parlait d’une politique arabe de la France, aujourd’hui on parle d’une politique sunnite de la France. La diplomatie française colle aujourd’hui aux intérêts saoudiens, qataris parce que la France vend de l’armement, des Airbus à Riyad, à Qatar, aux Émirats, au Koweït.  Ça représente 35 milliards de dollars lourds pour le Cac 40. C’est une diplomatie de boutiquier.

A l'alignement euro-atlantique s'est ajoutée une impression de servilité qui ne grandit pas l'image de la France. Servile sur toute la ligne à l'oncle SAM, à l'Arabie et le Qatar, Israël et la Turquie. Il fut un temps où la France suivait les  Etats-Unis mais en gardant un profil assez bas pour sauver la mise. Il fut un temps où la France se démarquait suffisamment de la position  des Etats-Unis pour jouer, le jour venu, un rôle d'intermédiaire. Avec  Sarkozy, Hollande, la France suit les Etats-Unis mais en tentant de faire de la  surenchère : cela fut le cas avec l'Iran ; c'est toujours le cas avec la  Syrie.

La politique étrangère française est morte. Gangrénée par les intérêts  étrangers, le hasard et surtout l'émotionnelle et compulsive politique de catéchisme des droits de l'homme. Cette idéologie politique, ayant  déjà justifié tant d'interventions étrangères, trouve de plus en plus ses limites aujourd'hui tant il apparaît flagrant qu'elle n'est plus qu'un instrument au service d'une politique néo-conservatrice  américaine et néocoloniale.

On est au regret de constater que la France ne soit plus que l’ombre de ce qu’elle a jadis été. Une ombre qui s’efface peu à peu, mais qui se permet de faire la leçon à tout le monde ou au moins à ceux jugés en position de faiblesse. Quoi de plus facile, en effet, que d’enfoncer la tête dans l’eau à un baigneur en difficulté au milieu de la piscine ? Oui, mais pour cela il faut aussi sauter à l’eau et la France ne sait plus nager…

François Hollande pense être le Terminator des temps modernes. La guerre ne l'effraie pas. La souffrance ne l'émeut pas. Le sang et les corps déchiquetés ne l'impressionnent pas. La guerre, c'est la nouvelle passion de François Hollande. Ce président français qui s'est engagé à rompre avec l'atlantisme servile de Nicolas Sarkozy est, au final, encore plus royaliste que les rois du Congrès américain.

Après tout, Paris pouvait être allié à Washington sans se mettre en position d’affidé. Et parce que cela n’avait pas de sens dans les années 60, cela en a encore moins avec la fin de la menace communiste et cela devient encore plus effarant depuis les choix aberrants des Etats-Unis, qui ont amené le chaos en Afghanistan, en Irak, en Syrie et en Libye, créant un terreau fertile pour le développement du terrorisme islamiste qui est venu frappe durement la France en 2015. La France se placerait au niveau de supplétif militaire autant que de caniche politique des États-Unis.  Le Général De Gaulle doit faire le ventilateur dans sa tombe...

Il est temps que la France retrouve sa voix

Il est temps d’espérer que la voix de la France puisse à nouveau retentir dans l'enceinte des Nations Unies et sur la scène internationale?  Maintenant et avec cette campagne des présidentielles, il faut changer de pied, redonner à la France son dynamisme et son audience sur le plan international en en faisant un acteur  engagé pour que les solutions politiques l’emportent et que l’enchaînement des massacres et des guerres  soit interrompu.

Il est temps que la diplomatie française puisse à nouveau s'appuyer sur certaines valeurs (solidarité, démocratie, respect des cultures) bien souvent délaissées au profit d'un coup par coup sans vision. Mais malheureusement ceux qui ont la chance d’être élus comme président lors de la  prochaine présidentielle sont autistes et veulent continuer d'emmener la France contre un mur sans se soucier  de l'intérêt général du  pays.

Je finirai par citer le Général De Gaulle qui a tracé la ligne à suivre en politique étrangère : «  Vive la France, libre, dans l'honneur et dans l'indépendance ! »

A.K

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