Tunisie : La crise du médicament n’est toujours pas résolue

Tunisie : La crise du médicament n’est toujours pas résolue

Par Amine Ben Gamra

Après les denrées de première nécessité, le carburant, c’est désormais les médicaments qui vont manquer dans la période à venir dans ce pays qui traverse une crise économique sévère.

En effet, dans un communiqué publié, le conseil national de l’Ordre des pharmaciens a appelé dernièrement la cheffe du gouvernement à intervenir en urgence pour résoudre la crise des entreprises de distribution en gros des médicaments.Cet appel intervient après la décision du bureau exécutif de la chambre syndicale d’interrompre les activités de distribution à partir du 15 novembre courant, en raison de la non obtention de l’attestation d’exonération de retenue à la source pour l’année 2022.

Résultat : les laboratoires internationaux décident de quitter la Tunisie ce qui va créer un problème d’accès aux médicaments et les prix connaîtront une augmentation dans la période à venir. Surtout que l’essentiel du marché du médicament est écoulé à travers le circuit de distribution privé : 75% sous forme de ventes de médicaments à travers les officines et les établissements privés et  25% consacrés aux ventes de médicaments à travers le secteur hospitalier public.

Aujourd’hui l’Etat est fortement centralisée et pèse lourdement sur l’ensemble de l’activité économique.  Le contrôle bureaucratique et le pouvoir de la fonction publique d’accorder des licences, des autorisations, des crédits ou une dérogation douanière ou fiscale constituent autant d’obstacles à l’émergence de nouveaux acteurs et de nouveaux investissements.

Les entrepreneurs privés sont étouffés par l’interminable liste de permis dont ils ont besoin de la part de fonctionnaires souvent mal équipés pour comprendre, et encore moins juger de ce dont une entreprise privée a besoin. Tout cela consomme du temps que le secteur privé, opérant dans un environnement international en plein cœurs, ne peut pas épargner. Le système actuel étouffe l’innovation et la croissance.

Un dialogue avec les pouvoirs publics est nécessaire afin de faire évoluer un cadre réglementaire jugé inadapté et pénalisant pour de nombreux acteurs à différents niveaux. A la tête des problématiques se trouve la pérennité financière des caisses sociales et leur réforme, 

Le retour à une culture de la performance dans toute la sphère publique et en particulier dans le système hospitalier est un enjeu vital surtout lorsqu’ on constate que l’impact de ces défaillances financières est une rupture de l’approvisionnement en médicaments du pays.

Amine BEN GAMRA
Expert Comptable
Commissaire Aux Comptes
Membre de l'Ordre des Experts Comptable de Tunisie

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