Routes tunisiennes: Jusqu’à quand l’impunité ?

La mort tragique du juge Slim El Madini, (Commissaire de l’État auprès du tribunal administratif), survenue dans la soirée du jeudi 26 février 2026 à la suite d’un terrible accident de la route, a profondément bouleversé le pays. Mais au-delà de l’émotion légitime, ce drame agit comme un révélateur : celui d’une anarchie routière devenue structurelle.
Depuis des années, les Tunisiens alertent sur la conduite dangereuse de nombreux chauffeurs de taxi collectif, particulièrement dans les zones urbaines et sur les grands axes. Excès de vitesse, dépassements hasardeux, non-respect chronique du code de la route, circulation à contresens (parfois même sous l’œil des caméras et en présence d’agents), ces pratiques ne relèvent plus de l’exception. Elles s’installent dans le quotidien.
Les images de l’accident et l’ampleur des dégâts laissent fortement présumer un excès de vitesse. Ce constat renforce une évidence : les drames impliquant certains taxis collectifs ne sont pas de simples fautes d’inattention. Ils traduisent des comportements à risque répétés, dénoncés sans relâche par les citoyens.
Le malaise est d’autant plus profond que, dans bien des cas, les véhicules ne sont pas la propriété des chauffeurs. Le secteur est largement structuré autour de sociétés ou de groupes possédant des flottes importantes. La pression de rentabilité, la course aux passagers et la surcharge fréquente des véhicules créent un climat de tension permanent.
Sur la route, cela se traduit par une conduite agressive, parfois assimilable à une logique de meute, où la loi semble reléguée au second plan.
À Tunis notamment, ces chauffeurs sont devenus parmi les acteurs les plus accidentogènes du réseau routier. Et un sentiment d’impunité semble s’être installé. Certains conducteurs reconnaissent eux-mêmes que les autorités connaissent tous les abus, mais que les mesures dissuasives restent insuffisantes.
Dès lors, les questions s’imposent : comment des chauffeurs et des véhicules cumulant des dizaines d’infractions peuvent-ils continuer à circuler normalement ? Comment obtiennent-ils chaque année les autorisations nécessaires malgré un lourd passif d’accidents ?
Ce décalage entre la gravité des faits et la faiblesse apparente des conséquences alimente l’incompréhension et la rage chez les Tunisiens.
Il ne suffit plus d’invoquer la fatalité ni de refermer le dossier après les condoléances d’usage. Ce qui s’est produit ce jeudi n’est pas un simple accident inscrit au registre du destin. C’est l’aboutissement d’un laisser-aller qui, à force de répétition, a banalisé l’inacceptable.
Car le problème dépasse le comportement d’un conducteur isolé. Il interroge un système de contrôle, de sanction et d’organisation du secteur. Lorsque l’excès de vitesse en zone habitée devient un réflexe, lorsque les infractions s’accumulent sans effet dissuasif réel, il ne s’agit plus d’erreurs ponctuelles mais d’un mépris persistant pour la vie humaine.
Face à ce danger public, l’État est appelé à reprendre pleinement le contrôle des routes. Cela suppose des contrôles renforcés, des sanctions réellement appliquées, et une réforme sérieuse de l’organisation du transport collectif. La sécurité routière ne peut rester un slogan. Elle est une responsabilité régalienne et, plus encore, une urgence vitale.
Kaïs Ben Mrad
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