Youssef Chahed seul contre tous

Youssef Chahed seul contre tous

Alors que le secrétaire général de l’UGTT Noureddine Tabboubi part en croisade contre le chef du gouvernement Youssef Chahed, ce dernier va de l’avant et annonce au cours d’un symposium, organisé mercredi 11 avril, quatre grands projets de réforme touchant à des secteurs sinistrées, les caisses sociales, la fonction publique, les entreprises publiques et la caisse générale de compensation. Ce symposium boycotté par la centrale syndicale parce que, selon son patron, il perturbe le processus du Document de Carthage, a réuni des représentants des partis politiques, des organisations nationales et de la société civile et aura permis, au moins, un échange sur le contenu de ces réformes. En effet, gouvernement, organisations nationales et société civile s’accordent sur l’urgence d’une nouvelle stratégie concertée pour aller de l’avant, car la situation générale du pays est mauvaise et la crise est abyssale. Le bilan est sans concession. Experts et responsables, le proclament sans ambages et s’accordent à dire qu’on est arrivé à « la limite des chiffres ». Tous les indicateurs économiques sont déjà dans le rouge.

Annonce tardive

Mais en voulant anticiper les conclusions de la commission technique créée par les signataires du Document de Carthage afin de préparer une feuille de route qui devrait être appliquée par le gouvernement au cours des 20 prochains mois avant les échéances électorales de 2019, Chahed pourrait voir son élan freiné par ces mêmes signataires et en premier lieu l’UGTT. Pourtant,   il y a moins d’un an, le courant passait bien entre le locataire de la Kasbah et celui de la place Mohamed Ali. Un accord en dix points a été signé entre les deux parties et qui a été interprété comme un accord de « non belligérance ». Mais la dégradation de la situation sociale a brisé cette entente entre les deux hommes. Tabboubi et ses adjoints accusent le chef du gouvernement et ses conseillers d’avoir trahi les termes de l’accord concernant notamment la non cession des entreprises publiques. « Informations infondées » rétorque Chahed qui affirme que son « gouvernement n'a pas l'intention de céder les entreprises publiques », ni encore moins de perturber le processus du Document de Carthage » auquel tiennent l’UGTT et tout ce qui reste des signataires.

L’annonce de ces projets de réformes, est jugée un peu trop tardive, puisque bientôt on va aborder la dernière ligne droite en vue des prochaines échéances de 2019. Youssef Chahed ou encore son prédécesseur Habib Essid, aurait dû anticiper dès sa prise de fonction pour engager des réformes concertées. Aujourd’hui, son gouvernement est sous pression, aussi bien de la part des partenaires sociaux que de la part de des bailleurs de fond internationaux. L’UGTT a déjà dégainé et n’a pas de mots assez durs pour fustiger l’action du gouvernement. Tabboubi a, carrément, appelé à un profond remaniement qui pourrait même toucher son chef. Il a réussi à, rallier à son approche le patron de l’UTICA Samir Majoul qui n’y est pas allé du dos de la cuillère en critiquant à son tour le rendement de l’équipe Chahed. Tous les deux ont préféré tenir au Document de Carthage et ils estiment, par conséquent, avoir un droit de regard sur la gestion des affaires du pays.

Béji Caid Essebsi en arbitre

Les deux grands partis Nidaa Tounes et Ennahdha se murent dans un silence complice et se contentent d’observer le déroulement des évènements.  Les signataires du « Document de Carthage », ont Chahed dans le viseur et préparent un plan de sortie de crise qu’il sera appelé à concrétiser. Il se pourrait que le plan ne contienne pas les réformes annoncées, ce qui compliquerait davantage sa tâche.

La Fond monétaire international, la Banque Mondiale, l’OCDE, l’Union européenne et d’autres institutions internationales ont mis le pays sous la loupe. Bien que le chef du gouvernement le rejette, le FMI est en train d’imposer à la Tunisie des réformes structurelles, basées sur des mesures impopulaires mais qui, selon ses experts sont le seul remède à la crise que vit le pays. Il veut appliquer des politiques qui ne sont pas adéquates à la structure de l’économie tunisienne, d’après plusieurs experts.

L'OCDE, à son tour, recommande à la Tunisie, d'initier des réformes structurelles, de continuer à ne remplacer qu'une partie des fonctionnaires, et à augmenter l'âge de la retraite.

Le gouvernement se trouve dans une situation intenable. Youssef Chahed dont la guerre contre la corruption bat de l’aile, s’est résolu à admettre que les choses ne sont pas faciles dans cette conjoncture marquée par la crise. Il sait qu’il est pratiquement seul dans la tourmente et que « la politique n’est pas faite pour les états d’âme ».

Pour le moment le président de la république Béji Caid Essebsi, le « parrain » de Youssef Chahed et l’initiateur du gouvernement d’union nationale, observe la situation, sans intervenir. Il laisse faire la commission technique et attend ses conclusions pour trancher. Il se pose en tant qu’arbitre national et comme dernier recours pour rapprocher les vues et désamorcer les crises. Les prochains jours seront cruciaux quant à la décision qui sera prise concernant l’avenir du gouvernement.

B.O

 

 

 

 

 

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