Un parlement qui révulse et une instance qui divise

Un parlement qui révulse et une instance qui divise

La journée de lundi 26 mars 2018 est à marquer d’une pierre noire dans l’histoire du parlement tunisien. Jamais le niveau du débat n’est tombé si bas pour toucher le fond qu’en cette journée consacrée au vote de la prorogation du mandat de l’instance vérité et dignité(IVD). La séance houleuse a été émaillée par des échange musclés entre des « personnalités » qui se targuent de représenter le peuple.  « La passion l’a souvent emporté lors du débat à l’Assemblée des représentants du peuple (ARP) et les parlementaires ont même failli en venir aux mains ! », lit-on dans le site de « Francetvinfo » qui évoque le cas député Mabrouk Hrizi, « venu dans l’hémicycle en kamikaze » pour le « faire exploser !».

Transmis en direct, ces accrochages ont fini par ternir l’image d’une institution, déjà écornée. Sans revenir sur les détails, ni sur le discours de certains « élus » qui ont parfois tourné à la polémique « sexiste », ni sur ces insinuations malveillantes de certains députés contre leurs collègues, ni encore moins sur les accusations contre le président de la république qualifié de « chef de mafia » et le président de l’Assemblée apostrophé en des mots vulgaires et crus, l’image du parlement a été complètement abimée. Et c’est à l’image du climat politique délétère, fait de tensions et de frictions.

Une instance qui divise les Tunisiens

On épiloguera longtemps sur le vote de l’Assemblée des représentants du peuple contre, dans la journée du 26 mars 2018, contre la prolongation du mandat de l’Instance Vérité et Dignité. La séance qualifiée de « houleuse » par le journal le Monde, au cours de laquelle « se sont affrontés partisans et adversaires du bilan de l’Instance, fragilise le processus de justice transitionnelle en Tunisie » ajoute le quotidien français. En fait, le conflit couvait déjà depuis des mois et il a fini par éclater au sein de l’hémicycle pour diviser non seulement les députés, mais également les Tunisiens, creusant un fossé béant entre eux, au moment où les blessures ont commencé à se cicatriser et la réconciliation se profiler à l’horizon. De toutes les instances créées au cours de ces dernières années, elle est dotée de pouvoirs considérables et échappe à tout contrôle. Comme elle est la seule qui a divisé les Tunisiens et les a montés les uns contre les autres . Elle contenait les « gènes » de cette division dans son texte fondateur qui l’a placée dans une catégorie « supra-constitutionnelle », la situant au-delà des règles de la Constitution. Pis encore, le choix de ses membres et notamment sa présidente, n’ont pas obéi aux critères de « neutralité, d’impartialité et de compétence », énoncés dans la loi organique relative à l’instauration de la justice transitionnelle et à son organisation. « Elle s’est révélée très partisane dès le début, composée majoritairement d’islamistes ou de sympathisants du parti Ennahdha » comme la souligné l’ancien ministre des droits de l’homme et de la société civile dans le gouvernement Habib Essid et ancien président de l’instance tunisienne supérieure indépendante des élections (Isie), dans un entretien avec le journal « La Croix ». Sa présidente Sihem Ben Sedrine a été « intronisée » par l’ancienne Troïka au pouvoir, alors que, selon plusieurs spécialistes, elle n’en avait pas le profil. Elle est perçue beaucoup plus comme «une inquisitrice » que comme « une justicière ». « Elle aura notamment raté la réalisation du consensus au sein de l’IVD en manquant de pédagogie et de diplomatie », juge l’ancien constituant et le doyen Fadhel Moussa dans une interview accordée à Jeune Afrique (29 août 2017). Déjà avant cette bataille, l’image et la crédibilité de la commission vérité ont été écornées par son érosion progressive, en raison de la démission et de la révocation de plusieurs de ses membres qui n’ont pas manqué d’étaler tout le linge sale en public.

La justice transitionnelle est un processus « dont l'objet officiel est de cicatriser des meurtrissures du tissu social par l'apaisement des tensions au sein du corps social, la réconciliation et le pardon dans les États en transition ». Mais l’Instance censée réconcilier les Tunisiens entre eux et avec leur histoire n’a fait que nourrir la haine et diviser le peuple. Bien des pays, avant la Tunisie, ont réussi leur réconciliation, sans haine ni rancœur, mais en toute confiance. « La réconciliation, c'est le partage équitable de la confiance ». Beau slogan adopté par la Comité de réconciliation nationale de la Guinée Conakry. A méditer.

B.O

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