Comment mobiliser le secteur privé pour une économie bleue durable?

Comment mobiliser le secteur privé pour une économie bleue durable?

 Le webinaire « Blue Talks » s’inscrit dans le cadre des rendez-vous réguliers du Club Bleu réunissant des experts du monde maritime et captant de plus en plus l’intérêt des internautes à l’échelle internationale. Plus de 10 000 d’entre eux ont ainsi suivi le débat qui s’est déroulé en semi-présentiel le mardi 26 avril 2022 autour du thème : Comment mobiliser le secteur privé pour développer une économie bleue durable ?

Ce rendez-vous s’est construit autour d’échanges avec quatre invités :  Mouna Ben Halima, CEO Hôtel La Badira, Claude Miguet, General Manager CMR, Aly Ben Smida, CEO de Nottoy Boat et Paul Holthus, President & CEO of World Ocean Council.

La modération du débat a été assuré par Rym Benzina, Présidente de l'association La Saison Bleue et Mehdi Ben Haj, Vice-Président.

« Un potentiel mal exploité, avec une absence de vision de la part des décideurs politiques et des institutions publiques »

Les chiffres parlent d’eux-mêmes : plus de 1300 kms de littoral, de Tabarka à Zarzis, une quarantaine de ports de pêche et de plaisance, plus de 9 millions de touristes fréquentant les côtes pendant la période estivale, 95 000 emplois directs et 290 000 emplois indirects dans le secteur maritime, 90% des échanges extérieurs du pays s’effectuant par voie maritime, un PIB avoisinant les 12%... Comment expliquer que malgré la richesse de ce patrimoine maritime et de ce positionnement stratégique au cœur de la Méditerranée, la Tunisie continue de tourner le dos à la mer ?

Mouna Ben Halima s’est focalisée sur le rôle joué par l’hôtellerie dans la durabilité de l’économie bleue : « le curseur est difficile à placer entre l’objectif économique et celui du développement durable….Notre rôle est de valoriser notre littoral et de le préserver, nous sommes confrontés à l’inaction des institutions publiques qui ne  jouent pas leur rôle dans la protection et l’aménagement du littoral…Nos correspondances pour demander aux pouvoirs publics  concernés de  sauver les plages de Hammamet restent sans réponse ! »  Mouna Ben Halima déplore ainsi le fait que les autorités tunisiennes aient abandonné la certification des plages locales par le label « Pavillon Bleu », rappelant au passage le rôle économique du tourisme pour nombre de familles tunisiennes et s’interrogeant sur certaines aberrations : « comment les hôtels tunisiens peuvent- ils être concurrentiels en Méditerranée quand ils ne peuvent même pas répondre aux demandes de leur clientèle pour la location de bateaux ? Tourisme et nautisme vont pourtant de pair ! ».

Aly Ben Smida est revenu sur l’histoire du lancement de l’entreprise Nottoy Boat : « nous nous sommes lancés dans la construction de nos propres bateaux avec une forte vision écologique, grâce à des technologies modernes, permettant d’avoir des modèles plus légers et moins énergivores avec des moteurs électriques », et ce dans une vision de respect de la mer pour une économie bleue durable. Confirmant que le secteur du nautisme était dans les starting-blocks, en attente d’un signe des pouvoirs publics qui ne vient toujours pas. « Non seulement l’État n’encourage pas ce secteur de croissance mais au contraire l’accable de taxes, d’un cadre législatif très contraignant, imposant de très rébarbatives autorisations …L’économie bleue est hélas passée sous les radars de la puissance publique ».

Aly Ben Smida suggère plusieurs propositions pour promouvoir le secteur du nautisme tout en protégeant le littoral :

• Mettre en place des aires de mouillage pour permettre aux plaisanciers de s’amarrer sans racler les fonds marins

• Remettre à plat le cadre réglementaire du nautisme et alléger les procédures

• Penser à une économie bleue à long terme

• Créer une task force entre les différents acteurs (nautisme, hôtellerie, chantier naval) pour porter une vision globale auprès des autorités

Claude Miguet, seul industriel spécialisé dans la réparation des navires en Afrique du Nord, a témoigné à son tour : « nous sommes fortement engagés dans la durabilité et la protection de l’environnement, appliquant notamment les règles de l’Organisation maritime internationale qui œuvre dans le domaine de la prévention de la pollution des océans et du rejet des déchets en mer. 

A ce titre, dans nos chantiers, nous modernisons des bateaux qui ont été construits avant la mise en place des dernières règles de protection de l’environnement, nous installons des systèmes pour nettoyer les fumées et éviter le rejet du souffre dans l’atmosphère, ainsi que pour traiter les eaux de ballast. Le fait de réparer les bateaux dans des cales sèches permet de récupérer et de de trier tous les déchets, les tôles et les cuivres notamment, comme d’évacuer ceux pollués- les eaux de cales avec des huiles, etc- dans des centres de traitements agréés »

Malgré cet engagement, Claude Miguet signale la totale méconnaissance de cette activité en Tunisie et dénonce les taxes qui pénalisent ce secteur depuis 2016, à hauteur de 22%. Son entreprise est pourtant un centre compétitif avec le reste des chantiers européens.  « De nombreux bateaux italiens ou français viennent pour réparation ou entretien en Tunisie, tandis que les bateaux tunisiens préfèrent aller à l’étranger et payer cette prestation en devises. C’est incompréhensible et dispendieux », confie le fondateur de CMR.

Paul Holthus présente la mission du World Ocean Council : « une organisation qui réunit l’ensemble des entreprises, toutes tailles et tous secteurs confondus, pour travailler au niveau national, régional et international sur les sujets de la gouvernance, de la planification spatiale, de la gestion des océans ». Acteur américain majeur, fédérant l’ensemble des milieux économiques maritimes à l’échelle internationale, le World Ocean Council appuie ainsi la proposition d’Aly Ben Smida de créer des task force afin de convaincre les décideurs politiques d’œuvrer pour une économie bleue durable à long terme.

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